L'Oise Agricole 22 mars 2020 à 15h00 | Par Mylène Coste

Des légumes pour le «baby food»

L’alimentation pour bébés aussi appelée «baby food» fait partie de ces débouchés peu connus. Installé depuis 25 sur les hauteurs de Charmes-sur-Rhône (Ardèche), Alain Mounier a fait ce choix particulier de commercialisation. Reportage.

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L’EARL Mounier emploie une vingtaine de saisonniers sur l’exploitation, dont 8 à 12 spécifiquement dédiés au maraîchage. «Tous les légumes sont ramassés à la main, à l’aide d’une remorque fruitière : de chaque côté de la remorque sont positionnés trois ou quatre ramasseurs et un porteur», détaille Alain Mounier.
L’EARL Mounier emploie une vingtaine de saisonniers sur l’exploitation, dont 8 à 12 spécifiquement dédiés au maraîchage. «Tous les légumes sont ramassés à la main, à l’aide d’une remorque fruitière : de chaque côté de la remorque sont positionnés trois ou quatre ramasseurs et un porteur», détaille Alain Mounier. - © M.C.

Exclure les pesticides, bannir les nitrites... Faire des légumes pour le «baby-food» restreint le champ des possibles. Mais avec 25 années d’expérience derrière lui, le cahier des charges de l’alimentation des nourrissons1 n’a plus de secret pour Alain Mounier. Ce fils d’arboriculteur n’avait pourtant pas vocation à faire de l’agriculture son métier, mais en a finalement pris le pas, en 1994, après plusieurs années dans l’automatisme. «Au cours de mon premier métier d’automaticien, j’ai été amené à travailler sur des machines et procédés pour faire des légumes déshydratés, en pulpe ou encore en cubes, dans des entreprises qui faisaient de la baby food. Une fois installé sur l’exploitation arboricole familiale, j’ai voulu diversifier la production en me tournant vers le maraîchage à destination de ce débouché particulier.» Sur ses 70 ha de SAU2, 25 ha sont consacrés à la production de légumes. Il a conservé 15 ha de vergers, quelques parcelles de céréales à paille, et 3 ha d’oliviers tout récemment plantés.

Aujourd’hui, Alain Mounier livre courgettes, aubergines et courges butternut à un fournisseur régional de l’enseigne Blédina, numéro 1 de l’alimentation infantile en France. «Je travaille sous contrat ce qui confère l’avantage de connaître les prix à l’avance. Au fil des ans, nous avons développé une vraie relation de confiance avec mon client», explique-t-il. «Cette année, je dois produire 750 t de légumes sous contrat. J’aimerais pouvoir en faire davantage, développer des cultures de printemps comme le chou, mais je n’ai pas suffisamment de terres adaptées pour le maraîchage.»

Un cahier des charges contraignant

Garanties «Sans résidus de pesticides» 3, l’ensemble des recettes pour bébés de Blédina sont confectionnées à base d’ingrédients cultivés selon des règles strictes : calendrier de traitement, contrôle des taux de métaux lourds et des taux de résidus de pesticides avant récolte sur chaque parcelle (plus de 400 paramètres recherchés en laboratoire). «Le plus contraignant, pour la courgette notamment, reste le taux de nitrates qui doit être inférieur à 600 PPM/kg, estime Alain Mounier. Cela induit obligatoirement des rendements plus modestes. En aubergine, c’est la lutte contre le doryphore au printemps et contre le mildiou qui peut poser problème au moment de la récolte sans l’usage de pesticides.» «L’alimentation des enfants de 0-3 ans est encadrée par une réglementation européenne très stricte vis-à-vis des additifs (conservateurs, colorants, édulcorants, arômes), des résidus de pesticides ou encore de la teneur en nitrates, explique Pierre-Antoine Morel, responsable des achats pour le bio chez Blédina. Les aliments destinés à nos recettes répondent à des normes bien plus strictes que la nourriture pour adulte. Par ailleurs, nous procédons à plus de 300 contrôles et analyses par lot de produits finis.»

Un travail du sol important

Pour faire face à ces contraintes, le maraîcher réalise des assolements : «Aubergine en année 1, courgette en année 2 et de nouveau courgette ou courge en année 3. L’idéal serait de pouvoir faire des rotations triennales aubergine/cucurbitacée/céréale, mais je n’ai pas les surfaces maraichères suffisantes pour cela. C’est aussi ce qui me freine pour passer en bio», explique Alain Mounier.

Par ailleurs, il sème des engrais verts entre deux cultures pour structurer les sols, qu’il travaille manuellement. «Une fois la culture installée, je n’utilise aucun désherbant chimique, tout est biné au tracteur ou à la main au moyen d’une bineuse traditionnelle. Cela prend beaucoup de temps : 10 h pour 6 ha, et sans traîner !» Pour favoriser la vie des sols, il utilise également le fertilisant bio Bactériosol.

Le changement climatique interroge

Depuis quelques années, Alain Mounier ressent dans ses parcelles de légumes les effets du changement climatique. «Les printemps froids nous obligent à semer plus tard : le 22 mai cette année pour les courgettes contre le 23 avril il y a une dizaine d’années encore ! D’autre part, les sécheresses récurrentes accroissent les besoins d’irrigation», explique-t-il.

Plante méditerranéenne, l’aubergine supporte facilement les fortes chaleurs. C’est beaucoup moins le cas pour les cucurbitacées : «Au-delà des 35°C, les fleurs avortent et on peut avoir des pertes importantes, indique-t-il encore. Cette année, le feuillage assez dense a permis de protéger un peu de la chaleur, et nous n’avons pas eu de soucis, mais cela pose question pour l’avenir.»

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