L'Oise Agricole 10 octobre 2019 à 09h00 | Par Dorian, Dominique Lapeyre-Cavé

Incendie de Lubrizol : une crise sans fin

Le mercredi 9 octobre, la préfecture a convoqué l’ensemble des organismes et institutions agricoles, les industriels, les assureurs, les banquiers pour faire le point sur la situation qui s’éternise et sur les dispositifs à revoir et à prévoir.

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Dans la cadre des suites de l’incendie de l’usine Lubrizol, la ministre de la Santé Agnès Buzyn est intervenue, le 6 octobre sur la chaîne LCI, pour annoncer que les premiers résultats d’analyse concernant la présence de dioxines dans les produits agricoles locaux étaient «rassurants». Toutefois, cela ne signifie pas la levée des restrictions pour les agriculteurs, puisque des «prélèvements complémentaires» sont attendus, pour évaluer la présence de dioxines une semaine après l’incendie. Ces composés ont en effet la propriété de s’accumuler dans le temps, notamment dans le lait et les légumes. Si ces résultats complémentaires restent «toujours en dessous des seuils reconnus de l’environnement normal», les restrictions seront levées, a promis la ministre.

Dans l’Oise, les résultats sortiront très prochainement. «Dès que les arrêtés seront levés, l’objectif sera de redoubler d’efforts sur la communication pour enlever les doutes des consommateurs» explique Louis Le Franc, le préfet de l’Oise.

Des chiffres importants dans l’Oise

Quarante-trois communes de l’Oise ont été impactées par cette catastrophe. Sur ces communes, 260 sièges d’exploitation ont été touchés ainsi que 20 à 25 exploitations en circuit court, 12 en bio et 6 jeunes agriculteurs en phase d’installation. Les cultures concernées représentent 1.020 hectares de betteraves, 170 hectares de pommes de terre (consommation ou fécule), 100 hectares de vergers (80 % pour un seul producteur), 40 hectares de légumes. 60 producteurs laitiers sont impactés, soit 3.850 vaches laitières.

Un accompagnement

«Pour être couvert à long terme, il faut que chaque agriculteur puisse ouvrir un dossier rapidement auprès de son assurance» souligne Linda Monnier, directrice de la FDSEA 60.

Les laiteries reprendront la collecte dès la levée de l’arrêté en reprenant les tournées de ramassage habituelles, tous les trois jours.

Au niveau des circuits courts, il y aura un accompagnement au cas par cas. L’industriel Lubrizol va mettre en place un fond de solidarité pour indemniser rapidement les agriculteurs.

Le Crédit agricole Brie-Picardie va proposer un prêt court terme à 0 % sans frais et ce pour 6 mois. Les mesures d’accompagnement MSA seront renforcées. Une demande de prise en charge des cotisations peut être réalisée jusqu’au 30 octobre. La Direccte prendra en charge les demandes d’activité partielle des salariés. La prochaine réunion de la cellule de crise aura lieu le 23 octobre. Dès que les résultats d’analyse seront connus, une réunion sera organisée sur place par la FDSEA en présence du préfet.

Les producteurs concernés s’impatientent

Clothilde Ghesquière, maraîchère et arboricultrice bio à Rieux-le Hamel, n’a toujours pas pu commercialiser ses légumes de plein air. «J’ai dû annuler quatre marchés et quand j’y participe, même si je n’ai pas beaucoup de marchandise à vendre, c’est surtout pour entretenir les relations avec les clients», se désole-t-elle. Elle a quand même récolté ses courges et ses pommes arrivées à maturité et les a consignées en attendant les résultats des analyses promis pour ce vendredi 11 octobre.

«Il fallait récolter, sinon tout aurait été perdu et, sanitairement, c’est une nécessité pour lutter contre les maladies et éviter les repousses» justifie-t-elle. L’attente est décidément bien longue.

Même son de cloche pour Julien Verschuere, éleveur laitier à Sommereux. «On ne sait toujours rien sur les résultats d’analyse. Tous les deux jours, des personnels de la DDPP viennent prélever un échantillon dans notre tank à lait, mais on n’a aucun retour», constate l’éleveur.

Ce mercredi 9 octobre, il dresse un amer constat : déjà 24.000 litres de lait jetés et des indemnisations qui n’arrivent pas. «Il faut être lucide : le Cniel, dont j’ai rempli le formulaire comme demandé, ne pourra jamais tout rembourser. Déjà, ce sera sur le prix de base alors que moi, j’avais l’habitude d’avoir une prime qualité à hauteur de 15 €/1.000 litres.»

Du côté de la Seine maritime où il a des attaches agricoles et familiales, on commence aussi à désespérer de trouver une issue.

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