L'Oise Agricole 15 novembre 2018 à 09h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

L’innovation : à tester ensemble et à partager avec tous

Coop de France Hauts-de-France et UniLaSalle organisaient ce 9 novembre un colloque au sein de l’Agrilab sur «coopérer pour innover en agriculture en Nord Bassin parisien».

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L’Agrilab, d’UniLaSalle, accueillait le colloque sur l’innovation, l’endroit idéal pour parler intelligence collective et retour à l’agriculture. (© Dominique Lapeyre-Cavé)  © Dorian Alinaghi  © Dorian Alinaghi

Agriculteurs, coopératives, organisations professionnelles agricoles, entreprises dans le domaine de l’agriculture, étudiants... tous étaient invités à réfléchir à l’innovation en agriculture : comment la développer ? avec quels moyens, quels objectifs ? et comment permettre à chaque agriculteur de se l’approprier ?

Valérie Leroux, directrice déléguée d’UniLaSalle, rappelait en ouverture du colloque que celui-ci se déroulait à l’Agrilab, centre d’innovation collaborative, lieu conçu pour faire se rencontrer différents acteurs qui veulent s’engager et trouver ensemble des solutions novatrices aux problématiques agricoles. Il s’agit de s’adapter, de développer de la créativité et de l’intelligence collective, en lien avec un territoire.

Bertrand Magnien, président Coop de France régional, quant à lui, insistait sur l’implication du monde coopératif dans l’innovation, avec le souci du retour de la valeur ajoutée à l’agriculteur, tout en assurant la mission de nourrir le monde, réduire l’empreinte environnementale et répondre aux attentes des consommateurs.

La parole était ensuite donnée à Ophélie Lanos, d’Agrial, qui rappelait que l’usage du smartphone n’a mis que 12 ans pour se répandre dans la population. Les nouvelles technologies sont de plus en plus vite appropriées par la société et les entreprises se doivent de répondre aux nouvelles attentes. Pour ce faire, Agrial travaille ainsi en open innovation avec des start-up, des écoles... Agrial innove pour répondre aux attentes des consommateurs (vendre pour produire), pour assurer une rentabilité à ses adhérents et assurer la pérennité du modèle coopératif. Les agriculteurs et surtout les collaborateurs sont ainsi sollicités pour exprimer, chacun à leur niveau, leurs idées d’amélioration. Ensuite, ces idées sont testées grandeur nature dans différentes exploitations agricoles. L’avantage de ce modèle est de favoriser les relations humaines. Au final, un tiers des idées de départ est abandonné, un tiers est en ballotement et un tiers ira jusqu’à une étape industrielle nécessitant des investissements.

Quels acteurs ? Quels moyens ?

Sous la houlette de Xavier Duval, de la société Bluenove, la première table ronde réunissait Bernard de Franssu, directeur du développement durable à UniLaSalle et agriculteur, Guillaume Boyet, de la coopérative Unéal, Olivier Ducloux, du CEA Tech (Centre de l’énergie atomique), Éléonore Mahée, de Mimosa (plateforme de financement participatif dédiée à l’agriculture et l’alimentation), et Mehdi Jaber, responsable de l’Agrilab. Tous rappelaient que l’innovation ouverte, qui rassemble plusieurs acteurs différents, a l’avantage de permettre le droit à l’erreur, «puisqu’on avance dans le brouillard, on teste.» Les procédures de brevetage sont néanmoins simplifiées pour ces consortium : «on ne sait plus qui est l’auteur». Finalement, la meilleure innovation vient souvent de l’utilisateur, souvent l’agriculteur. Puis, au travers de la mise en commun des ressources intellectuelles, le projet est amendé, repris par d’autres et peut aboutir jusqu’au prototypage d’une solution. C’est le royaume du do it yourself et du bidouillage.

Un exemple : l’application Miléos, modélisation du développement du mildiou de la pomme de terre, issue du travail conjoint entre la coopérative Unéal, Arvalis-Institut du végétal et Sencrop, stations météo connectées. Une réussite : réduction des traitements phytosanitaires, meilleure rentabilité, sens du travail, emploi local.

Les projets doivent remonter du terrain avant que d’autres ne s’en saisissent pour les faire avancer et permettre ensuite qu’ils soient adoptés par le plus grand nombre. Bien entendu, cela nécessite parfois une phase de maturation industrielle, que le CEA tech favorise, et des financements que les banques ont parfois du mal à accorder dès qu’il s’agit d’innovation. D’où l’intérêt du financement participatif. Le frein est que chacun se cloisonne, s’autocensure. Les lieux comme l’Agrilab sont là pour faire avancer l’intelligence collective, aller vite, réduire les coûts. Se pose quand même la problématique de la souveraineté des données. L’agriculture doit les capter, les maîtriser et en tirer de la valeur. «Sinon, c’est Google qui le fera», s’accordent à dire les intervenants.

Retour sur les exploitations

La seconde table ronde s’interrogeait sur la diffusion de l’innovation et les moyens pour l’agriculteur de se l’approprier. Y participaient Luc Vermeulen, président de la FNCuma, Simon Ritz, responsable de la chaire d’agromachinisme d’UniLaSalle, Vincent Guyot, agriculteur connecté, et Emmanuel Letesse, d’Easi’Nov.

Les Cuma relèvent de l’esprit de groupe puisque les risques sont partagés à plusieurs. Souvent, les innovations qui y sont testées sont ensuite reprises par le plus grand nombre. Propos confortés par Simon Ritz qui teste dans sa chaire des innovations à partir de besoins exprimés par le terrain et qui, une fois mises au point, seront vulgarisées par un réseau d’échanges dont font partie les Cuma et les Chambres d’agriculture. Pour sa part, Easi’Nov est un moyen pour les coopératives de s’équiper d’experts en mesure de tester les innovations, puis de les vulgariser auprès des conseillers des coopératives qui montent ainsi en compétences sur ces technologies et sont mieux à même de les proposer aux agriculteurs, l’objectif étant de les valider agronomiquement et économiquement au préalable.

Exemple de travail en commun avec des applications immédiates : les boîtiers Karnott, mis au point avec les Cuma et dont l’utilisation devrait déboucher en 2019 sur la possibilité de facturer directement à l’adhérent l’utilisation du matériel de la Cuma équipé du boîtier. La diffusion de l’innovation sur le terrain est un enjeu fort et ce n’est pas Vincent Guyot, agriculteur twittos, qui dira le contraire. «Je dois innover pour survivre, mais aussi faire accepter par la société les innovations. D’où la nécessité d’être présent sur les réseaux sociaux pour expliquer notre métier».

La capitalisation et le partage des informations sont nécessaires pour éviter de refaire ce qui a déjà été fait mais, là encore, attention à ce que ces données soient protégées. «On travaille avec du vivant et tout n’est heureusement pas modélisable» concluait Vincent Guyot.

 

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