L'Oise Agricole 11 octobre 2019 à 09h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

Goji, la petite graine qui monte, qui monte

C’est l’histoire d’une plante originaire de Chine, acclimatée sur le plateau picard, dont la pleine production de baies est attendue d’ici deux ans.

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Fleurs et baies sont déshydratées. Lamelles de pommes et de poires subissent le même traitement pour devenir des chips de fruits.
Fleurs et baies sont déshydratées. Lamelles de pommes et de poires subissent le même traitement pour devenir des chips de fruits. - © Dominique Lapeyre-Cavé

Juste le temps qui faudra à Valérie Leroy, exploitante agricole à Ravenel, pour se remettre totalement d’un coup dur de la vie. Optométriste à Pont-Sainte-Maxence, mère de quatre enfants et épouse de Xavier Leroy, agriculteur, elle s’est donnée à fond dans son métier jusqu’à ce qu’une maladie insidieuse ne l’éloigne définitivement de sa vie d’alors. Tardivement diagnostiquée, la maladie l’a laissée sur le carreau. «Pour m’aider à lutter contre la fatigue, j’ai éliminé de nombreux aliments et j’ai recherché tous ceux qui pouvaient m’aider. Je suis ainsi tombée sur la baie de Goji qui m’a été d’un réel bénéfice» confie Valérie Leroy.

Une idée a alors germé dans la tête de la jeune femme qui avait bien compris qu’elle ne reprendrait jamais son ancien métier. «Les baies de Goji que l’on trouve dans les commerces spécialisés sont sous forme déshydratée et viennent de Chine. Elles sont même parfois estampillées bio, mais j’avoue que du bio de Chine, ce n’est pas très crédible ! Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire» détaille Valérie Leroy.

Alors qu’elle commence sa convalescence, elle se renseigne sur cette plante de la famile des solanacées, comme la pomme de terre ou la tomate. Elle prend contact avec la vingtaine de producteurs français qui se sont lancés dans l’aventure de la baie de Goji, tous installés dans le Sud de la France.

Une plante délicate

Elle apprend que la baie de Goji aime les climats tempérés, qu’il lui faut de l’eau régulièrement et qu’elle peut supporter des températures jusqu’à - 15 °C. «Je me suis dis que c’était faisable en Picardie et nous avons planté 50 pieds en 2018.»

Elle a choisi une variété résistante à l’oïdium. Les plants sont tutorés, palissés, installés sur paillis, irrigués en goutte-à-goutte. Ils sont espacés d’un mètre vingt sur le rang et de trois mètres entre chaque rang.

Les plantes entrent en pleine production au bout de quatre ans, avec une récolte possible de 2 kg par pied. Mais les conditions à respecter sont délicates. Pour que la plante fleurisse, elle doit être taillée régulièrement toutes les semaines en pleine végétation. Les fleurs délicates vont du blanc pur au violet intense.

La pollinisation doit être facilitée.Pour cela, des fleurs comestibles (bourrache, bleuet, capucine, calendula) ont été semées dans un interrang sur deux et une ruche du lycée agricole d’Airion a pris place au bout de la parcelle.

«La plante fleurit et produit des baies pendant 4 mois, de juillet à mi-octobre. Il faut s’en occuper tous les jours pour tailler et récolter. Il faut compter 1 à 2 heures pour obtenir un kilo de fruits. Pour l’instant, comme les plants sont jeunes, la récolte est faible», explique Valérie Leroy.

Voyant que ses cinquante premiers plants avaient résisté à l’hiver 2018, certes pas très froid, elle a planté 300 pieds supplémentaires au printemps 2019. Malgré l’irrigation, les plantes ont souffert de la canicule cet été.

Un investissement estimé à 40.000 €/ha auquel il a fallu ajouter un petit laboratoire pour déshydrater les baies.

Valérie Léroy conduit sa plantation en agriculture biologique. «Les seuls produits que j’utilise contre les insectes et notamment les altises sont les purins de sureau et d’ortie. Comme les plants de Goji sont consommateurs en main-d’œuvre, il n’est possible de mener cette production en bio que sur des petites surfaces. Et puis, produire des baies aux vertus santé en conduite conventionnelle, cela ne me paraissait pas très cohérent.»

Commercialisation directe

Même si ses plantations n’ont pas atteint la pleine production, Valérie Leroy commence à se faire connaître. L’idéal est de vendre les baies en frais car elles ont alors le maximum d’éléments nutritifs (voir encadré), mais elle déshydrate aussi les baies (étuve à 40°C pendant plusieurs jours) et les feuilles qui peuvent être utilisées en infusion. Elle déshydrate aussi les fleurs comestibles qu’elle vend aussi en frais. «La bourrache est de ce point de vue excellente pour aromatiser des desserts» détaille-t-elle. Les produits sont ensuite mis sous vide sans conservateur. Elle imagine également extraire à froid du jus de Goji et le pasteuriser, voire faire des mélanges santé avec d’autres fruits.

Elle souhaite vendre en direct et adhèrera à Bienvenue à la ferme en 2020 quand elle aura plus de baies à commercialiser. En attendant, elle participe à des marchés du terroir, notamment celui de Saint-Just-en-Chaussée. Elle a aussi créé sa page Facebook et cherche à faire connaître son produit, auprès des restaurateurs par exemple. «J’y vais crescendo car je n’ai pas encore une production suffisante et je ne voudrais décevoir. J’ai encore du temps. Pour que mes plants arrivent à maturité et pour que je sois complètement rétablie. En tout cas, je suis très reconnaissante à mon mari et mes enfants qui me soutiennent.» Un bel exemple de résilience.

Une baie vertueuse

Utilisée en médecine chinoise depuis plus de 2.000 ans, la baie de Goji est connue pour son extraordinaire pouvoir antioxydant.

Elle est consommée pour :

- renforcer les défenses immunitaires

- combattre la fatigue chronique

- ralentir le vieillissement

- réguler l’hypertension

- réguler la glycémie

- baisser le cholestérol

- lutter contre l’insomnie

- soutenir le foie et les reins.

La baie de Goji fraîche est le fruit qui a la plus forte valeur en vitamine C dans le monde. Elle contient aussi des vitamines : A, B1, B2, B3, B6, B12, E ainsi que 18 acides aminés, dont les 8 acides aminés essentiels, de très nombreux polysaccharides ainsi que des oligo-éléments et minéraux (fer, cuivre, sélénium, phosphore, calcium et zinc).


https://www.facebook.com/Goji-de-Picardie-1980536848651405/

Prochaines ventes en pleine production en juillet 2020.

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