L'Oise Agricole 18 novembre 2019 à 10h00 | Par Christophe Dequidt

Faire du porc comme une logique

La population du Danemark est de 5 millions d’habitants pour une concentration de 30 millions de porcs. 9 porcs sur 10 qui naissent au Danemark sont destinés à l’export. 90 % partent, soit en porcelets vers l’Allemagne et la Pologne (où ils seront abattus), soit en viande majoritairement fraîche pour l’Asie et l’Europe.

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Niels a réussi grâce à la puissance de la filière porcine.
Niels a réussi grâce à la puissance de la filière porcine. - © Christophe Dequidt

Concentrée principalement dans la province du Jutland, équivalent en surface à la Bretagne, mais avec 2,5 fois plus de porcs, la production reste cependant très discrète si l’on ne connaît pas l’agriculture. On ne les voit pas et on les sent très peu.

Une année exceptionnelle

C’est naturellement que Niels, 3e acteur de la génération, a commencé à produire des porcs en 1991, dans un village proche d’Aarhus, la capitale du Jutland. Il rachète 35 % des parts de l’exploitation en 1990, la ferme produisait des céréales et du lait. Le changement de génération va faire disparaitre l’élevage laitier pour tenter l’aventure en porcs. «Les contraintes de travail des vaches laitières m’ont amené à choisir l’élevage de porcs, en plein développement dans la région». D’abord engraisseur uniquement, il a évolué en y ajoutant la maternité. Les 1.300 truies produisent 45.000 porcelets/an. «J’engraisse 20 000 porcs sur une autre ferme que celle de la naissance et j’en vends 25.000, soit à des voisins, soit ils partent en Allemagne où ils termineront leur carrière dans les abattoirs germaniques.»

Avec la crise chinoise, le prix du porc n’a jamais été aussi élevé. «Il y a une demande beaucoup plus importante sur le marché international que d’habitude, à cause de la crise sanitaire chinoise. Cela a fait monter les cours à des niveaux jamais atteints auparavant».

Niels vend presque 2 €/kg pour un coût de revient de 1,3 €/kg. Une bonne année qui va compenser d’autres, moins rémunératrices. «Mes porcs engraissés partent dans le plus grand abattoir d’Europe à Horsens, à quelques kilomètres d’ici, qui appartient à la coopérative internationale Danish Crown». Il vend les porcs engraissés à 115 kg et les porcelets sont vendus à 30 kg.

Le traitement des effluents

Avec une telle concentration de porcs, le problème du retraitement des effluents est majeur. «Il y a beaucoup de déjections, nous les utilisons en frais comme amendement et le reste, la plus grande partie, part dans une méthanisation». Niels a investi avec 25 autres agriculteurs dans une méthanisation. 10 sont double-actifs. «Nous vendons encore de l’électricité cette année mais c’est la dernière car la ville d’Aarhus, toute proche, a créé son propre outil. Il n’y aura plus que du gaz en 2020 qui sera acheté par l’État à un bon prix, grâce à de fortes subventions, sinon nous perdrions de l’argent». Le compost est utilisé dans les champs ou vendu localement. «Nous avons la chance d’avoir un petit marché très rémunérateur, avec les maraîchers bio de la ville d’Aarhus, qui ne veulent que du frais pour leur compost».

Niels constate que depuis 5 ans, la législation s’est assouplie sur l’épandage. «La qualité de l’eau a toujours été centrale au Danemark. Avant il fallait prouver que l’on ne polluait pas la nappe phréatique et la mer toute proche. Aujourd’hui, il suffit de déposer un plan d’épandage qui sera analysé par les experts du ministère». Une évolution due au travail récurrent des organisations professionnelles.

Des céréales en complément

Même si le prix des terres a profondément diminué, divisé par deux avec la crise de 2008, elles restent chères. En moyenne, elles se vendent 75.000 €/ha dans le Jutland. La rentabilité de l’investissement avec des productions végétales est difficile, voire impossible. Les céréales à paille servent à l’alimentation du bétail.

Ce sont les semences de ray-grass, spécialité du Danemark, et le colza qui permettent de gagner de l’argent. «Le blé est une culture de rotation. Si je le vendais sur le marché, je pourrais en tirer au mieux 170 €/t pour un coût minimum de 160 €. Ce n’est pas en orge que je vais me rattraper car la qualité ne permet pas le maltage». Profondément optimiste, Niels reconnaît que ce métier est de plus en plus difficile. «Le cumul des régulations qui entraîne un gros travail administratif est très décourageant. Mon fils lui a plus l’habitude. Je pense que je passe 60 % de mon temps en dehors de la production, entre la formation et les tracasseries administratives». Christophe Dequidt

Danois des villes et des champs

L’opinion publique sur l’agriculture est en dents de scie en fonction de l’actualité. Quand les médias ne s’en prennent pas aux professeurs, aux curés ou aux politiques, ils s’occupent de l’agriculture de façon très versatile, violente et sans lendemain. Le Danemark a la chance d’avoir une classe politique qui n’est pas versatile en fonction des états d’âme de la population et des lobbys. Il faut des preuves scientifiques pour interdire. C’est ainsi que le débat sur le glyphosate a été rapidement éteint, malgré de nombreuses tentatives des écologistes, faute de concret sur la dangerosité du produit.

Le Danois des villes ne connaît rien à l’agriculture. Les jeunes sont obsédés par le bio. Peu peuvent cependant se le permettre financièrement. Le Danois a une vague idée que la filière agro-alimentaire est importante dans la balance commerciale du pays. Une récente tendance encore minoritaire prône de ne produire que ce que consomme le pays. Leur principe est que le pays a une vocation maritime alors pourquoi polluer les terres et l’atmosphère avec l’agriculture pour l’export ? Un pays entièrement bio est leur rêve.

Le Danois des champs est performant. Il utilise au maximum le potentiel de ses terres et développe un savoir-faire exceptionnel, notamment dans les productions animales. Il essaie de trouver un équilibre avec ses voisins pour une cohabitation sereine. L’arrivée de nouveaux néo-ruraux rend les pratiques agricoles de plus en plus difficiles.

Coopération = puissance

Le secteur agroalimentaire danois présente la particularité d’être structuré en coopératives, intégrant fortement la production primaire et l’industrie agroalimentaire, de la «fourche à la fourchette». Chaque filière a sa coopérative leader avec des parts de marché allant de 100 % (visons) à 85 % (céréales). La plupart de ces entreprises a un rayonnement international (Danish Crown, Arla Foods, DLG, …). Le Danemark possède un secteur agroalimentaire performant qui dégage un excédent significatif. Les principaux produits agroalimentaires exportés par le Danemark sont la viande, les produits de la mer et les produits laitiers. L’Allemagne est à la fois le premier client et le premier fournisseur du Danemark pour les produits agro-alimentaires. Les autres partenaires importants sont les pays scandinaves, le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Les échanges avec la France sont relativement faibles.

Le pays aux 443 îles

L’agriculture représente un enjeu économique et social important au Danemark. Au sein de la région nordique, ce pays a la particularité d’être le seul pays fortement agricole, avec une SAU représentant plus de 60 % de la surface. Symbole des politiques environnementales, il détient pourtant la plus importante concentration de production porcine au monde dont 90 % part à l’export. Le secteur agroalimentaire danois présente la particularité d’être structuré en coopératives puissantes et d’envergure internationale, intégrant fortement toutes les étapes de la production primaire à l’industrie agroalimentaire.

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