Canal Seine-Nord Europe: la Cour des comptes dénonce les dérives du projet
Le canal Seine-Nord Europe (CSNE), présenté comme le plus grand projet d'infrastructure de transport en France, fait l'objet d'une critique acerbe de la part de la Cour des comptes.

Initialement conçu pour remédier à la sous-capacité du canal du Nord, ce projet ambitieux de
107 kilomètres, reliant le bassin de la Seine à celui de l'Escaut, connaît aujourd'hui des retards significatifs et une dérive des coûts préoccupante. C'est en substance ce que vient d'affirmer la Cour des comptes dans un rapport -- très commenté -- du 10 avril dernier.
Une gestion mise en question
Dans son rapport de près d'une centaine de pages, la Cour des comptes met en lumière les faiblesses de la gestion du projet, soulignant d'abord que la société du canal Seine-Nord Europe (SCSNE) est «mal armée pour mener sa mission de maître d'ouvrage». Créée en 2016, la SCSNE a vu son statut évoluer en 2020, mais cela ne suffirait pas à lui donner les moyens nécessaires pour faire face aux exigences d'un projet d'une telle envergure. «La SCSNE n'a pas atteint la taille critique nécessaire au regard de certains aspects essentiels de la maîtrise d'ouvrage», notent ainsi les rapporteurs.
La dérive des coûts est également jugée alarmante : alors que le budget initial était estimé entre 3,5 et 4 milliards d'euros, la dernière prévision monte à
7,3 milliards d'euros, un quasi-doublement qui soulève des questions sur la rentabilité socio-économique du projet.
Des financements incertains
La question du financement devient pressante face à l'augmentation constante des coûts. La convention de financement de 2019, qui repose sur des évaluations aujourd'hui obsolètes, est jugée insatisfaisante. La Cour des comptes appelle à une «réunion au plus vite d'une conférence de financement» pour clarifier les modalités et les engagements des différentes parties prenantes.
Impacts environnementaux et socio-économiques préoccupants
Au-delà des enjeux financiers, le projet soulève d'importantes préoccupations environnementales. La Cour des comptes constate que le canal «affecte le cycle de l'eau à une échelle régionale» et entraîne des conséquences notables sur la biodiversité et les terres agricoles. «La démarche 'Éviter, Réduire, Compenser' portée par la SCSNE doit être rigoureusement suivie», prévient le rapport, qui appelle à une vigilance accrue face à ces enjeux.
Pour les agriculteurs locaux, les conséquences sont également préoccupantes. Le projet gèle une part significative de terres arables et impose des opérations de remembrement. Enfin, «des incertitudes demeurent à l'horizon de la mise en service», conclut la Cour, soulignant la nécessité d'une coordination avec les acteurs agricoles pour limiter les impacts.
Recommandations urgentes
Face à cette situation critique, la Cour des comptes formule cinq recommandations essentielles. Elle insiste en premier lieu sur la nécessité de créer une valeur socio-économique ; puis d'accroître l'expertise des services en charge du projet et de clarifier la répartition des financements.
Le canal Seine-Nord Europe, qui aurait pu être un axe stratégique pour le transport fluvial, se trouve aujourd'hui à la croisée des chemins. Et la Cour des comptes d'insister pour que les autorités compétentes agissent rapidement pour surmonter les défis qui mettent en péril cette infrastructure.
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