Le lin reste une culture à risques: il convient de modérer les surfaces
Malgré des résultats qui restent bien supérieurs aux autres cultures et avec la nouvelle usine qui devrait entrer en service en 2028, les responsables de la coopérative linière de Grandvilliers appellent les coopérateurs à ne plus augmenter les surfaces.

L’assemblée générale traitait de la récolte 2024. «Je vous parle des semis de 2023, avec des lins d’hiver dont la récolte a été normale, mais avec des fibres de mauvaise qualité et des lins de printemps qui ont subi des attaques d’altises, avec une récolte tardive. Mais nous avons pu rentrer in extremis 1.200 ha en cinq jours !», témoigne Nicolas Defransure, le directeur. Le rendement en fibres longues a été faible et la part de poussières et déchets élevée, que ce soit en lins d’hiver ou de printemps.
Les lins de printemps ont quand même bénéficié d’un bon prix avec un paiment moyen des fibres de 4,60 €/kg. Les fibres de type 4 sont les plus demandées par les filatures, les 5 et les 6 sont les meilleures en termes de qualité. Par contre, les lins d’hiver, dont 70 % des fibres étaient en classe 3 (pas recherchées par les clients), à cause des pieds malades, se moins bien vendues, à seulement 3,86 €/kg. «Si on veut résumer : les printemps secs sont favorables au lin d’hiver et les printemps humides au lin de printemps. Je pense qu’il faut laisser les lins d’hiver aux secteurs les moins favorables et ne pas dépasser 25 % de surfaces en lins d’hiver», détaille le responsable. Quant au lin bio, il a été payé en moyenne 4,53 €/ha, mais il est difficile à commercialiser et finira vendu en conventionnel à termes car il n’y a pas de demande.
Côté recettes, la meilleure revient au lin textile de printemps à 4.955 €/ha, suivi du lin d’hiver à 3.902 €/ha et du bio à 2.906 €/ha. «En moyenne, on est à 4.771 €/ha sur 4.619 ha, soit la meilleure recette de la coopérative depuis 7 ans», analyse Nicolas Defransure.
Et demain ?
La demande en lin existe grâce au travail de l’interprofession, le marché se porte encore bien alors que, par ailleurs, rien ne va. Jusqu’où cela va-t-il durer ? Les responsables appellent à la modération des surfaces car «à ce rythme, notre future nouvelle usine, qui prévoit un doublement de la capacité de production grâce à deux nouvelles lignes de teillage, est déjà dépassée. N’oubliez pas que le lin est une culture à risque et qu’après une année à 4.000 €/ha, la suivante peut être à zéro», pointe le directeur.
Il en veut pour preuve que les échantillons prélevés sur la récolte 2025 actuellement stockée ne sont pas excellents, amenant des déconvenues potentielles.
«Actuellement, la récolte 2025 est stockée pour 40 % dans les fermes et le reste en location à l’extérieur. Son teillage, à hauteur de 500 ha au premier juin de cette année, devrait se terminer en juillet 2027 et celui de la récolte 2026 commencer en septembre 2027. J’en profite pour vous inviter à constituer des lots. Un lot, c’est une parcelle, une variété et une date d’enroulage. Si vous mélangez plusieurs lins différents, vous serez payé sur la totalité au prix de la plus mauvaise qualité, ce qui vous est défavorable», précise Pierre de Francqueville, directeur adjoint. Il pointe les difficultés à venir dans la gestion du report.
Entre les récoltes 2025 et 2026, il va falloir stocker à l’extérieur l’équivalent de la production de 4.200 ha, ce qui revient à trouver une surface en bâtiments entre 2,5 et 3,5 hectares. D’où encore un appel à la modération des surfaces. Même avec la construction du nouveau bâtiment et les deux nouvelles lignes de teillage, il va y avoir une période délicate pendant laquelle chacun devra faire preuve de patience !
Ce qui n’est pas teillé n’est pas vendu et les producteurs devront attendre pour être réglés en totalité, ce qui n’est pas sans conséquences pour eux.
Néanmoins, les comptes de la coopérative sont solides, avec un résultat d’exploitation de 3,3 M€ sur 15 mois, en baisse à cause de la mauvaise qualité des fibres 2024, pour un résultat d’exercice à 2,3 M€.
Nouvelle usine
L’actualité de Lin 2000, c’est bien entendu la construction de la nouvelle usine dont les travaux n’ont à ce jour pas pris de retard. Le bâtiment principal devrait être achevé fin 2026, les lignes de teillage fin 2027 pour un lancement de production en 2028. La nouvelle usine coûtera 24,3 M€, financée en grande partie par le recours à l’emprunt après de plusieurs banques et des subventions. Elle permettra de doubler la capacité de teillage, passant de 20.000 à 40 000 t de paille transformées, soit environ 7.200 ha au total.
«Sa mise en route est un véritable défi organisationnel, je vous demande de la patience. Plus largement, nous devons nous modérer sur les surfaces, la Cuma linière est à saturation et il ne faut pas déséquilibrer le marché dans un contexte géopolitique bien perturbé», conclut le président Sébastien Jumel.
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