L'Oise Agricole 17 octobre 2019 à 08h00 | Par Dorian Alinaghi

Lubrizol: les agriculteurs entre soulagement et déception

Trois longues semaines après l’incroyable incendie de l’usine Lubrizol à Rouen, la préfecture de l’Oise a annoncé lundi 14 octobre la levée des mesures de restrictions sur la collecte de lait, sur les produits laitiers et sur l’accès des animaux aux pâturages.

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La collecte reprend pour les agriculteurs.
La collecte reprend pour les agriculteurs. - © Jean Nanteuil

«C’est un ouf de soulagement, on se bat pour toute la profession agricole» exprime Régis Desrumaux, secretaire général de la FDSEA60. Malgré cette bonne nouvelle, il poursuit en regrettant : «les actes et les paroles du ministre de l’Agriculture. Lorsque l’on annonce que tout va être mis en place et que cela va être réglé rapidement, il faut que ça ne soit pas des paroles en l’air. Lorsque tous les feux sont au vert, que tous les analyses sont faites, il faut lever au plus vite les restrictions... Nous avons joué le jeu de la précaution sans hésiter, on a prouvé que notre agriculture est l’une des plus saines au monde. Qui plus est, on doit toujours rester en vigilance pour les autres productions et il faut que les réponses arrivent au plus vite !»

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a transmis son avis suite aux analyses effectuées sur 130 prélèvements de lait réalisés dans 5 départements (Aisne, Somme, Nord, Oise, Seine-Maritime) à la suite de l’incendie de l’usine Lubrizol en Seine-Maritime. L’avis de l’Anses confirme que les résultats de ces prélèvements sont favorables et présentent des résultats en deçà des valeurs réglementaires. Tous sont conformes aux observations habituelles dans les plans de contrôle annuels conduits par le Direction générale de l’alimentation. Ils ne présentent par ailleurs pas de signes de bioaccumulation dans le temps. En parallèle et sur proposition de l’Anses, un plan de surveillance au long cours permettra de vérifier si ces résultats favorables se maintiennent dans le temps. Comme indiqué sur le communiqué de l’Anses, «L’ensemble de ces mesures est à même de garantir la protection du consommateur.»

Cet avis favorable était attendu depuis plusieurs jours et notamment par le Cniel (Centre national interprofessionnel de l’économie laitière) qui faisait part de ses inquiétudes : «Chaque jour, ce sont 700.000 litres de lait sain et apte à la consommation qui sont jetés par les éleveurs ! La situation doit être rétablie au plus vite. Toutes les pertes supplémentaires devront être totalement indemnisées» déclarait Thierry Roquefeuil, son président.

Un nouvel avis de l’Anses est attendu dans les prochains jours pour les autres productions. Dans l’attente, les mesures de restriction pour le miel, œufs, poissons et tous végétaux sont maintenues.

 

Retour sur les événements liés à l’incendie

Lors d’une réunion qui a eu lieu le 11 octobre, le ministre de l’Agriculture a confirmé que Lubrizol abondera bien un fonds de solidarité annoncé à 50 millions d’euros, et il a annoncé que les agriculteurs seraient indemnisés «dans les tous prochains jours». Pour le secteur agricole, les pertes sont estimées entre 40 et 50 millions d’euros, dont 4 millions pour la filière lait, selon le ministre. Didier Guillaume rapporte par ailleurs l’annonce du Crédit agricole d’accorder des prêts à taux zéro sans frais de dossier aux agriculteurs sinistrés. Cependant, l’attente est insoutenable…

Une vingtaine d’agriculteurs ont déversé le 12 octobre environ 15.000 litres de lait près de la préfecture de la Somme à Amiens pour protester contre la consignation de leurs produits depuis l’incendie de l’usine chimique Lubrizol à Rouen. «On ne comprend pas pourquoi l’Anses ne donne toujours pas son avis sur la reprise de la commercialisation des produits consignés», a réagi auprès de l’AFP Françoise Crété, éleveuse laitière et ex-présidente de la FDSEA de la Somme, présente lors de l’action non déclarée en préfecture. «Les ministres disent qu’on va être indemnisé, mais pour l’instant, les agriculteurs ne touchent rien», relève le président des Jeunes agriculteurs de la Somme, Édouard Brunet.

Luc Smessaert et Régis Desrumaux ont rencontré le ministre de l'Agriculture.
Luc Smessaert et Régis Desrumaux ont rencontré le ministre de l'Agriculture. - © FDSEA 60

Rencontres ministérielles: un couac de communication


Le jeudi 10 octobre à 16 h au ministère, une délégation des Hauts-de-France composée de représentants syndicaux dont pour l’Oise, Régis Desrumaux et Luc Smessaert, a rencontré le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume afin de gérer rapidement la crise Lubrizol. Lors de son déplacement à Rouen le vendredi 11, le ministre et le directeur de l’Anses ont annoncé des résultats rassurants sur le lait et les produits laitiers. Les représentants syndicaux des départements concernés ainsi que la FNPL étaient donc prêts pour une reprise de la collecte. À 14 h, le ministre annonce en conférence de presse, la reprise de la collecte laitière. Après beaucoup d’attentes, nous apprenons en fin de soirée que l’absence d’une réponse écrite de l’Anses reporte à lundi la décision.
Les agriculteurs de la zone concernée ont eu le sens des responsabilités depuis le 1er jour de l’arrêté. Ce couac du gouvernement apparaît comme du mépris pour les producteurs. Nous dénonçons des annonces trop rapides et maladroites de notre ministre qui n’a pas permis la reprise de la collecte dès vendredi soir. Il a oublié, que derrière chaque litre de lait, il y a des femmes et des hommes.
La FDSEA et JA seront donc vigilants et continueront de maintenir la pression pour que les indemnisations soient à la hauteur des pertes et que la levée de l’arrêté soit prise rapidement pour les autres productions (miel, œufs, poissons, végétaux).

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