L'Oise Agricole 10 décembre 2020 � 09h00 | Par Virginie Charpenet, DLC

Miel, bilan de la récolte régionale 2020

Dans la région Hauts-de-France, la récolte de miel de 2020 a débuté sur les chapeaux de roue au printemps. La nature s’est montrée généreuse et la météo clémente. S’en est suivi un été plus difficile marqué par la sécheresse qui a freiné les miellées.

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- © gutner archives

C’est un trio gagnant qui a permis aux apiculteurs des Hauts-de-France de faire une récolte de miel de printemps particulièrement abondante. «Le confinement n’y est pas pour grand-chose, contrairement à ce qu’on a pu entendre à un moment», avance Hélène Fiers, présidente de l’Association des apiculteurs professionnels en pays Nord-Picardie (APPNP) et apicultrice à Hoymille (59).

La très belle floraison, la météo clémente et la bonne santé des colonies ont permis de faire la meilleure récolte sur une moyenne de 4-5 ans. Le démarrage franc de la saison printanière, sans gros coup de froid, a en effet offert les conditions idéales aux abeilles pour aller chercher le nectar des premières fleurs à butiner sur les arbres fruitiers, les colzas ou encore les saules.

Cette première sortie des abeilles a permis à bon nombre d’apiculteurs de faire une belle récolte de printemps. «La production moyenne au printemps s’élève entre 25 et 30 kg par ruche», précise Hélène Fiers qui reste prudente : «Ces chiffres ne sont pas exhaustifs, c’est une moyenne établie à partir des remontées des adhérents de l’APPNP, certains ont pu faire plus, d’autres moins». Elle ajoute : «Dans la foulée, dans certains secteurs, grâce aux aubépines, des apiculteurs ont même pu faire une deuxième petite récolte».

Coup de chaud

Ce démarrage prometteur ne s’est pas confirmé par la suite. Dès le mois de mai, que ce soit pour les ruches sédentaires comme pour les ruches en transhumance (déplacement des ruches dans une zone où la densité d’une espèce à butiner est importante), le miel d’acacias n’a pas rempli toutes ses promesses dans la plupart des secteurs de la région. «C’est frustrant, avance Hélène Fiers. La floraison a pourtant été incroyable mais le fort de la miellée ne dure qu’une quinzaine de jours et, cette année, elle est tombée au moment de la semaine des saints de glace où il a fait particulièrement frais». Conséquence, les abeilles n’ont pas mis leur trompe en dehors de la ruche.

Les autres miellées d’été, notamment celle de châtaigniers, ont été impactées par la sécheresse. «Pour l’essentiel des plantes, si l’hygrométrie n’est pas suffisante, le nectar se fait plus rare», avance Hélène Fiers. Le miel de Tilleul a néanmoins tiré son épingle du jeu avec une année correcte malgré quelques difficultés liées à la sécheresse dans certains secteurs.

Le varroa toujours là

Sur le plan sanitaire, le varroa reste une réalité pour la totalité des ruches touchées par la présence de ce parasite qui se développe dans le couvain. «C’est la principale cause de mortalité des abeilles», rappelle Hélène Fiers. L’essentiel se joue à l’automne et en hiver où les apiculteurs doivent mettre en œuvre les mesures nécessaires pour diminuer la pression du parasite et les pertes de ruchers (méthodes prophylactiques et traitements). Pour ce qui est de 2020, le bon démarrage de la campagne a offert les conditions propices à une bonne santé des colonies, le développement franc des colonies limitant la pression des varroas.

Une commercialisation perturbée par la crise

Côté commercialisation, le confinement a eu des conséquences diverses selon le mode de distribution. La plupart des adhérents de l’AAPNP vendent la majorité de leur miel en direct conditionné en demi-gros, c’est-à-dire en pot. La demande en miel régional a été globalement au rendez-vous mais certains apiculteurs ont tout de même rencontré des problématiques. «Lors du premier confinement, ça a été très compliqué pour ceux qui vendent sur les marchés» estime Hélène Fiers. Ces apiculteurs ont dû rapidement trouver de nouveaux circuits de distribution en point de vente, livraison ou retrait sur commande, ou magasins fermiers. «Cette réorganisation a demandé beaucoup de temps et d’énergie» constate l’apicultrice. L’impact du deuxième confinement est moindre même si en décembre l’absence de marchés de Noël va pénaliser les producteurs malgré les nouveaux circuits de distribution mis en place.

La récolte française en 2020

Selon les chiffres de l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf), la récolte de miel devrait atteindre entre 18 000 et 20 000 tonnes cette année, malgré les épisodes climatiques qui ont impacté les miellées. Selon l’Unaf, si les récoltes de colza ont été «plutôt généreuses», celles des châtaigniers «bonnes mais irrégulières» et celle des forêts «quasi-nulles», les récoltes de printemps (romarin, thym, bruyère blanche ou garrigue) «ont été des plus faibles». Néanmoins, la récolte 2020 a doublé par rapport à 2019 (10 000 t). Pour rappel, la récolte française ne suffit pas à couvrir la consommation intérieure (40 000 t/an) environ, nécessitant le recours aux importations.

- © Dominique Lapayre-Cave

Sylvaine Charpentier, miellerie de la Divette, à Thiescourt

J’ai environ 400 ruches en moyenne entre le printemps et l’été. Pour les apiculteurs, l’année a démarré par un printemps fulgurant. Il a très vite fait chaud, la végétation a explosé, les plantes ont été en fleurs rapidement et cela a duré longtemps. Parfois, ce genre de printemps ne dure pas et nous avons ainsi des miels de printemps et d’été qui sont très différents. Cette année, cela n’a pas été le cas et nos deux miels sont assez semblables. De même, comme tout était en fleur en même temps, les abeilles ont tout butiné et on a finalement eu des mélanges ! Pour ce qui est du miel d’acacia particulièrement prisé de la clientèle, il a été impacté par les jours frais et pluvieux que nous avons eus en juin. Résultat : les fleurs ont dépéri et notre production de miel a été décevante. Ensuite, pendant l’été, la récolte de miel de tilleul a été bonne. Localement, elle a même été à profusion pour certains apiculteurs qui ont eu des orages alors que pour d’autres, dans des zones très sèches, sans orage et avec une forte canicule, la récolte a été mauvaise. Les fleurs de tilleul, pour produire du nectar qui sera consommé par les abeilles, doivent avoir de l’eau. Sans eau, pas de fleurs, pas de nectar et pas de miel, ni de gelée royale d’ailleurs ! Personnellement, j’ai été assez déçue. Pour le miel de forêt, châtaigniers essentiellement, même constat : ce sont des arbres qui souffrent du manque d’eau et les abeilles ont eu faim. Enfin, pour le miel toutes fleurs, la récolte a été moyenne, pas exceptionnelle. Et puis, tous les ans, en juillet, nous emmenons une partie de nos ruches en Champagne où elles profitent de la luzerne en fleurs. Quand nous sommes arrivés sur place, les parcelles étaient très sèches et les ruchers n’ont pas fait de miracles ! Localement, dans les zones qui ont reçu des pluies orageuses, les résultats ont pu être bons. En ce moment, nous préparons l’hivernage des ruches, les abeilles ne sortent plus. Elles ont fait du miel en septembre sur le lierre, qui leur servira de nourriture pour l’hiver. Notre travail consistera à les surveiller, vérifier si elles ont des réserves. Et puis c’est aussi la période de mise en pots. Nous approvisionnons les magasins, nous transformons une partie de notre miel en pain d’épices ainsi qu’en pâte à tartiner miel-amandes-noisettes. Mais le pain d’épices ne se consomme pas beaucoup en Picardie contrairement à l’Est de la France. Nous sommes actuellement en conversion bio et deux points techniques sont importants : la zone de butinage et les traitements contre le varroa. Le colza ne peut pas faire partie de la zone de butinage, difficile en Picardie, et les traitements varroa permis en bio sont inefficaces. Le cahier des charges miel bio devrait être revu en 2022, il est difficile à atteindre dans notre zone. En effet, sans colza ni même vergers conventionnels, les abeilles ont du mal à se nourrir au printemps et les ruches ne peuvent pas se développer. Je m’inquiète de ces étés secs que nous subissons depuis plusieurs années, j’espère que les colonies d’abeilles vont s’adapter au réchauffement climatique. En attendant, je souhaite que l’hiver soit pluvieux afin que les réserves hydriques soient suffisantes pour que la végétation se développe bien et que les abeilles aient de quoi nous faire beaucoup de bons miels !

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