Un plan d’action pour limiter la flambée des prix des engrais
Face à l'explosion des coûts de production et à une dépendance aux importations jugée critique, en particulier sur les engrais, le Copa-Cogeca a présenté le 6 mars son «Plan d’action Engrais».

La situation des exploitations agri-coles européennes, particulière-ment françaises, est devenue inte-nable. Entre 2019 et 2023, la part des engrais dans les coûts spé-cifiques des cultures a bondi de 44 % à 53 %. Pour les exploitations spécialisées en grandes cultures (céréales et oléagineux), ce poste représente désormais environ 28,5 % de la consommation in-termédiaire totale. Cette pression financière étrangle la producti-vité des fermes céréalières, qui accuse un repli marqué par rap-port aux niveaux de 2019-2020. Dans son «Plan d’action Engrais», le Copa-Cogeca rappelle que l’Union européenne se trouve dans une position de vulnérabilité structurelle. Elle importe actuelle-ment près de 30 % de ses besoins en azote, 68 % de son phosphore et 85 % de son potassium. Cette dépendance s’est même aggra-vée pour l’azote minéral, dont la part importée est passée de 28 % en 2019 à 45 % en 2022. Dans ce contexte, le Copa-Cogeca ex-horte la Commission à ne pas im-poser de nouvelles interdictions sur les importations, au risque de compromettre la sécurité alimen-taire européenne.
Pour soulager les trésoreries, les représentants agricoles euro-péens réclament la suspension immédiate des droits de douane de 6,5 % qui frappent la plupart des engrais azotés et compo-sés. Ils exigent également la le-vée des taxes anti-dumping sur les solutions d’urée et de nitrate d’ammonium (UAN) en prove-nance des États-Unis et de Trini-té-et-Tobago, dont le maintien est jugé «économiquement indé-fendable».
Si le Copa-Cogeca est, sur le principe favorable à la MACF/CBAM*, elle souhaite en re-vanche en exclure l’ensemble des fertilisants. C’est «un point de fric-tion» pour elle. L'incertitude liée à sa mise en œuvre a déjà paralysé certaines importations, mena-çant des stocks européens qui ne couvrent que 40 à 50 % des be-soins annuels.
Stockage stratégique
Dans son plan, le Copa-Cogeca plaide pour une modernisation du cadre législatif en ciblant ou-vertement la directive nitrates et le plafond de 170 kg N (azote)/ha par an pour les effluents d’éle-vage. Ce seuil est jugé «obsolète et déconnecté des réalités agro-nomiques», insiste l’organisation européenne, qui demande d'au-toriser l'usage du digestat au-de-là de ces seuils. Elle souligne que ce produit issu de la métha-nisation présente des risques de lessivage égaux ou inférieurs aux engrais de synthèse tout en favo-risant la séquestration du carbone dans des sols dont 60 à 70 % sont jugés en mauvaise santé. À plus long terme, le Copa-Cogeca ap-pelle la Commission européenne à faire de la production d’en-grais et d’ammoniac vert un des piliers du futur plan d’action sur les fertilisants qu’elle présentera dans le courant du deuxième tri-mestre 2026. L’organisation agri-cole européenne plaide pour une «industrie européenne forte et répartie sur l’ensemble des États membres afin de réduire les dé-pendances extérieures».
Elle soutient aussi le développe-ment d’unités décentralisées, à la ferme ou au niveau régional, couplées aux énergies renouve-lables et au biogaz. Enfin, le Co-pa-Cogeca propose une véritable politique de stockage straté-gique, gérée par les coopératives et les agriculteurs, pour couvrir au moins trois mois de besoins. Cette mesure de résilience, finan-cée hors budget de la Pac, est ju-gée indispensable pour protéger le secteur contre les chocs géo-politiques et climatiques de plus en plus fréquents. Reste à savoir si la Commission européenne re-prendra tout ou partie de ces pro-positions.
* Mesure d’ajustement carbone aux frontières/Carbon Border Ad-justment Mechanism
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