L'Oise Agricole 27 novembre 2019 à 09h00 | Par C.Ledoux

Les outils connectés de demain dans les mains des chercheurs

Les 7e Rencontres du Réseau recherche expérimentation développement (Red) de la région Paca ont permis d’échanger sur la conception d’outils numériques au service de l’agriculture, outils utilisant notamment des capteurs.

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Connectée à un boîtier Aquafox, la sonde capacitive mesure l’humidité du sol (en mm) à 3 profondeurs (5, 15 et 25 cm), la salinité (en VIC - volume ion content), la température (en degrés celsius). Les données transmises via le réseau SigFox sont disponibles sur internet et smartphone.
Connectée à un boîtier Aquafox, la sonde capacitive mesure l’humidité du sol (en mm) à 3 profondeurs (5, 15 et 25 cm), la salinité (en VIC - volume ion content), la température (en degrés celsius). Les données transmises via le réseau SigFox sont disponibles sur internet et smartphone. - © Agence de presse

En agriculture, l’utilisation des technologies numériques constitue une évolution comparable à celle de la mécanisation au siècle dernier. De nouveaux outils d’aides à la décision (OAD), de partage de l’information, de gestion de données... font émerger de nouveaux concepts tels que ceux de l’agriculture connectée, de précision... Lors des Rencontres du réseau Red Paca, organisées au cœur du Salon Med’Agri, en fin d’année dernière à Avignon, chercheurs et techniciens de divers organismes ont partagé leurs connaissances et expériences.

Des capteurs pour sélectionner plus vite

Continuer à produire en quantité et qualité tout en réduisant son impact sur l’environnement constitue l’une des équations à résoudre en agriculture. Pour y parvenir, plusieurs leviers peuvent être activés : changement de pratiques culturales, amélioration génétique des variétés, utilisation de produits de biocontrôle et de stimulateurs de défense des plantes... «Dans tous les cas, disposer d’observations est essentiel pour mieux suivre l’état des cultures et réagir si nécessaire», a expliqué Benoît de Solan, ingénieur Arvalis-Institut du végétal. L’utilisation de capteurs et le traitement des données recueillies sont aujourd’hui porteurs d’innovations. L’internet des objets rend accessible en temps réel, avec une précision inédite et simplifiée, l’état des cultures et de leur environnement. Ce qui permet d’optimiser les opérations culturales.

Pour les chercheurs, les capteurs constituent une aide à la création variétale. À la station expérimentale Arvalis de Gréoux-les-Bains, ils sont utilisés pour du «phénotypage (1) à haut débit» dans le cadre d’un programme de sélection de variétés de blé plus tolérantes aux stress hydriques et thermiques. «Cela nous permet d’accélérer la vitesse des mesures», a expliqué Stéphane Jézéquel, ingénieur régional Arvalis.

Une gestion connectée de l’irrigation

En cultures légumières, des outils de gestion de la ferti-irrigation sont étudiés dans le cadre du projet européen Fertinnowa. Pendant deux ans, l’Aprel (2), en partenariat avec l’Ardepi (3), a suivi quatre technologies innovantes sur une culture de tomates de diversification, en sol sous abri. Une sonde capacitive et un compteur volumétrique Solem connecté ont été utilisés pour la gestion de l’irrigation. «Grâce à trois capteurs placés à 5, 15 et 25 cm, la sonde capacitive permet de mesurer la teneur en eau du sol sur 30 cm de profondeur, a expliqué Simon Cordier (Ardepi). Les données sont envoyées via un réseau SigFox sur une interface accessible depuis internet. Le conseil sur le pilotage de l’irrigation se fait à distance, directement sur l’interface, ce qui permet au technicien de se déplacer sur la parcelle plus ponctuellement.»

Ce type de matériel demande d’être précautionneux dans sa mise en place. Pour un bon fonctionnement des capteurs, mieux vaut éviter de l’utiliser en sol caillouteux. Quant au système Solem, avec son compteur volumétrique connecté, il a l’avantage de contrôler à distance les apports d’eau et d’avertir le producteur en cas de problème.

Selon Simon Cordier, «ces deux outils ont montré un réel intérêt dans la gestion du pilotage de l’irrigation. Ils ont tous les deux bien fonctionné. Des améliorations sont en cours afin de rendre leur interface plus ludique.»

Un OAD pour protéger les cultures sous serre

Comme pour un ensemble de productions, l’acceptabilité environnementale des cultures horticoles est questionnée, au regard de l’usage des pesticides. Spécifiquement créé pour les professionnels de l’horticulture, l’OAD S@M permet de collecter, stocker, traiter et diffuser l’information nécessaire à la mise en place d’une stratégie fiable de protection intégrée favorisant la lutte biologique contre les bioagresseurs des cultures. L’objectif n’est pas d’éradiquer les bioagresseurs mais de les maintenir en deçà d’un seuil de nuisibilité économiquement acceptable en favorisant l’installation d’auxiliaires. Développé par l’UMT FioriMed dans le cadre d’un projet Ecophyto Dephy Expé et porté par l’Astredhor (4) et l’Inra, S@M permet un suivi précis et en temps réel de l’état sanitaire de chaque parcelle de l’exploitation. Des protocoles d’adaptation spécifiques, adaptés aux contraintes des producteurs sont accessibles sur tablette ou smartphone.

Les travaux ont été conduits à la fois en station expérimentale et en exploitation sur trois systèmes : les plantes en pot, le gerbera fleurs coupées, le rosier fleurs coupées. À l’issue de six années de prototypage, plusieurs modules sont aujourd’hui stabilisés et utilisés par les expérimentateurs et les conseillers en entreprise. Des essais ont permis de valider, dans certaines conditions, des combinaisons de leviers pour réduire l’usage des pesticides de plus de 50 %.

 

(1) Phénotypage : mesure des caractéristiques de l’appareil aérien de la plante (hauteur, stades, composantes de rendement...) ou racinaire (longueur de racine, densité racinaire...).

(2) Aprel : association provençale de recherche et d’expérimentation légumière.

(3) Ardepi : association régionale pour la maîtrise des irrigations.

(4) Astredhor : institut technique de l’horticulture.

 

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