L'Oise Agricole 21 novembre 2019 à 09h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

Les objets connectés, pour les besoins et au service des agriculteurs

Dans le cadre des rencontres de la recherche et de l’innovation organisées dans la Région Hauts-de-France, Rev’Agro, le pôle territorial, et l’Agglomération du Beauvaisis ont proposé une matinée autour des objets connectés (Iot) en agriculture.

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Rencontre autour des objets connectés en agriculture : ils doivent répondre aux besoins des agriculteurs.
Rencontre autour des objets connectés en agriculture : ils doivent répondre aux besoins des agriculteurs. - © Dominique Lapeyre-Cave

Il s’agissait de cerner les enjeux autour de l’agriculture et des objets connectés, sources de progrès, mais aussi d’inquiétudes. La définition de l’Iot (prononcez Aï o ti) était donnée par Hélène Determe, du Cétim : ce sont des objets qui, grâce à des capteurs, génèrent des données qui seront ensuite stockées avant d’être traitées par des algoritmes, afin de les exploiter. La question est : l’Iot, pour quoi faire ? par exemple, pour un industriel, c’est savoir si sa ligne de production est performante ; c’est aussi récolter, pour un constructeur de machines agricoles, des données pour savoir si le tracteur fonctionne correctement.

Mais l’Iot doit se mettre en place si cela a un réel intérêt pour l’utilisateur, tout ne doit pas être connecté. Il faut viser le bon Iot avec les données utiles et surtout le moyen de les traiter pour que cela soit efficace. Le coût peut être relativement accessible puisqu’un capteur vaut environ 1.000 € et que le stockage des données peut être gratuit. Néanmoins, se pose le problème de l’interopérabilité entre les différentes étapes qui requièrent des trechniques, des langages et des métiers différents. Il y a les capteurs, les données et leur valorisation, plusieurs métiers réunis dans une même solution.

Ces nouvelles technologies, qui sont déjà en service (exemple : autoguidage de tracteurs avec la norme Isobus), peuvent aider à la gestion des risques en agriculture, selon Sylvie Lupton, titulaire de la Chaire management des risques en agriculture d’UniLaSalle. Par exemple, mieux contrôler les maladies des animaux, anticiper la météo, contrôler les conditions de stockage. Mais les agriculteurs vont-ils s’approprier ces objets connectés dont on attend qu’ils simplifient la gestion de leur exploitation ? Ne vont-ils pas dépendre de prestataires ? C’est une vraie question car il est indispensable que l’agriculteur reste au cœur de l’utilisation des Iot.

Ce point était mis en avant au cours d’une table ronde à laquelle participaient Frédéric Chaudé, responsable du marché agricole chez Groupama, Félix Bonduelle, directeur général de Javelot (sondes pour le stockage du grain) et Davide Rizzo, de la Chaire agro-machinisme et nouvelles technologies UniLaSalle. C’est par le travail des agriculteurs que sont collectées des données et c’est à eux de déterminer lesquelles sont utiles à l’amélioration de leurs pratiques. Il s’agit d’avoir la bonne information au bon moment pour prendre la bonne décision et les objets connectés doivent être conçus en ce sens. Il faudra aider les exploitants à faire le tri dans les données et toutes les propositions qui leur sont faites, sans oublier toute la problématique liée à la propriété, au stockage et à la sécurité des données ainsi recueillies.

Des objets connectés déjà opérationnels

Des start-ups avaient été invitées à présenter les objets connectés déjà utilisés dans les exploitations. Le plus connu est sans doute le boîtier Karnott qui, fixé sur le matériel agricole, permet de connaître les hectares et les heures travaillés. Il est d’une grande utilité pour les Cuma car il permet de savoir quel adhérent a utilisé tel matériel et combien de temps. La facturation gagne ainsi en transparence tout en assurant un suivi parcellaire. Des entreprises de travaux agricoles s’en sont aussi dotées. Chaque client acquiert ainsi entre 4 et 8 boîtiers, garantis 2 ans, et dont la batterie est autonome 2 mois.

Autre objet connecté, la sonde Agrotecsol. Cette sonde, implantée dans des parcelles homogènes, permet de mesurer l’azote présent dans le sol sur deux horizons : à 30 et 60 cm. Ce mini-laboratoire collecte des données afin de modéliser le type de sol et de pratiquer une fertilisation azotée au plus juste. L’intérêt pour l’agriculteur est qu’il pourra diminuer ses intrants, tout en préservant ses rendements et augmenter son taux de protéines en blé. Cet objet a été développé en partenariat avec Noriap et Arvalis-Institut du végétal.

Pour les éleveurs ou les agriculteurs qui stockent du grain à la ferme, la sonde Quanturi, placée au milieu d’une meule de foin, d’une cellule de grain ou d’un tas de compost, mesure la température et le taux d’humidité. Les données sont communiquées par un serveur au mobile de l’agriculteur qui reçoit des alertes dès que le risque incendie est avéré, à 75 °C. Les pompiers sont également alertés. La sonde est équipée d’une batterie au lithium, autonome pour trois ans. Des partenariats ont été signés avec des assureurs dans le cadre de la prévention risques incendie.

Lituus est un collier fixé au cou des vaches laitières et bardé de capteurs qui permettent de relever des données liées à la reproduction des animaux, à leur confort et leur comportement. Toutes les cinq minutes, les données sont envoyées à un serveur puis traitées et l’agriculteur peut ainsi être alerté sur l’activité de ses animaux. Sur 24 heures, il sait le temps passé par la vache à ingérer, ruminer, dormir et être traite. Il peut vérifier si l’animal a eu trop chaud ou froid (confort thermique), s’il a reçu suffisamment de lumière (confort lumineux). Surtout, le collier permet de détecter les chaleurs et donc limiter tous les risques liés à la reproduction. L’éleveur peut également connaître et prouver le nombre de journées de pâturage dont a bénéficié l’animal, ce qui est parfois un critère du cahier des charges de certaines productions laitières. Chaque collier, qui dure 5 ans, est vendu 69 euros auquel il faut ajouter un abonnement annuel pour la collecte et le traitement des données.

Dernier objet présenté, B-keep, un capteur à placer dans les ruches pour relever la température et l’humidité. Il permet de limiter également les vols (traceur GPS) et les données envoyées à l’apiculteur permettent à celui-ci d’aller nourrir ses abeilles si l’humidité ou les températures excessives empêchent les abeilles de sortir et de se nourrir. Sur toute une campagne, les données permettent d’analyser les résultats.

Des innovations récompensées

Cette matinée a été l’occasion de récompenser trois lauréats qui ont participé au deuxième appel à projets de Rev’Agro. Il s’agit de récompenser des projets innovants autour de l’agriculture et du numérique.

Farmr., avec Baptiste Létocart et Thomas Camboulive, s’est ainsi vu remettre un chèque de 10.000 euros. Ce site internet est un réseau social qui ambitionne de permettre aux agriculteurs d’échanger sur des centres d’intérêt communs ou sur une même zone géographique. La France est un grand pays agricole, son agriculture est l’une des plus durables mais les agriculteurs rencontrent des difficultés économiques et sociales auxquelles ils peuvent faire face par l’échange. C’est toute l’ambition de ce Facebook de l’agricuture, auquel participent déjà 3.000 agriculteurs, sur les 300.000 potentiels.

Demande à Gaston, avec Rodrigue Leurs et Théophile Sollet, a reçu quant à lui 6.000 euros. C’est le consultant 3.0 qui propose deux développements. Le premier axe est un comparateur agricole qui permet, pour chaque fourniture nécessaire à l’agriculteur, de comparer les offres en ligne en fonction du prix, de la qualité et des délais de livraison. L’objectif est d’assurer un gain de temps et d’argent à l’exploitant. Second axe, la vente de produits fermiers en ligne et la possibilité pour le consommateur de repérer et d’acheter auprès de plusieurs producteurs fermiers d’une même zone géographique. L’objectif est d’assurer une meilleure visibilité et une facilité de vente en ligne à des producteurs pas forcément bien équipés ou connectés.

Enfin, MyEasyFarm, avec Baptiste Yverneau et Gauthier Debarge, est une plateforme qui met en commun des matériels agricoles connectés, des cartographies et des préconisations culturales, en lien avec des outils de gestion parcellaire. Des données sont récupérées, analysées et échangées afin de gérer le plus finement possible la gestion des intrants et les chantiers. La start-up a été gratifiée de 4.000 euros.

Le troisième appel à projets se clôturera à la fin du mois de novembre. Il est encore temps de postuler !

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