Décarbonation: l'agriculture et l'agroalimentaire au pied du mur
Le Haut Conseil pour le climat (HCC) a rendu public, le 12 mars, son avis sur le projet final de la troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3). Si le HCC salue l'ambition globale de la France, il tire la sonnette d'alarme sur le secteur agricole.

Les secteurs agricoles et agroalimentaires doivent-ils s'attendre à ce que le gouvernement serre un peu plus la vis sur la décarbonation de leurs activités ? À lire le rapport du HCC sur la SNBC-3, le doute n'est guère permis. En effet, le scénario de la SNBC 3 prévoit une décarbonation quasi complète de la plupart des secteurs à l'horizon 2050. Mais selon les prévisions des experts, à cette date, le secteur agricole porterait encore 43 millions de tonnes équivalent carbone (MtéqCO2), soit plus de la moitié de ses émissions actuelles.
Le principal point de blocage reste le méthane (CH4), issu majoritairement de l'élevage, qui représenterait 33 Mt éqCO2 à lui seul. Cependant, le rapport n'occulte pas que l'agriculture est au coeur d'un paradoxe : elle doit à la fois réduire ses émissions et fournir la biomasse nécessaire à la décarbonation des autres secteurs (transports, industrie, bâtiment). Or, le HCC prévient que le potentiel de production de biomasse agricole risque de décroître sous l'impact du changement climatique (sécheresses, vagues de chaleur). Le «bouclage» entre l'offre et la demande semble incertain pour 2030 et les années suivantes. C'est pourquoi le HCC recommande «de renforcer les objectifs de sobriété pour limiter la pression sur la ressource», a indiqué Jean-François Soussana, président du HCC. Dépendre massivement d'importations de biomasse fragiliserait la souveraineté nationale dans un contexte international instable.
Régimes alimentaires
Le président du HCC n'a pas caché non plus que la sobriété devra nécessairement passer par «l'adaptation de l'agriculture au changement climatique. C'est un défi essentiel et un enjeu de résilience», a-t-il martelé. Ce qui demande d'investir «structurellement dans une dynamique de décarbonation» a-t-il ajouté. À ce titre, le HCC a identifié trois leviers possibles. Tout d'abord renforcer le stockage carbone du sol : si des efforts sont prévus sur les haies et les cultures intermédiaires, le HCC estime que d'autres leviers, comme l'allongement des prairies temporaires, restent sous-mobilisés. Ensuite l'évolution des régimes alimentaires.
Sur ce sujet très sensible qui cible la consommation carnée (notamment la viande bovine), le HCC appelle à mieux mobiliser l'évolution des pratiques de consommation, notamment la substitution des protéines animales par des protéines végétales, pour réduire l'empreinte carbone de l'alimentation, dont 46 % est aujourd'hui importée. Le troisième et dernier levier à mobiliser pour le HCC concerne la révision des politiques publiques. Il note que le Plan stratégique national (PSN) de la Pac doit être revu pour augmenter son ambition climatique. Les reculs environnementaux récents sur les prairies permanentes inquiètent particulièrement les experts. Ils regrettent aussi que les impacts climatiques sur les rendements agricoles et les ressources en eau ne soient pas encore suffisamment intégrés dans les modélisations de la SNBC 3. Encore faut-il que les agriculteurs aient les moyens d'investir dans cette démarche. En 2024, le résultat brut de la branche agricole par actif non salarié en termes réels a régressé de 18,6 %
par rapport à 2023 après avoir reculé de 15,7 % en 2023 par rapport à 2022. Ce ne sont pas les
3,7 % de hausse (estimée) du revenu agricole pour l'année 2025 qui permettront de dégager les investissements demandés.
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