L'Oise Agricole 02 avril 2020 à 14h00 | Par Agence de presse

Les huiles végétales, principales victimes

De tous les marchés céréaliers et oléagineux, c’est du côté des huiles que les conséquences du coronavirus sont les plus fortes en termes de prix, souligne le cabinet d’études agroéconomiques Tallage. Les cours du colza enregistrent ainsi une forte baisse. À l’opposé, le blé tendre efface pratiquement ses pertes.

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Avec les mesures de confinement, les modes de consommation changent, ce qui pénalise les huiles végétales.
Avec les mesures de confinement, les modes de consommation changent, ce qui pénalise les huiles végétales. - © Pixabay

«L’impact du coronavirus est nettement plus marqué pour les huiles végétales, qui subissent aussi la chute des cours du pétrole», observe Andrée Defoix, la présidente de Tallage-Stratégie Grains. Avec les mesures de confinement, les modes de consommation changent. Cela pénalise les huiles végétales dont la demande s’est beaucoup développée grâce aux pays émergents: plus le niveau de vie augmente, plus la population se nourrit hors domicile où les repas sont plus riches en huile. L’expansion du coronavirus freine cette tendance.

Le colza emporté dans une chute de prix

Par ailleurs, certaines huiles végétales servent à produire du biocarburant. Le secteur est plongé dans une guerre des prix du pétrole entre la Russie et l’Arabie saoudite. C’est un facteur baissier pour la graine colza, dont l’évolution des cours est très liée à l’huile. Les marges de trituration ont chuté à des niveaux peu attractifs. Sur Euronext, le colza est passé de 420,50 euros la tonne le 13 janvier à 335,50 euros la tonne le 16 mars, soit une chute de près de 20 %. Il est entraîné à la baisse notamment par l’huile de palme, tombée de 3 131 ringgits la tonne le 10 janvier à 2 338 ringgits la tonne le 20 mars à la Bourse de Kuala Lumpur.

À l’inverse, le prix du soja n’a pas baissé en semaine 12, soutenu par des inquiétudes venant d’Amérique du Sud, où plusieurs hubs d’exportation menacent de fermer à cause de la pandémie. Egalement après que Pékin a passé sa première grosse com- mande de produits agricoles américains depuis la signature mi-janvier d’un accord commercial préliminaire. Le soja apparaît moins dépendant vis-à-vis du marché de l’huile, comparé au colza.

Rebond du blé tendre

«Le blé tendre semble plutôt bénéficier du confinement des populations lié au Covid-19, poursuit Andrée Defoix. Tout le monde en stocke pour faire des réserves, comme le montrent les nombreux achats de pâtes, de farine.» Il y a là un élément de soutien au prix. Idem pour l’utilisation en alimentation animale, où s’exprime une très forte demande: les éleveurs souhaitent constituer des stocks, dans un mouvement de panique. La société Agritel note le 24 mars qu’en blé meunier, la hausse de la consommation de pain participe à la fermeté des prix, dans un marché où la meunerie augmente ses achats notamment pour sécuriser l’approvisionnement. La céréale est aussi soutenue par une bonne demande à l’international, en particulier de la Chine. Reste à savoir combien de temps tout cela va durer. «Euronext a déjà rebondi, indique Andrée Defoix. Après une chute, le prix a brutalement augmenté, en lien avec pas mal de difficultés logistiques pour approvisionner les usines, les ports. Les fondamentaux du marché ont repris le dessus : un bilan serré entre l’offre et la demande.» Conclusion, le blé tendre se relèvera assez vite de la crise sanitaire, d’après Tallage. Sur Euronext, ses pertes ont pratiquement été effacées : de 175,25 euros la tonne le 16 mars, il s’est hissé à 197,75 euros la tonne le 25 mars, au même niveau qu’un mois plus tôt.

Le maïs en manque de débouché

Concernant le prix du maïs, Tallage est conforté dans sa vision baissière. Le marché s’annonçait très lourd, même avant le coronavirus. Aux Etats-Unis, les agriculteurs sont partis pour semer beaucoup plus de maïs que l’an dernier, selon le cabinet d’études. Un revirement semble toutefois possible: la céréale est très liée au secteur de l’éthanol, qui traverse des difficultés avec la chute des cours de l’or noir. Beaucoup d’usines américaines ont réduit leur production en semaine 12, la faiblesse du pétrole entraînant une moindre rentabilité et la propagation du coronavirus réduisant la demande en carburant. C’est ce que souligne aussi l’AGPM (maïsiculteurs français) : «la demande de maïs pour la production d’éthanol est en diminution. Or (ce secteur) représente, en moyenne ces dernières années, un débouché pour 40 %» du maïs américain. Le syndicat indique des fermetures partielles ou totales d’éthanolerie dans la Corn Belt, grand bassin de production du maïs dans le Midwest.

Moins de bières donc moins d’orges

Pour l’orge de brasserie, Tallage reste à l’affût de chiffres montrant une baisse de la consommation de bière suite au confinement des populations. La physionomie du marché est déjà assez lourde. Cela se manifeste par un écart très faible entre les prix des orges fourragères et brassicoles. D’importantes surfaces en orge de printemps sont prévues pour la récolte 2020, à cause des problèmes de semis d’hiver dans l’UE. Avec potentiellement une grosse récolte à la clé.

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