L'Oise Agricole 13 janvier 2020 à 16h00 | Par Vincent Fermon

Un rôle social majeur pour un acteur rural important

Le scrutin pour l'élection des délégués de la MSA aura lieu du 20 au 31 janvier. Antoine Niay, président de la MSA de Picardie et le sous-directeur chargé de la Relation Clients à la MSA Picardie, Matthieu Le Noan font le point sur son rôle, son mode de fonctionnement et son avenir.

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Antoine Niay, président de la MSA de Picardie et Matthieu Le Noan, sous-directeur
Antoine Niay, président de la MSA de Picardie et Matthieu Le Noan, sous-directeur - © Vincent Fermon

D'ici quelques jours (20 janvier), le vote pour les élections MSA va s'ouvrir. Quel est l'enjeu de ce scrutin tant au niveau national que régional?
Antoine Niay : Notre souhait est de voir un maximum des 87.000 ressortissants de la MSA de Picardie participer à ces élections. Ce serait une manière de montrer aux pouvoirs publics un attachement fort des ressortissants à ce régime. Nous devons montrer que le régime agricole présente des atouts que l'on ne retrouve pas au sein du régime général de protection sociale. Nous sommes à un tournant décisif.


Vous êtes-vous fixés un objectif chiffré de participation par rapport au précédent scrutin?
A. N. : Les objectifs sont multiples. Nous visons une augmentation du taux de participation de 10 %, tous collèges confondus, par rapport aux élections de 2015. En Picardie, le défi consiste à passer de 34,53 % à 44,53 % tandis qu'au niveau national, il sera d'atteindre au moins 41%. Nous devons maintenir le taux de participation dans les collèges exploitants et employeurs de main-d'oeuvre. C'est chez les salariés que le défi est le plus compliqué puisque l'objectif est d'augmenter le taux de participation qui est compris jusqu'à présent entre 27 et 28 %, alors qu'ils représentent plus de 50 % des ressortissants de la MSA.


Combien de délégués seront à élire en Picardie et quelle est la part de renouvellement de ces délégués au sein des différents collèges?
A. N. : Les délégués sont à élire dans trois collèges : les exploitants, les salariés agricoles et les employeurs de main-d'oeuvre. Depuis le 29 novembre dernier, les listes de candidats sont connues. Et même s'il y a quelques secteurs où il n'y pas de candidats, les élections ont quand même lieu. Nous aurons à élire cette année un peu plus de 900 délégués titulaires, ainsi que des suppléants.


Quelle(s) réponse(s) apportez-vous à des ressortissants qui considèrent encore que le montant de leurs cotisations est trop élevé?
A. N. : Ces cotisations sont obligatoires et ouvrent droit à des prestations. La sécurité sociale, qu'elle soit agricole ou générale, repose sur un principe de solidarité nationale. Chacun y contribue en fonction de ses moyens et perçoit en fonction de ses besoins. Plus on gagne, plus on paie. Mais il faut rappeler ensuite que ces taux de cotisation sont fixés par l'État. Ensuite, il faut également rappeler que nous appelons des cotisations pour le compte de tiers, et que cela n'est pas négligeable.


Matthieu Le Noan : Le régime agricole bénéficie d'un rapport nettement favorable quand on compare le montant prélevé au montant des prestations versées. Pour 1 euro cotisé, la MSA reverse 1,40 euros. Sur 100 euros de prestations MSA, 52 euros sont versés aux retraités, 44 euros sont versés aux malades et 4 euros aux familles. Tout le monde n'en a pas forcément conscience. Les cotisations et contributions appelées par la MSA de Picardie ne couvrent par exemple que 70% des prestations qu'elle verse, soit plus de 772 millions en 2017.


Que serait le monde rural sans la proximité telle qu'elle est revendiquée par la MSA?
A. N. : Nous avons un rôle social important en étant présent sur l'ensemble du territoire. Nous ne sommes pas parfait sur tout, c'est un fait, mais la MSA est un acteur important du monde rural. Nous avons choisi de préserver nos services de proximité. En Picardie, en plus de nos trois sièges départementaux, nous disposons de dix lieux d'accueil répartis sur tout le territoire, fonction des besoins de la population, de diagnostics et d'observations réalisées localement. Grâce à la connaissance par la MSA de son public et de son territoire, elle peut ainsi cibler son action auprès de populations que de catégories sociales qui seraient difficiles à atteindre par d'autres acteurs. De plus en plus, on est amené à faire du sur-mesure, avec des rendez-vous personnalisés. La MSA est le deuxième régime de protection sociale des professionnels au niveau national. Si nous gérons aujourd'hui les systèmes de remboursement des frais de santé ou la retraite d'autres professions que les métiers de l'agriculture, c'est parce que nous sommes des acteurs reconnus par l'État de la protection sociale, et que notre capacité à faire du sur-mesure plaît.


M. L. N. : Si l'action de la MSA a un coût, elle est aussi source de création de valeur en dynamisant les territoires ruraux en produisant ou en maintenant de l'activité et de l'emploi (Marpa, micro-crèches, entreprises d'insertion...). Nous cherchons aussi à améliorer la santé des populations grâce à des actions de prévention, comme l'accompagnement des personnes présentant des risques suicidaires ou des addictions. Les élus de la MSA ont une action bénévole en s'impliquant dans des actions ciblées, en même temps qu'ils jouent le rôle de relais entre les adhérents et la MSA. De 2015 à 2018, en Picardie, ces délégués se sont mobilisés sur près de 500 actions, ce qui représente 31.618 heures de bénévolat.


En quoi le guichet unique, l'une des spécificités de la MSA, mérite une attention particulière?
A. N. : Ce guichet unique apporte une vision globale des situations et favorise l'approche humaine en cas de difficultés. Il simplifie aussi les démarches administratives des adhérents pour accéder aux divers services proposés par la MSA. Dans le régime général, maladie, famille, retraite, cotisations et recouvrement sont chacune couverte par une organisation différente, ce qui multiplie les interlocuteurs et les démarches.


M. L. N. : La MSA accompagne ses ressortissants tout au long de leur vie : naissance d'un enfant, formules d'accueil et garde des jeunes enfants, aides aux études, aux vacances, médiation familiale, aide au logement, à l'installation. Ce sont autant de choses qui ne sont pas forcément bien connues et sur lesquelles nous devons communiquer plus.


Cela est-il également valable pour les entreprises?
M. L. N. : Pour les exploitants agricoles employeurs de main-d'oeuvre, la MSA est l'interlocuteur unique pour eux-mêmes et la gestion de leurs salariés, qu'il s'agisse des formalités d'embauche, des cotisations légales et conventionnelles, de la prévention santé et sécurité au travail, des prestations...


Quel rôle occupe la MSA dans la prévention des risques liés à l'activité professionnelle?
A. N. : La prévention et l'amélioration des conditions de travail des exploitants agricoles comme des salariés du monde agricole sont une priorité. Nous agissons de manière à ce que nos ressortissants soient maintenus le plus longtemps possible en bonne santé dans leur activité. Cet accompagnement est à la fois technique et financier, pour éviter un maximum d'accidents.


Et en cas de difficultés économiques passagères, de quelle manière la MSA prend en compte ce genre de situation?
A. N. : Des échéanciers de paiement et de prises en charge de cotisations peuvent être accordées aux exploitants et aux employeurs pour les cotisations patronales de leurs salariés. Un accompagnement peut aussi être proposé aux personnes. On parle d'aide au répit, de reclassement... La MSA, c'est un accompagnement social des adhérents, mais aussi un accompagnement quand il y a des crises agricoles.


M. L. N. : En Picardie, de 2014 à 2018, 11 433 agriculteurs ont bénéficié d'une prise en charge partielle de leurs cotisations, pour un montant total de 4 499 250 euros. De manière plus spécifique, dans le cadre du dispositif d'aide au répit, la MSA a mobilisé plus de 200.000 euros sur 2017 et 2018. Un plan de prévention du suicide a été mis en place pour les populations agricoles ; lequel a permis à 183 personnes d'être suivies et accompagnées depuis décembre 2016.


À l'avenir, pensez-vous que la MSA continuera de fonctionner à moyens constants?
A. N. : Nous avons moins de moyens qu'auparavant, c'est une réalité. Étant donné que nous assurons une mission de service public, nos actions et notre fonctionnement sont encadrés par nos ministères de tutelle que sont les ministères des Finances, de la Santé et de l'Agriculture. Nous fonctionnons par convention d'objectifs et de gestion, pour une durée de cinq ans. Nos règles de gestion sont strictes.
Au cours des cinq dernières années, la MSA de Picardie a diminué ses frais de fonctionnement de 15%, et a du réduire le nombre de ses agents. Cette baisse a été imposée par les pouvoirs publics et nous devons tenir un objectif de diminution des coûts. Mais cela n'est pas propre à la MSA. Les autres régimes de protection sociale y sont aussi contraints.


Le fait d'être placé sous l'oeil attentif des pouvoirs publics, qui plus est au lendemain des résultats des élections, n'est-il pas source de malaise ou de doute?
A. N. : La qualité des services que nous apportons à nos ressortissants est évaluée et regardée par les pouvoirs publics en permanence. Nous n'avons pas à rougir de la qualité de service rendu: nous réglons, par exemple, la feuille de soins électronique en moins de deux jours, nous décrochons plus de 87% des appels entrants, nos délais de traitement des retraites sont fortement améliorés. Nous devons toutefois rester vigilants aux retour de nos adhérents et à l'évolution de leurs attentes.

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