L'Oise Agricole 20 juin 2019 à 10h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

Agronomie et innovation au cœur du projet d’Agora

Les adhérents d’Agora avaient rendez-vous le 13 juin dernier à Mouchy-le-Châtel pour y découvrir des expérimentations en lien avec la nouvelle orientation de la coopérative, l’agriculture de conservation des sols.

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Découverte des parcelles de présentation des divers couverts proposés.
Découverte des parcelles de présentation des divers couverts proposés. - © Dominique Lapeyre-Cavé

De nombreuses essais étaient tournés vers des techniques innovantes, mais dans l’optique de permettre aux adhérents de se les approprier sans avoir à investir en matériel high tech. Par exemple, un atelier était consacré aux différentes plantes compagnes à semer avec le colza afin de favoriser son implantation rapide. La féverole semble être la plus intéressante. Semée à une densité de 15 à 17 grains au m2 et avec l’incorporation d’un engrais starter au semis du colza, la féverole apporte un gain sur le rendement. Elle ne concurrence pas le colza, résiste aux herbicides de post-levée, apporte de l’azote au sol et favorise le contrôle des altises à l’automne. Les pivots des colzas sont mieux développés. L’avantage de cette technique innovante est qu’elle peut facilement être mise en œuvre.

Les semences de féverole sont faciles à se procurer, on peut les semer avec un épandeur à engrais et réaliser ensuite un semis classique de colza avec une herse rotative qui enfouira les graines. Aucun matériel supplémentaire n’est à acquérir et l’idéal serait que plus d’agriculteurs s’approprient cette technique simple et efficace.

Cultures énergétiques

Toujours pour accompagner ses adhérents qui s’intéressent à la méthanisation, Agora a mis en place des micro-parcelles de Cive (cultures intermédiaires à vocation énergétiques). Il s’agit de trouver le mélange qui assurera le meilleur compromis entre pouvoir méthanogène et production de biomasse. Différents mélanges sont testés, dont la plupart regroupent des céréales et des protéagineux ou des légumineuses. Les premières assurent le pouvoir méthanogène et les secondes accompagnent le développement des premières par la fourniture d’azote au sol. De plus, introduire des légumineuses permet aux Cive d’être éligibles aux SIE (surfaces d’intérêt écologique) à condition de n’apporter aucun engrais ni produit phytosanitaire.

L’avoine est beaucoup présente dans les mélanges proposés. Le stade idéal de récolte est celui où les étamines apparaissent. Après récolte, il est imaginé d’implanter un maïs qui sera capable de produire 30 à 35 t MS/ha à maturité, pour alimenter également le méthanisateur. Différentes variétés sont ainsi testées pour avoir le meilleur rendement en biogaz.

Semis sous couvert

Autre atelier en lien vers l’orientation agriculture de conservation des sols (ACS), des essais de semis de blé sous couvert, présentés par Luc Vandeputte, responsable technique Agora. Ce dernier rappelait en préambule les grands principes de l’ACS. La réussite de l’implantation du couvert est une des clés de réussite de la culture. Pour cela, le couvert doit être semé au plus tôt derrière la récolte, l’idéal étant dans les 48 heures après le passage de la moissonneuse-batteuse pour profiter de l’humidité résiduelle. Les débutants en ACS peuvent se contenter de mélanges regroupant 4 ou 5 espèces, dont 50 % de légumineuses. Certaines plantes doivent avoir un port dressé pour servir de tuteur et d’autres doivent être plus couvrantes. Agora propose ainsi le mélange Sol max : radis, vesce, phacélie, trèfle d’Alexandrie, tournesol et féverole. Le tournesol est intéressant car il peut se développer dans le sec et il a un effet allélopathique sur le ray grass et produit de la biomasse. Il faut en effet obtenir un couvert capable de produire de 3 t MS/ha si on veut pouvoir semer correctement le blé derrière. De même, un bon mélange doit contenir des crucifères qui ont un effet piège à nitrates et poussent vite. Dans tous les ans, le couvert ne doit pas coûter plus de 50 à 60 €/ha. Autre conseil, intégrer une fertilisation localisée au semis du couvert car le semis direct ne permet pas la minéralisation de l’azote.

Les résultats de ces expérimentations permettront aux adhérents de bénéficier d’un appui technique indispensable à la transition vers l’agriculture de conservation des sols pour ceux qui voudront se lancer dans l’aventure.

Au plus près des besoins

Mais la plateforme s’est aussi attachée à des aspects plus classiques de la production agricole. Par exemple, une partie des essais était consacrée à la localisation de la fertilisation en phosphate sur blé. Là encore, il s’agit de favoriser l’implantation du blé au semis et d’assurer le développement de la culture. Le phosphore étant peu mobile dans le sol, il doit être apporté au plus près des racines. Sont comparés deux modes : en localisé au semis et en plein quelques jours après ainsi que différentes formulations de l’engrais, avec des oligo-éléments ou même des levures. Les résultats sont sans appel : le phosphore est toujours mieux valorisé en localisé et cette méthode permet une économie d’intrants. Dans des parcelles riches en phosphore, on peut espérer un gain de rendement de 2 q/ha et même 4 q dans des parcelles pauvres, type petites terres. Cette modalité est toujours intéressante quelle que soit la date de semis, et l’est particulièrement pour des blés semés tard car il y a un véritable effet boost. Par ce moyen, il s’agit d’assurer la durabilité des systèmes, de continuer à produire de la qualité tout en diminuant les charges et avec un meilleur respect de l’environnement. Un vrai changement de modèle auquel la coopérative Agora s’engage à fond.

«Nous croyons à l’agriculture de conservation des sols»

Dans la continuité de l’agro-forum de février qui traitait déjà de l’agriculture de conservation des sols, Agora poursuit sa révolution en axant sa plateforme vers la recherche de solutions concrètes pour accompagner ses adhérents. «Nous sommes interpellés à la fois par nos adhérents et la société : impasses techniques, réglementaires, demandes sociétales. C’est pourquoi nous avons décidé de remettre l’agronomie au cœur de notre métier, de réapprendre le sol, les plantes, leurs interactions tout en y ajoutant les nouvelles technologies, sources de progrès. Nous croyons en l’agriculture de conservation des sols, troisième voie entre l’agriculture biologique et l’agriculture conventionnelle» explique Thierry Dupont, président d’Agora. La plateforme de Mouchy-le-Châtel teste maintenant depuis plusieurs années des itinéraires en ce sens et les premiers résultats sont déjà là. La coopérative s’engage pleinement, notamment au travers Easinov, structure créée avec Valfrance, pour vulgariser les nouvelles technologies les plus pertinentes, mais aussi par la formation des techniciens à l’ACS et par le développement du travail en groupe. «C’est un véritable changement d’état d’esprit que nous opérons tous, adhérents et coopérative, et nous allons privilégier le partage d’expériences et les échanges autour de nos adhérents déjà en ACS» détaille Thierry Dupont.

L’agriculture biologique ne sera pas oubliée puisque la coopérative va lui consacrer un silo près d’Estrées-Saint-Denis. De même, le volet biomasse, énergie et bio-matériaux sera soutenu par la construction de filières. «Cette évolution vers l’accompagnement d’une agriculture de projet sera structurante pour nous et nos adhérents» conclut le président.

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