L'Oise Agricole 22 octobre 2020 à 09h00 | Par actuagri

Une nouvelle géographie des échanges commerciaux

La Chine est le premier pays tiers importateur de blé et d'orges français. Sur le marché européen du maïs, la France n'aura pas à faire face à la concurrence agressive des pays de la Mer Noire.

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Depuis juillet dernier, la Chine est devenue le premier client de la France en blé et en orges.
Depuis juillet dernier, la Chine est devenue le premier client de la France en blé et en orges. - © Pixabay

En trois mois, le paysage des échanges commerciaux de céréales françaises a été totalement chamboulé. C'est l'un des principaux enseignements du dernier conseil spécialisé «grandes cultures» de FranceAgriMer, le 14 octobre. La Chine est le premier client de la France en blé et en orges depuis le début du mois de juillet. Sur le marché européen du maïs, notre pays n'a pas à craindre, comme les années passées, des concurrences virulentes des pays de la Mer Noire. En n'ayant que 6,7 millions de tonnes (Mt) de blé à exporter vers les pays tiers jusqu'à la fin de la campagne 2020-2021, notre pays n'a vendu que 1,3 Mt de blé depuis le mois de juillet dernier, soit 0,7 Mt de moins que l'an passé. Mais 370 000 tonnes (t) de blé, soit 29 % des expéditions, ont été achetées par la Chine alors qu'elle était quasiment absente l'an passé à la même époque sur le marché français. Entre temps, l'Afrique subsaharienne est devenue un acteur proportionnellement plus important même si moins de blé a été vendu que l'an passé. Mais les 377 000 tonnes achetées représentent 28 % des ventes (+ 5 points en un an). A contrario, l'Algérie n'a importé que 360 000 t (28 % des ventes), soit 960 000 t de moins qu'en 2019 et une part de marché réduite de 36 points en un an.

Capacités d'exportations réduites

La Chine s'est lancée dans une nouvelle opération de stockage de blé. La crise économique et sanitaire mondiale inquiète son gouvernement, tenté de renforcer la sécurité alimentaire du pays. Aussi, ce dernier importera jusqu'à 7,5 Mt de blé pour le stocker. À la fin de la campagne, l'ex-empire du milieu disposerait alors de 164 Mt, soit l'équivalent de 120 % de sa production annuelle. De plus, le pays reconstitue son cheptel porcin victime de la peste porcine, consommateur de céréales, et l'élevage de volailles est en plein expansion. Par ailleurs, les différends diplomatiques qui opposent la Chine à l'Australie et au Canada, deux pays qui comptent sur les marchés mondiaux des céréales, conduit l'ex-empire du milieu à revoir sa stratégie commerciale et à se tourner sur l'Union européenne, et la France notamment. Aussi, la Chine est devenue le pays importateur quasi-exclusif d'orges françaises depuis le début de la campagne 2020-2021. Elle en a acheté 1,09 Mt, soit 96 % des grains expédiés hors de l'Union européenne ces trois derniers mois. Mais l'incertitude plane pour l'avenir. Les capacités d'exportation de la France sont particulièrement réduites (2,7 Mt dans l'Union européenne et 2,9 Mt vers les pays tiers). Et l'Arabie saoudite n'est encore pas venue aux achats depuis le début de la campagne.

Horizon concurrentiel

Quant aux exportations françaises de maïs vers ses voisins européens, l'horizon concurrentiel se dégage. La Roumanie, la Bulgarie et l'Ukraine voient leur production de maïs s'effondrer de près de 14 Mt, ce qui réduit quasiment d'autant leurs capacités d'exportation. Alors qu'en produisant 12,7 Mt de grains, la France est en mesure de vendre 4,1 Mt de grains, soit 300 000 t de plus que l'an passé. Malgré la sécheresse, l'augmentation des surfaces implantées a globalement compensé la baisse des rendements et même augmenté les capacités d'exportation de notre pays. Enfin, l'été dernier, la Pologne a rejoint la liste étroite des pays très compétitifs pour approvisionner l'Égypte. Elle a, en effet, expédié 238 000 t de blé. En revanche, la France sera absente tout au long de la campagne et la Roumanie n'est pas prête à réitérer l'exploit de l'an passé. Seules 60 000 t de blé ont été expédiées (600 000 t la saison passée). Dans le même temps, la Russie a déjà livré 2,8 Mt de blé et l'Ukraine, 530 000 tonnes.

Des récoltes revues à la baisse

La note «Agreste» du ministère de l'Agriculture sur la situation des grandes cultures au 1er octobre opère une nouvelle révision en baisse de ses prévisions de récolte de grandes cultures, notamment pour les céréales à paille et la betterave, alors que se confirme une production pléthorique de pommes de terre. La prévision par le ministère de l'Agriculture, de production française de blé tendre au 1er octobre a encore été ajustée à la baisse par rapport à septembre, avec 29,18 millions de tonnes (Mt), soit un repli de l'ordre de 300 000 t et une chute de

10,4 Mt (- 26,2 %) sur l'an dernier, conséquence d'un rendement tombé de 79,1 quintaux/hectare (qx/ha) à 68,6 qx et d'une baisse des surfaces de près de 700 000 ha. Il faut remonter à la campagne 2016-2017 pour trouver une moisson aussi faible, 27,6 Mt, alors que la surface dépassait alors 5,1 millions d'hectares (Mha), mais que le rendement moyen national s'était effondré à 53,7 qx/ha. Cette récole 2016, exceptionnellement basse avait succédé à une moisson exceptionnelle de 40,4 Mt. On pourra faire une même comparaison cette année.

Recul de la betterave

La prévision de production de blé dur tombe à 1,28 Mt, en retrait de 18 % sur 2019 et de 28 % sur la moyenne quinquennale, l'orge recule 500 000 t sur septembre, avec 10,5 Mt et 23 % sur l'an dernier. L'estimation de la production de maïs grains (hors semences) a diminué de 300 000 t sur septembre, à 13,5 Mt, mais reste supérieure de 66 % par rapport à 2019. Globalement, la production céréalière française 2020 s'élèverait à 57,9 Mt, en baisse de 13,4 Mt sur l'an dernier. La production de colza est confirmée à 3,26 Mt, soit 6,6 % de moins que la dernière récolte, mais une chute de plus de 30 % en cinq ans. En revanche, la culture du soja continue de prospérer, +16,6 % en cinq ans, avec 448 000 t.

La récolte de protéagineux est abaissée à 795 000 t, un recul 11,3 % par rapport à 2019. Estimée à 32,2 Mt en septembre, la nouvelle prévision de récolte betteravière chute à 30,5 Mt dans la dernière estimation du ministère de l'Agriculture. C'est une baisse de 19,8 % en une campagne et de 20,7 % sur la moyenne 2015-2019. La récolte de pommes de terre de conservation a encore été relevée, à 6,95 Mt, consolidant le record déjà annoncé... et un risque de surabondance.

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