L'Oise Agricole 05 juillet 2019 à 17h00 | Par Clement Peyron

Des alternatives à perfectionner

Le 25 juin dernier, Ludovic Tournant, chercheur en arboriculture fruitière de la Fredon, a présenté les premiers résultats de ses recherches sur les alternatives aux traitements chimiques pour lutter contre les insectes dans les vergers.

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La couleur des pièges employés est déterminante. Contre la cécidomyie des poirettes, c’est le jaune qui est efficace.
La couleur des pièges employés est déterminante. Contre la cécidomyie des poirettes, c’est le jaune qui est efficace. - © Fredon

Le mardi 25 juin, la Fredon (Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles) Nord-Pas de Calais organisait une journée technique dans ses locaux de Loos-en-Gohelle (62). Le but ? Exposer les premiers résultats obtenus dans le cadre des projets européens de recherche «Bioprotect», qui vise l’optimisation de l’efficacité de nouveaux biopesticides, et «ZERO-PH(F)YTO», qui ambitionne, lui, de concevoir des systèmes de production de fruits et légumes s’affranchissant de tout traitement.

Plus spécifiquement, l’accent a été mis sur le second des deux programmes, mené par Ludovic Tournant et son équipe, qui s’est attaché à lutter contre la cécidomyie des poirettes et l’hoplocampe du pommier, des insectes ravageurs de culture.

Deux insectes spécifiquement cibles

La cécidomyie des poirettes est un diptère qui s’attaque aux poiriers dont la femelle peut pondre de 20 à 30 œufs. Ses larves se développent directement dans les fruits, elles provoquent des déformations et une croissance accélérée des poires. Il faut intervenir sur la population adulte, c’est ce qui rend la lutte contre ce ravageur compliquée. «Sa période de vol est très courte (cinq à 14 jours) et est difficile à anticiper puisqu’elle semble liée aux conditions météos», explique Ludovic Tournant.

L’hoplocampe du pommier appartient, lui, à la catégorie des hyménoptères. Il se distingue par son dos noir et sa face ventrale orangée. Une femelle pond en moyenne 30 œufs, à raison d’une par fleur.

Les adultes apparaissent de mi-mai à mi-juin, et la ponte se déroule sur une période comprise entre la floraison et la chute des pétales. Les larves se développant, elles aussi, directement dans le fruit entraînant leur perforation en postfloraison puis leur chute. C’est également sur les adultes qu’il faut tenter d’agir. «Un piégeage massif doit être mis en place dès l’apparition du ravageur», recommande le chercheur.

Des pièges ou des bandes plutot que des insecticides

Pour lutter de manière écologique contre les insectes dans les vergers, la Fredon a expérimenté deux dispositifs : des pièges en croix et des bandes textiles, englués au préalable, et répartis sur toute la longueur des rangs d’arbres fruitiers

La couleur du matériel utilisé est adaptée en fonction de l’insecte ciblé : cécidomyie et hoplocampe sont respectivement plus sensibles au jaune et au blanc. À chaque arbre correspond également une méthodologie bien définie.

Pour les poiriers, les 120 pièges ont été disposés à 80 cm de haut, chacun espacé de son voisin de 80 cm également, sur une longueur totale de 100 m. L’installation aura nécessité 1 h 30 de pose à trois personnes. Les bandes engluées de 15 cm de haut sont installées selon les mêmes modalités : sur une longueur de 100 m, à 80 cm de hauteur. Deux personnes doivent être mobilisées pendant 1 h 30 pour mettre en place ce système. Les pommiers quant à eux, sont parés des mêmes atours, à ceci près qu’ici pièges et bandes sont blancs. Autre différence, leur hauteur : ils sont placés à 1,5 mètre, «de façon à s’adapter à la hauteur de vol des insectes ciblés», détaille Ludovic Tournant.

Une efficacité à démontrer

Les résultats obtenus ne permettent pas, pour l’instant, de tirer de conclusions fiables. Contre la cécidomyie, les pièges semblent prometteurs, avec 1 231 individus capturés après décompte sur un échantillon de 10 % du dispositif. Cependant, au-delà de 12 m dans le rang d’arbres fruitiers, il ne semble plus efficace. Ce résultat est, en outre, à pondérer, car un effet variétal pourrait en être à l’origine. Les premiers rangs de poiriers, sur lesquels les pièges semblent avoir été efficaces, sont composés de variété Concorde.

Passés ces premiers arbres, la Williams est présente, et pourrait attirer les ravageurs plus que les autres. Ce qui expliquerait l’absence d’insectes sur les premiers rangs, ceux-ci ne comportant pas de Williams.

À noter, une différence de prix significative entre les deux dispositifs présentés. Les pièges ont un coût total de 1 700 € pour 360 pièces installées par hectare (4,73 € à l’unité), là où les bandes à usage unique reviennent à 92,70 € pour la même surface d’influence (30,90 € à l’unité). Les pièges représentent un investissement important à amortir sur plusieurs années.

Pour les pommiers, même si le nombre de captures d’hoplocampes paraît minime en raison notamment d’une faible pression, les bandes semblent présenter le meilleur rapport efficacité/investissement

Aucune différence significative n’est constatée entre elles et les pièges, pour un coût par hectare près de 24 fois inférieur (1 440,96 € contre 60,3 €). Détail d’importance : les bandes textiles blanches ne sont pas commercialisées par les distributeurs de matériels agricoles. Les bandes utilisées proviennent donc de commerces classiques, elles ne sont pas prévues à cet effet, et ont une tendance à s’user et se déformer. Leur efficacité est, en plus, ternie par un effet pervers : elles attirent et piègent de nombreuses espèces autres que les ravageurs, dont certaines sont utiles à la culture. Les deux dispositifs seront reconduits, pour tenter de démontrer sur le long terme leur efficacité.

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