L'Oise Agricole 20 juillet 2019 à 14h00 | Par Camille Peyrache

Les arbres, une place dans les systèmes agricoles

Très présent jusqu’à la fin du XIXe siècle dans l’Europe agricole, l’arbre avait presque disparu au fil de la modernisation agricole. Depuis le début du XXIe siècle, la recherche et les agriculteurs s’intéressent de nouveau aux systèmes mêlant arbres et cultures : l’agroforesterie.

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L’agroforesterie est traditionnellement pratiquée depuis plusieurs siècles en Europe. Avec l’essor des énergies fossiles après 1945, l’arbre a perdu son attrait économique. Depuis une trentaine d’années, on redécouvre son intérêt agronomique grâce à une recherche très active.
L’agroforesterie est traditionnellement pratiquée depuis plusieurs siècles en Europe. Avec l’essor des énergies fossiles après 1945, l’arbre a perdu son attrait économique. Depuis une trentaine d’années, on redécouvre son intérêt agronomique grâce à une recherche très active. - © Camille Peyrache

Les intérêts sont nombreux et permettent de répondre à certaines difficultés que rencontre l’agriculture aujourd’hui. La France compte aujourd’hui plus de 50.000 agriculteurs également agroforestiers. Ces paysans associent, sans forcément en avoir conscience, les arbres à leurs systèmes de production souvent hérités de l’histoire. «En France, il existait différentes traditions agricoles où les arbres étaient très présents, souligne Fabien Liagre, membre du bureau d’études d’Agroof spécialisé dans l’agroforesterie. À l’Antiquité, le pâturage des noyeraies et des oliveraies était très répandu. Il y a eu ensuite les systèmes de bocage associant haies arbustives, prairies et cultures. Depuis 300 ans, les peupleraies sont régulièrement associées à des productions agricoles notamment des grandes cultures.» Ces formes traditionnelles d’agroforesteries restent présentes dans différentes régions françaises comme dans la Jura avec du pâturage sous cerisier ou pommiers ou en Isère sous les noyers. Si l’on ajoute à cela, les 600.000 km de haies en bordure des champs, de très nombreux agriculteurs pratiquent l’agroforesterie, qui se définit simplement comme tous les types de formation arborée qui ont une interaction avec l’agriculture.

Renouveau de l’agroforesterie

Depuis les années 80-90, des parcelles d’agroforesteries modernes ont été mises en place à plusieurs endroits en France dont certaines à titre expérimental. On y teste différentes formes d’agroforesterie avec l’association de rangées d’arbres de hautes tiges et de cultures céréalières ou de rangées d’arbres de moyenne hauteur avec du maraîchage. Les expérimentations autour des vergers-maraîchers, quant à eux, cherchent à mélanger la production de fruits et de légumes. «Nous l’avons mesuré : un hectare d’agroforesterie produit autant de bois et de produits agricoles que 0,8 hectare d’agriculture et 0,6 hectare de forêt. Le gain est très fort : c’est une intensification écologique, sans intrants supplémentaires», explique Christian Dupraz, ingénieur de recherche à l’Inra Montpellier et président de la Fédération européenne d’agroforesterie.

L’Inra participe d’ailleurs à un programme de recherche européen en agroforesterie (Agforward, 2014-2018), doté de 6 millions d’euros et qui rassemble 23 partenaires de 16 pays. L’intérêt de l’agroforesterie repose sur deux volets : la production de bois (construction, chauffage, etc.) et les économies générées sur les charges agricoles. «Les études nous montrent que les systèmes agroforestiers peuvent générer une meilleure rentabilité que les systèmes traditionnels d’agriculture sans arbre, souligne Fabien Liagre. Ce n’est pas une recette miracle et cela demande d’apprendre à gérer les interactions entre les arbres et la production agricole, mais quand c’est bien maîtrisé, cela donne des résultats intéressants de l’ordre de 50 à 100 euros de charges en moins par hectare en grandes cultures.» En France et en Europe, l’intérêt pour cette pratique est fort. Le nombre de formations a considérablement augmenté pour répondre à la demande des agriculteurs souhaitant se former à cette pratique. Les chambres d’agriculture et le bureau d’études Agroof multiplient les formations. Le projet Smart financé par le Casdar a d’ailleurs recensé un nombre important d’agriculteurs pratiquant l’agroforesterie afin de créer des références techniques et économiques.

Nombreux services rendus

Dans la première partie de vie des arbres (10 à 20 ans en fonction des essences), l’intérêt de l’agroforesterie réside principalement dans l’augmentation de la biodiversité avec la présence de carabes, d’araignées ou de pollinisateurs dans les bandes enherbées des arbres. «Ces espaces sont plus riches en insectes utiles ou neutres qu’en ravageurs», constate Jean-Pierre Sarthou, enseignant chercheur Ensat (UMR Inra Agir, Toulouse). La présence de rangées d’arbres sur une parcelle, et donc de bandes non cultivées, attire les auxiliaires (araignées, syrphes, coccinelles, etc.), ce qui peut aider à limiter l’emploi d’insecticides. Dans certaines expérimentations, on constate ainsi une baisse de la pression des insectes nuisibles. Sur les autres plants (compétition pour la lumière, l’eau, amélioration de la fertilité du sol…), les impacts positifs ou négatifs sont faibles sur cette période.

C’est dans la deuxième moitié de vie de l’arbre que l’influence de l’agroforesterie joue pleinement et donne tout son potentiel. Les travaux de l’Inra montrent ainsi que ces systèmes agroforestiers peuvent apporter des réponses par rapport à l’amélioration des systèmes de production agricole avec une baisse de la pression parasitaire par exemple, l’amélioration de la fertilité du sol et de sa capacité à retenir l’eau, la hausse de l’efficacité de la lutte biologique ou encore la protection des cultures et des animaux contre les accidents climatiques.

L’agroforesterie n’a pas fini de livrer ses secrets. Le bureau d’études Agroof travaille sur plusieurs projets expérimentaux dont l’un est intitulé Parasol et vise à étudier l’impact des arbres adultes sur la production herbagère et sur le comportement des animaux : leur consommation d’eau et de fourrage. «Dans cette expérimentation, on testera notamment l’intérêt des arbres fourragers selon deux modalités, indique Fabien Liagre. L’une où les arbres sont intégrés dans le système de pâturage ce qui permet aux animaux de se nourrir directement sur les arbres et l’autre où les branches sont coupées pour rendre accessibles les feuilles.» On attend les premières indications d’ici quelques années.

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