L'Oise Agricole 07 juillet 2019 à 16h00 | Par Y.G.

Les filières se préparent à un Brexit sans accord

Stockage sur le sol britannique, investissements, procédures administratives. Plusieurs entreprises ont présenté leur stratégie face au Brexit, avec ou sans accord. Une préparation entravée par un torrent d’incertitudes.

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Un élément pourrait rassurer les exportateurs français : début mars, le Royaume-Uni a annoncé qu’en cas de Brexit sans accord, de nombreux produits alimentaires seront exemptés de droits de douane.
Un élément pourrait rassurer les exportateurs français : début mars, le Royaume-Uni a annoncé qu’en cas de Brexit sans accord, de nombreux produits alimentaires seront exemptés de droits de douane. - © E.C./Sipa /T. Haley

Modalités finales du divorce, évolution de la consommation outre-Manche, parité euro-livre, effets indirects sur les marchés, etc. L’équation agroalimentaire du Brexit compte de multiples inconnues... et la stratégie des exportateurs en est une de plus. «Vont-elles baisser leurs prix pour compenser les hausses à venir ?, s’interroge Thierry Pouch, économiste à l’APCA. Ou vont-elles essayer de rendre leurs produits indispensables ?»

Agrial investit outre-Manche

Du côté des vins et spiritueux, secteur en première ligne, «les opérateurs ont constitué des stocks sur le marché britannique avant le vote du 29 mars», explique Nicolas Ozanam, délégué général de la FEVS (exportateurs). Pour cette filière qui exporte 1,3 Mde de produits par an au Royaume-Uni, il s’agissait surtout d’une «mesure de précaution» face au «manque de visibilité administratif».

Les modalités des futurs échanges sont encore inconnues et, avec elles, le niveau de dégradation de la fluidité des transports. Pour la suite, la FEVS reste toutefois confiante : «Il n’y a aucune raison que les consommateurs britanniques modifient profondément leurs habitudes», affirme Nicolas Ozanam, rappelant la bonne réputation des vins français. Un optimisme que ne partage pas Thierry Pouch : «Nous ne sommes pas les seuls à vendre du vin aux Anglais... Et l’impact du Brexit sur la croissance anglaise pourrait avoir des conséquences sur les volumes.»

«Nous sommes Anglais depuis très longtemps», explique de son côté Arnaud Degoulet, le président d’Agrial. Pour ce groupe coopératif né en Normandie, le Royaume-Uni est «un marché historique, avec des niveaux de rémunération qui sont restés intéressants». Ses produits les plus exposés ? Les boissons et les légumes (en premier lieu les salades Florette).

Face au Brexit et à l’arrivée des hard-discounteurs, «nous avons décidé d’être encore plus Anglais», lance-t-il. En mars 2019, la coopérative a acheté le producteur de salades Angflor Ltd, situé dans le sud-est de l’Angleterre. Une opération qui permet de «sécuriser et de renforcer l’approvisionnement d’Agrial», d’après un communiqué de l’entreprise. Autre avantage souligné par le président d’Agrial : «travailler plus en livre sterling permet de contrer les effets monétaires.»

Reports et effets indirects sur les marchés

Dans le torrent d’incertitudes liées au Brexit, un élément pourrait rassurer les exportateurs français : début mars, le Royaume-Uni a annoncé qu’en cas de Brexit sans accord, de nombreux produits alimentaires seront exemptés de droits de douane. Tous secteurs confondus, Londres supprimerait près de 87 % de ses droits de douane. Et ceux qui resteraient «seraient cinq à dix fois plus bas que ceux que l’Union européenne imposera au Royaume-Uni», assure Fabien Santini, de la DG Agri (Commission européenne).

Par exemple, les pommes de terre ou les produits laitiers pourraient ainsi être exemptés de droits de douane. Pour ces derniers, il faudra peut-être malgré tout composer avec des effets de reports. «L’Irlande exporte beaucoup de produits laitiers vers le Royaume-Uni, dont elle est très dépendante, explique Béranger Guyonnet, de la direction des affaires publiques de Sodiaal. Ces volumes peuvent se retrouver sur le marché européen et entraîner le prix du lait à la baisse.»

Autre secteur qui pourrait faire face à des effets indirects : la viande de porc, que les Britanniques importent massivement (à hauteur de 1,2 Mt par an). «En cas de no deal et d’un accord de libre-échange, le Royaume-Uni pourrait-il devenir le cheval de Troie du Canada ou des Etats-Unis ?», questionne Didier Delzescaux, le directeur d’Inaporc (interprofession porcine).

Devant autant d’interrogations sans réponse, l’attitude la plus répandue chez les entreprises reste un attentisme teinté d’inquiétude. Comme le constate sobrement Christine Dubois, des Douanes, «difficile de se préparer quand on ne sait pas à quoi».

Fluidifier et accompagner : deux axes prioritaires pour les Douanes

«Nous nous préparons à un Brexit dur depuis 2017», explique Christine Dubois, cheffe de bureau la Direction générale des Douanes et droits indirects (DGDDI). Ses services veillent à limiter l’impact futur sur la fluidité des échanges avec le Royaume-Uni. Des flux massifs, avec 4 à 6 000 camions par jour pour la région Hauts-de-France, où transitent 85 % des échanges. Eviter l’engorgement passe notamment par une meilleure coordination des contrôles sanitaires, phytosanitaires et des douanes. «Nous avons ouvert de nouveaux bureaux douaniers à Calais et sur la façade Manche - Mer du Nord, détaille Christine Dubois. Et nous recrutons sept cent agents de douane supplémentaires.» Autre enjeu de taille pour les pouvoirs publics : accompagner les entreprises qui s’apprêtent à exporter pour la première fois vers un pays tiers dans leurs formalités. Les Douanes en ont dénombré 60 000.

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