L'Oise Agricole 24 octobre 2019 à 09h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

Transition agroécologique : observer et comprendre pour agir

UniLaSalle a organisé un atelier collaboratif autour de la transition agroécologique, rassemblant des chercheurs, des instituts techniques, des universitaires et les acteurs de l’agriculture du Nord, du Nord-Est de la France et de la Belgique.

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Un atelier collaboratif suivi de la visite de l’expérimentation menée sur la ferme de l’institut. Les premiers résultats apparaissent déjà, mais les impacts réels se mesureront dans quelques campagnes.
Un atelier collaboratif suivi de la visite de l’expérimentation menée sur la ferme de l’institut. Les premiers résultats apparaissent déjà, mais les impacts réels se mesureront dans quelques campagnes. - © Dominique Lapeyre-Cavé

Point de départ de la réflexion commune, la définition des services écosystémiques des sols, c’est-à-dire des fonctions rendues par les sols à l’humanité. Certaines concernent en premier chef les agriculteurs, mais elles sont en vérité beaucoup plus larges (voir encadré).

Leur conservation et la gestion durable de la fertilité des sols sont au cœur de la transition écologique. Des études ont été menées pour comparer l’évolution de leur biologie en fonction de pratiques culturales contrastées et ce autour de Beauvais, donc dans une zone d’intensification et de spécialisation agricole : des assolements simplifiés (blé /orge /colza), industrialisation des élevages hors sol avec de la biomasse exportée non restituée au sol, développement de cultures de production de biomasse ligno-cellulosique, exportation de la biomasse de la campagne où elle est produite vers la ville où elle est consommée.

Ce mode de production généralisé a entraîné les conséquences que l’on sait : érosion des sols, pollution des sols, perte de biodiversité. Ce constat a été le point de départ des agriculteurs qui se sont engagés dans l’agriculture de conservation des sols (ACS). Cette démarche est innovante dans le Nord de la France : pas de perturbation physique des sols, couverture permanente, rotation diversifiée et semis direct dans des cultures intermédiaires.

Ont ainsi été suivies des parcelles voisines en agriculture de conservation et en agriculture conventionnelle avec des mesures réalisées à l’aide d’étudiants d’UniLaSalle : vers de terre, collemboles, dégradation de la matière organique. Les résultats sont clairs : les communautés de vers de terre ne sont pas les mêmes dans les deux systèmes de cultures, mais c’est surtout le type de sol qui est discriminant.

Par contre, pour les collemboles dont les populations sont aussi différentes, il y a là un véritable effet des pratiques culturales. Enfin, pour ce qui est de l’analyse de la matière organique, il s’avère que les effets sont d’autant plus prégnants que l’ACS est mise en place depuis longtemps.

Ce type d’agriculture concilie bien les attentes des agriculteurs et les attentes en termes d’écologie. On constate à terme une évolution positive de la macro-faune et une amélioration de la vie biologique des sols.

Des questions quasi philosophiques

Plus largement, autour de la question de la transition écologique, se posent de nombreuses questions, notamment autour des innovations technologiques dont on sent qu’elles vont favoriser cette évolution nécessaire.

On est passé d’une agriculture à fonction de production (1946-2000) à une agriculture devant protéger aussi l’environnement (1960-2010) avec l’émergence de l’agriculture biologique et de l’agriculture de conservation.

Pour 2010-2050, il s’agit de mettre en place une agriculture à haute performance globale, écologiquement intensive. Avec la croissance de la population, la raréfaction des ressources (eau, terres), on sent qu’il va falloir repenser le lien entre l’humain et la nature, et l’agroécologie est au cœur de ce lien.

L’agriculture devra prendre soin de la nature, ne plus lutter contre les ravageurs mais les domestiquer. C’est la notion de biocontrôle car, pour produire, il ne faut pas laisser faire la nature, tout en n’ayant plus ou presque recours à la chimie. Ce qui est sûr, c’est que ce biocontrôle est difficile à concevoir, complexe à construire. En tout cas, cette transition agroécologique ne pourra pas se faire sans la génétique, qu’on a parfois décriée. Pourtant, jamais le catalogue français des variétés n’a été aussi fourni : pas moins de 17.285 variétés de céréales, colzas, légumes…

À titre d’exemple, en 1970, il comprenait 60 variétés de maïs contre 980 aujourd’hui. Et ces variétés sont de plus en plus performantes, mieux adaptées aux contraintes, plus économes. Car, au final, les fondamentaux ne changeront pas pour les agriculteurs, même après cette révolution : analyse coût/bénéfice, poids du contexte pédoclimatique, situation planétaire, devenir de la Pac et de ses aides.

L’agroécologie, entre l’agriculture intensive et la nature, ne saurait sa développer sans une transition scientifique. Elle ne se contente pas de raisonnement à la parcelle avec une conduite culturale basée sur l’agronomie.

Elle englobe l’exploitation en entier, le paysage, l’alimentation, vise plus la prévention que le curatif, fait appel aussi aux sciences sociales, est multi et transdisciplinaire. Il s’agit d’observer dans son ensemble l’exploitation, les flux, de connaître la demande de services écosystémiques et voir quelle pourrait être l’évolution potentielle. Par exemple, une étude a été faite sur la faisabilité de la culture du soja dans l’Oise et elle a nécessité plusieurs approches : agronomique, économie, filière… Les changements doivent être mis en œuvre par les multiples acteurs, à diverses échelles, avec plusieurs disciplines.

Pour que l’agroécologie puisse s’imposer, il faudra déverrouiller les filières et surtout s’assurer du paiement des services écosystémiques rendus. Sans doute un des verrous principaux à faire sauter.

Services écosystémiques des sols

  • Services culturels : patrimoine archéologique, esthétique des paysages, spiritualité
  • Services de régulation : recyclage des déchets, flux de l’eau et de l’air, stockage du carbone, habitat de la biodiversité
  • Services d’approvisionnement découlant des précédents : production d’aliments, de biomasse, de fibres, production de matériaux, support physique. Le sol se caractérise par ses propriétés intrinsèques (type, structure…) ou par des propriétés modifiées par l’homme : pH, matière organique…

Ces propriétés peuvent varier sous l’action de déterminants externes (climat, géologie, biodiversité) ou contrôlés par l’homme : occupation du sol, gestion technique…

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