L'Oise Agricole 22 octobre 2020 à 09h00 | Par Alix Penichou

Céder son exploitation ou s’installer en agriculture, un enjeu crucial

Accompagner les exploitants à céder leur exploitation et les jeunes à devenir agriculteur est le rôle du PAIT (Point installation transmission) Hauts-de-France. En 2019, 295 personnes ont bénéficié des aides à l’installation en région.

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Évolution et répartition des installations aidées, par région agricole entre 2011 et 2019.
Évolution et répartition des installations aidées, par région agricole entre 2011 et 2019. - © Chambre d’agriculture Hauts-de-France

Marie-Pierre et Éric Degeuser, horticulteurs à Vis-en-Artois, on bien failli devoir mettre la clé sous la porte, plutôt que de céder leur affaire. «Nous voulons partir à la retraite en décembre 2022, confient-ils. Nous aurions dû préparer ce départ bien avant, car il y a quelques mois, nous n’avions aucun repreneur potentiel. Un déchirement et une sensation de gâchis, lorsque le travail de toute une vie, qui aboutit à une affaire qui tourne, doit se terminer ainsi.» Grâce à une annonce postée sur le répertoire départ-installation du PAIT (Point installation transmission), quatre candidats se sont finalement présentés. «Un seul nous paraissait avoir les épaules pour reprendre notre exploitation, et il semble qu’il soit le bon !» Aujourd’hui, ce candidat est salarié des Degeuser pour pouvoir se former au mieux avant la reprise, et sa motivation est intacte.

Ce scénario est un exemple de réussite, pour le PAIT Hauts-de-France, qui organisait sa conférence annuelle en visio, ce 9 octobre. Celui-ci, animé par les Chambres d’agriculture départementales, se veut «l’interlocuteur privilégié pour tout projet de cession ou d’installation agricole». Le sujet est un réel enjeu pour le territoire. «Pour une cession d’exploitation, nous voulons une installation d’un (jeune) agriculteur.» Un pour un : voici l’objectif que se fixent les Jeunes agriculteurs des Hauts-de-France, annonce Mathieu Leterme, élu en charge du dossier renouvellement des générations en agriculture. «Nous ne voulons plus de perte d’outil de travail, ni d’exploitation démembrée suite à une cessation d’activité, au profit de l’agrandissement des fermes voisines. Et cela passe par la formation et l’accompagnement au plus près des cédants et des porteurs de projet».

«Le métier d’agriculteur, si diversifié soit-il, attire de nombreux jeunes motivés. C’est un vrai plaisir, et nous devons être là pour les suivre au mieux dans leur projet», ajoute Karel Lesaffre, élu à la FDSEA62, référent du PAIT. Les efforts vont dans le bon sens, puisque le nombre d’installations aidées augmente : en région, elles étaient 257 en 2011, elles sont 295 en 2019. L’installation représente cependant un budget conséquent. D’après l’observatoire Hauts-de-France des installations aidées en agriculture, «entre 2013 et 2019, le montant moyen des investissements et reprises d’une installation aidée est de 543 238 E, majoritairement financé par un prêt bancaire et de l’autofinancement». Les aides financières sont aussi un coup de pouce non négligeable.

Aides nationales ou régionales

Les aides ? Il s’agit d’aides nationales : dotation jeune agriculteur (entre 10 000 E et 30 000 E) et abattements fiscaux, attribuées à des jeunes de moins de quarante ans, ayant la Capacité professionnelle agricole et un projet d’installation viable. Il s’agit aussi d’aides régionales : une Aide régionale spécifique installation (ARSI) uniformisée pour les Hauts-de-France de 9 000 E ou 12 000 E selon les critères du projet d’installation. Le prêt d’honneur «PRCTA» est étendu à l’ensemble de la région depuis 2018. Il permet un prêt à taux 0, pour un montant maximum de 50 000 E. Mais attention, le bénéficiaire des aides à l’installation peut prétendre uniquement à l’une des aides, nationale ou régionale.

Qui sont-il, ces bénéficiaires d’aides ?

Ils ont en moyenne vingt-neuf ans à leur installation, sont à 78 % des hommes et à 22 % des femmes. Ils s’installent sur une moyenne de 68 ha pour une installation individuelle et 160 ha pour une installation en société. Dans le top trois des installations aidées, 29 % sont réalisées en grandes cultures (Scop, cultures industrielles et pommes de terre), 27 % le sont en bovins lait et 13 % le sont en bovins viande. Suivent les activités de bovins mixte (11 %), de maraîchage (5 %) et de volailles (4 %). 9 % de ces installations sont en agriculture biologique, soit une croissance annuelle de 33 %. 25 % des installations depuis 2018 sont concernées par la diversification, atelier de transformation, circuits courts, hébergement, restauration, accueil pédagogique, production d’énergie renouvelable, pensions d’animaux…

Les bénéficiaires des aides sont des personnes formées et expérimentées, puisque 73 % sont titulaires au moins d’un bac agricole, et 94 % ont eu une expérience professionnelle avant l’installation. Le profil, en revanche, diffère quelque peu selon le département d’installation : ils ont des diplômes plus élevés et sont souvent concernés par la double activité dans le département de l’Aisne. Ils sont plus nombreux d’origine non agricole dans le Nord et plus jeunes dans le département de la Somme. Les femmes sont plus nombreuses à s’installer dans le département du Pas-de-Calais.

Difficile, encore aujourd’hui, pour un jeune non issu du milieu agricole de s’engager dans la pro-fession. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Partout dans la région, la reprise ou l’intégration de l’exploitation familiale est le modèle d’installation des bénéficiaires des aides le plus répandu. Les installations réalisées hors du cadre familial ne représentent que 20 % des installations globales entre 2011 et 2019. Élément à soulever : la double activité est de plus en plus fréquente. Elle concerne en moyenne 16 % des bénéficiaires des aides à l’installation entre 2011 et 2019, mais en 2019, une augmentation significative est constatée, avec 24 % des bénéficiaires des aides concernés par la double activité.

Un guide et des fiches pratiques

Pour pousser plus loin l’accompagnement à l’installation, le PAIT a édité le guide S’installer en agriculture, de l’idée au projet. On y trouve des clés pour construire un projet, des conseils et un rappel des dispositifs d’accompagnement existants en Hauts-de-France. Il existe également la «boîte à outils des solutions de financement» : seize fiches pour faciliter le financement des projets de transmission-installation.

Un Point info diversification

Un projet de diversification pour votre exploitation agricole ? À l’instar du PAIT et du Point accueil bio, le Point info diversification est la porte d’entrée pour tout porteur de projet souhaitant se lancer dans une activité de transformation, de vente de produits fermiers, d’accueil à la ferme ou de production de niche. Les experts des Chambres d’agriculture des Hauts-de-France accompagnent chaque porteur de projet dans ses démarches. Un site internet mis en ligne récemment rassemble les actualités, formations, événements et références en la matière. Rendez-vous sans tarder sur https://hdf.diversificationagricole.fr/.

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