L'Oise Agricole 18 avril 2019 à 16h00 | Par Dorian Alinaghi, Dominique Lapeyre-Cavé

Unitech Day’s surfe sur la vague de l’innovation

Le 11 avril dernier, le Festival de la terre et de l’élevage, en association avec la chaire agromachinisme et nouvelles technologies, a organisé une journée technique végétale : UniTech Days végétal. Cette journée était destinée aux agriculteurs, professionnels et étudiants, sur le thème de «l’innovation par les agriculteurs».

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Près de 250 personnes, étudiants, professionnels sont venues assister à la journée.
Près de 250 personnes, étudiants, professionnels sont venues assister à la journée. - © Dorian Alinaghi

Après la journée consacrée à l’élevage, l’association de la Terre et de l’élevage s’est consacrée à l’univers du végétal et du numérique. Au cours de cette journée, plusieurs champs de l’innovation en agriculture seront abordés : l’innovation technologique à travers des démonstrations de matériel et l’innovation agronomique par une visite d’expérimentations végétales.

La journée a commencé par la présentation d’AgriLab. Ouvert en octobre dernier, ce lieu se définit en trois mots-clés : faire, partager, et apprendre. Ce Fablab, consacré à l’innovation agricole, est composé de six ateliers spécifiques avec, pour chacun, un nom particulier.

L’electrolab est, comme son nom l’indique, le pôle dédié à l’électronique. On peut y construire, par exemple, des capteurs connectés qui permettraient de mesurer l’humidité d’un sol.

Le Fablab 3D, quant à lui, met à disposition des imprimantes 3D afin de réaliser des pièces, des prototypes, ou encore des moulages ultra-précis. Le Mechalab sert, pour sa part, à la construction de grosses pièces : un châssis, un semoir, etc. Ce Fablab se veut comme le temple de l’innovation agricole en France, voire en Europe.

Les strip till se mettent en route

La journée s’est poursuivie par des démonstrations de strip till. Le premier a été conçu par des étudiants d’UniLaSalle. Ce projet a pour cahier des charges de préparer une ligne de semis (environ 5 cm) dans un couvert vivant (de type ray-grass) et fissurer sur 10-15 cm pour permettre l’enracinement des cultures de printemps (maïs ou betterave) ; le fonctionnement à une faible vitesse d’avancement (3 km/h) pour permettre le semis en même temps ; adaptable aux 2 semoirs de la plateforme. Il est donc équipé d’une boîte de transfert pour le cardan des semoirs, d’un système d’attelage ; d’un écartement obligatoire de 40 cm et modulable en 80 cm.

Le deuxième strip ttill présenté est celui le Comdor line (Ets Religieux). Celui-là comprend 3 rangés de dents vibrantes de type vibroculteur. Elles sont montées sur parallélogramme pour pouvoir modifier les profondeurs de travail.

Cette dernière est ajustée par rapport aux deux rouleaux barre placés avant et après les dents. Des éléments de croskillette terminent l’outil pour affiner au maximum le lit de semences. Une roue en caoutchouc peut prendre la place des éléments de croskillettes. L’élément est relié au bâti par un parallélogramme. Le dernier strip till présenté est celui venant de Sly.

L’importance de l’agronomie avec Resiar

«Dans un conteste de dérèglement climatique, où les émissions de carbone excèdent la séquestration, sont étudiés les effets des différents systèmes culturaux sur le stockage du carbone. Bien que les systèmes de polyculture-élevage soient garants d’une gestion durable de la fertilité des sols, ils sont une source importante d’émission de gaz à effet de serre (GES). L’agriculture de conservation des sols (ACS) semble être un moyen d’atténuer ces pollutions, en assurant la fertilité des sols et le recyclage des nutriments. Le stockage du carbone par l’ACS étant peu documenté, l’étude RESIAR menée par les étudiants, examine les effets du systèmes agricoles innovants à haute productivité de biomasse et travail du sol réduit la séquestration et le fractionnement du carbone» explique Katia Lannuzel, étudiante à UniLaSalle.

Les apports organiques du sol sont présents sous deux formes : les résidus de culture et les amendements. Chaque type d’apport peut être qualifié par sa biomasse, son ratio BA/BR et l’entrée de carbone humifié.

Ces 4 indicateurs sont étudiés sur des cultures types de Picardie (blé tendre d’hiver, colza, maïs, ensilage, betterave, culture intermédiaire) ainsi que des cultures associées à la bioéconomie. Différents amendements sont également étudiés : fumier, lisier et digestat. Plusieurs pratiques du travail du sol sont proposées : celui du labour et les techniques culturales sans labour.

Les expérimentations à venir des étudiants sont la mesure du fractionnement de la matière organique, le test du Tea bag, l’extraction de vers de terres, le test bêche, l’extraction de collemboles avec la méthode Berlèse et le test enzyme. De nombreux résultats sont à venir dans les prochaines années. La jeunesse est donc prêt à aider l’agriculture à se développer et à se moderniser.

Des étudiants, des professionnels, des témoignages : une table ronde dynamique.
Des étudiants, des professionnels, des témoignages : une table ronde dynamique. - © Dominique Lapeyre-Cavé

Agroéquipements : l’innovation vient des agriculteurs

L’après-midi était consacré à une table ronde. Sous la houlette de Jean-Paul Hébrard, journaliste agricole, agriculteurs innovants, chercheurs, conseillers machinisme, constructeurs tentaient de répondre à la question : comment les agriculteurs peuvent-ils booster l’innovation dans le secteur des agroéquipements ? Le premier à témoigner fut Jérôme Hary, agriculteur dans la Marne en grandes cultures, en TCS et Cuma intégrale. Son idée était de créer une rampe de désherbage localisée car il souhaitait réduire ses désherbages sur betteraves sucrières, d’autant plus que des aides de l’Agence de l’eau étaient proposées. «J’ai commencé à bricoler une rampe maison puis j’ai profité d’un déplacement au Sima pour aborder des constructeurs connus et leur parler de mon projet. Ils ne se sont pas du tout montrés intéressés et j’ai fini par entrer en contact avec un constructeur local, Maréchal. Il a vite vu la pertinence de mon innovation et c’’est comme cela que nous avons abouti ensemble.» témoigne-t-il.

Propos abondés par Vincent Maltzkorn, des Ets Religieux qui, lui aussi, a travaillé avec un agriculteur sur une innovation. «Nous sommes une petite structure mais nous avons un bureau d’études. Et, puis travailler sur un projet commun qui réponde aux attentes d’un agriculteur nous permet de nous démarquer.»

Et quel contrat unit l’agriculteur et le constructeur ? demande Jean-Paul Hébrard. «Aucun, on travaille en confiance. Si le constructeur qui aide à mettre au point l’innovation matériel voit que c’est transposable et commercialisable, il n’hésite pas. C’est un échange de bons procédés» répondent agriculteurs et constructeurs.

Jean-Paul Daouze, ingénieur machinisme à la Chambre d’agriculture de la Marne, renchérit en rappelant que les petits constructeurs sont souvent d’anciens agriculteurs bricoleurs ou qu’ils ont gardé des liens forts avec le monde agricole. La différence, c’est qu’ils sont formés au format industriel et sont capables de construire et vendre leur innovation. Selon lui, avec la réduction de l’usage des produits phytosanitaires et le développement de l’agriculture biologique, les producteurs auront de plus en plus besoin de matériels spécifiques.

Stéphane Chapuis, responsable agroéquipement à la FNCuma, tenait à préciser que certaines innovations se révèlent inutiles et qu’elles ne se développent que s’il y a un marché. Un agriculteur ne peut innover que s’il sait travailler le métal. Dans la négative, il a intérêt à travailler avec un constructeur avec un cahier des charges. Xavier Benoist, agriculteur innovant et administrateur à la coopérative Acolyance, annonçait que la coopérative a mis en place une commission innovation pour détecter les pratiques intéressantes des agriculteurs et qu’un collaborateur a été embauché pour faire le tri dans les innovations et ne retenir que les plus prometteuses.

Côté collectivités territoriales, Vincent Zuterek, directeur économique du pôle aménagement et territoire de la Communauté de communes du Beauvaisis, expliquait la mise en place d’un cluster et d’un incubateur pour faciliter l’innovation et effectuer la levée de fonds nécessaires.

Ensuite, Simon Ritz, titulaire de la chaire AMNT (agro-machinisme et nouvelles technologies), rappelait que les innovations ont quand même besoin des grands groupes. Il citait en exemple la réalité virtuelle utilisée par exemple par Agco pour mettre au point des innovations plus rapidement et de façon collaborative. Il évoquait également l’usage des robots qui existent depuis longtemps en élevage (traite), mais commencent juste à apparaître en grandes cultures.

Enfin, à la question de savoir si l’innovation va trop vite, Michel Dubois, historien de l’agriculture, rappelait les grandes révolutions qui ont impacté l’agriculture et mettait en lumière les innovations qui se démocratisent de plus en plus vite. Aux dires de l’ensemble des participants à cette table ronde, curiosité, formation, travail collectif, remise en question, dialogue et identification des bons interlocuteurs sont les conditions de réussite de l’innovation.

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