L'Oise Agricole 08 novembre 2020 à 11h00 | Par I.L.

Le carbone, nouvelle aventure pour Montebourg

L’ancien ministre de l’Économie et du redressement productif Arnaud Montebourg a déposé, début octobre, les statuts d’une entreprise nommée CO2responsables, visant à commercialiser les crédits carbone du secteur agricole français.

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Le développement de méthodes bas carbone appliquées aujourd’hui à l’agriculture pourrait être envisagé.
Le développement de méthodes bas carbone appliquées aujourd’hui à l’agriculture pourrait être envisagé. - © A. P.

«Nous avons toujours monté des marques qui veillent à partager la valeur créée et à mieux rémunérer le travail et les services rendus», rappelle l’ancien ministre de l’Économie Arnaud Montebourg. Si Bleu Blanc Ruche visait à rémunérer la pollinisation par un miel équitable, CO2responsables s’attaque à un marché naissant : le carbone. «Nous voulons participer à la trajectoire climat de la France», martèle-t-il. Comme le précise l’ancien locataire de Bercy, CO2responsables, «s’inscrit dans la continuité de la Compagnie des amandes». Créée en 2019, cette autre entreprise ambitionne de planter près de quatre-vingt vergers dans le Sud. «La plantation de ces arbres stocke du carbone. C’est un avantage pour toute la société, qu’il est normal de rémunérer», estime Arnaud Montebourg.

Rendre le label bas carbone accessible

L’objectif de CO2responsables, selon l’ancien ministre de l’Économie, est avant tout de simplifier l’entrée des producteurs dans le label bas carbone. «Les méthodes validées sont obscures, technocratiques. À la fois les émetteurs qui recherchent à compenser leurs émissions et les agriculteurs ne savent pas s’en servir. Nous avons donc décidé de rendre cet outil accessible», explique Arnaud Montebourg. CO2responsables accompagnera les agriculteurs pour analyser leurs émissions, et formuler des plans des progrès. Charge ensuite à l’entreprise de trouver des acheteurs pour ces crédits, qui pourront être des particuliers, des collectivités, mais surtout «toutes les entreprises qui représentent les principaux émetteurs de CO2», précise Arnaud Montebourg, citant Total ou Air France. L’ancien ministre le promet : l’intégralité des crédits vendus reviendra à ceux qui les produisent. Et comme il l’a fait dans les autres filières, Arnaud Montebourg espère que le label «stocké en France», permettra de mieux valoriser ces crédits. «L’objectif est de monter le prix de la tonne de carbone, en offrant l’argument du made in France aux financiers», confie Arnaud Montebourg. De 87 E/t en 2020, CO2responsables ambitionne d’augmenter ce prix à 250 E dès 2030.


Ce seront les acheteurs de crédit qui financeront le développement de l’entreprise. Le site de CO2responsable indique que 1 % de son chiffre d’affaires annuel sera consacré «à des expérimentations de terrain permettant d’améliorer les référentiels carbone et les pratiques culturales». L’entreprise s’engage par ailleurs à financer le développement de méthodes bas carbone «à la demande des institutions représentatives d’une filière agricole, en partenariat avec lesdites institutions, et avec la contribution d’experts». «À partir de la méthode arboricole, on va dupliquer à d’autres secteurs», prévoit déjà Arnaud Montebourg. La méthode pour les amandiers devrait être validée dans les prochains mois, pour permettre à CO2responsables de commercialiser ses premiers crédits dès le début de l’année. Pour la suite, les options sont ouvertes, mais elles pourraient concerner d’autres productions méditerranéennes, comme la vigne, les oliviers, ou même les petits ruminants.

De la place sur le marché du carbone

Arnaud Montebourg pourrait-il être freiné par les autres initiatives dans le domaine, notamment celle de la profession elle-même ? «Il y a un tel travail d’expert dans le calcul de la compensation réelle qu’il y a de la place pour beaucoup de monde», rassure l’ancien ministre. Les réussites de ses autres initiatives donnent envie de partager son optimisme. Avec 45 apiculteurs, des miels 5 à 15 % plus chers que le marché, et 415 000 E de chiffre d’affaires en 2019, Bleu Blanc Ruche afficherait selon Arnaud Montebourg «une belle croissance à deux chiffres». Et ce, malgré une perte de ventes de 25 % de chiffre d’affaires dans l’hôtellerie. La Compagnie des amandes, elle, vient de planter ses premiers vergers, et s’apprête à lever 25 ME. Quant aux glaces Mémère, «nous sommes en train de recruter deux nouvelles fermes pour faire face au succès que rencontre l’entreprise», sourit Arnaud Montebourg.

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