L'Oise Agricole 21 février 2019 à 09h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

À l’issue du congrès de l’AGPB, des échanges avec le national

Profitant de la présence à Compiègne, au congrès de l’AGPB, de Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, de Philippe Pinta et Éric Thirouin, président et secrétaire général de l’AGPB, un temps d’échange avec les adhérents FDSEA 60 avait été organisé le jeudi 14 après-midi.

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Pierre Potier, président JA 60, Thierry Bourbier, président de la FDSEA 60, Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, Philippe Pinta, président de l’AGPB, et Luc Smessaert, vice-président de la FNSEA.
Pierre Potier, président JA 60, Thierry Bourbier, président de la FDSEA 60, Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, Philippe Pinta, président de l’AGPB, et Luc Smessaert, vice-président de la FNSEA. - © Dominique Lapeyre-Cavé

Les élus nationaux devant ensuite repartir, le temps avait été limité, ce qui a permis une séquence de questions-réponses, franches et directes. À une première question de Thierry Leysens sur le prix d’équilibre du lait annoncé dans le spot de campagne de la FNSEA pour les élections Chambre d’agriculture, Christiane Lambert a reconnu qu’il avait évolué (à 370 €/t) par rapport à celui annoncé dans le film (396 €/t). «Nous n’avons pas pu modifier le film, mais l’essentiel est de constater que lorsque les industriels et les distributeurs sont d’accord à 370 €/t, c’est déjà un point positif. Cela montre que les coûts de production sont de plus en plus intégrés dans les négociations commerciales. Cela va dans le bon sens.»

Le sujet suivant, qui a le plus suscité d’inquiétudes et d’interrogations, est bien entendu celui du retrait de l’usage des produits phytosanitaires et du plus célèbre d’entre eux, le glyphosate. Avec, en arrière-plan, les distorsions de concurrence que subissent les producteurs français face à des produits venant de pays beaucoup moins restrictifs. Ces questions étaient soulevées par Joël Cottart notamment. En premier lieu, Christiane Lambert rappelait que le monde a évolué et que les pratiques des agriculteurs sont scrutées par leurs voisins. «Le pire est ce que l’Anses vient de préconiser pour les abeilles, à savoir l’interdiction totale d’utilisation de certaines molécules ou à des horaires impossibles à tenir. Ces sujets ne peuvent être traités que d’une seule façon. Soit il y a des preuves scientifiques et c’est incontestable, soit on est dans la manipulation et c’est attaquable. Par exemple, le documentaire à charge d’Élice Lucet sur le glyphosate ne comporte aucune référence scientifique et certains journalistes, plus méticuleux, contestent ce genre de traitement de l’information.

Notre arme face à l’opinion publique, qui n’est pas loin de penser que seul le bio est bien, c’est de bien communiquer, avec des arguments clairs et techniques. Sur le sujet du glyphosate, il faut mettre en avant le travail de l’Inra qui a identifié cinq impasses majeures dans lesquelles se trouveraient les productions si le glyphosate venait à être interdit. C’est grâce à ce type d’arguments que nous avons pu convaincre le président Macron de laisser le temps aux acteurs de terrain de trouver des solutions. C’est la raison d’être de notre contrat de solutions que le ministre de l’Agriculture va signer lors du prochain Salon de l’agriculture.»

Interrogée sur la crise de gouvernance que traverse Tereos, la présidente de la FNSEA s’est montrée prudente, ne souhaitant pas être prise à partie. Elle a reçu plusieurs fois les représentants de Tereos et des exclus et elle se désole de voir à quel point en sont les relations. Mais ce qui l’inquiète le plus, ce sont les informations contradictoires sur la santé financière de Tereos. Elle ajoute que, dans le contexte de la loi alimentation et la volonté des pouvoirs publics de considérer les relations entre un adhérent et sa coopérative comme une simple relation commerciale contractuelle, cela fait du tort à l’image de la coopération, «qui n’est que le prolongement de l’exploitation agricole.» Si le texte passe, n’importe quel coopérateur pourra attaquer sa coopérative pour prix abusivement bas alors que, par ailleurs, les coopératives acceptent toujours de reprendre des producteurs abandonnés par leur industriel privé, même si cela est coûteux !

Alice Avisse mettait sur le tapis la baisse du prix d’achat du biogaz suite à l’annonce du nouveau plan pluriannuel de l’énergie (PPE). «Pour la FNSEA, c’est un vrai combat à mener. On avait espéré un objectif à 10 % de biogaz. Si c’est 7 %, ce n’est pas si mal, on fera avec. Par contre, la baisse du prix d’achat, qui conditionne la rentabilité des installations, c’est inadmissible. Heureusement, ce PPE doit être soumis à diverses instances et on va essayer de faire passer nos messages. Par exemple, que les porteurs de projets vont mener des études groupées pour mutualiser les coûts. GRDF nous suit sur cette stratégie et il faut convaincre le ministère de l’Agriculture, pas forcément bien armé sur ces problématiques, et celui de la Transition énergétique, plus enclin à préférer l’électrique au gaz».

Puis Willy Balderacchi évoquait le cas des vétérinaires qui abandonnent leur clientèle d’agriculteurs au profit de celle, plus rémunératrice, des propriétaires de chiens et chats. Christiane Lambert rappelait en préambule que la formation de vétérinaire est élitiste et que, de ce fait, peu de nouveaux praticiens sont formés tous les ans. Elle saluait les efforts d’UniLaSalle pour essayer d’ouvrir une formation équivalente pour former plus de professionnels. Mais elle rappelait aussi que, dans des secteurs où la densité d’animaux est faible, la rentabilité des déplacements des vétérinaires n’est pas assurée et il faudra sans doute imaginer un contrat annuel entre un éleveur et un praticien pour sécuriser la relation.

Autre sujet passionné évoqué : les attaques des mouvements vegans et, pire, anti-spécistes. «On est dans le délire total, mais force est de constater que le mouvement s’installe dans la société. Nous avons rencontré le ministre de l’Intérieur à ce sujet et nous répondons coup pour coup à chaque attaque en portant plainte. Nous avons ainsi fait fermer le site Boucherie abolition qui attaquait personnellement des personnes, le président de l’Inra et moi par exemple. L214 n’interviendra plus non plus dans les écoles. La parade, c’est de trouver des relais médiatiques, de montrer nos élevages, d’organiser des portes ouvertes» détaille la présidente de la FNSEA.

Pascal Foucault amenait le sujet du ratio prairies permanentes sur la table en faisant valoir que les Hauts-de-France perdent des éleveurs laitiers tous les ans et que, comme il y a peu de prairies sur la Région, on arrive vite à un régime d’autorisation. Christiane répondait que, malgré la solidarité obtenue entre les régions à ce sujet afin d’avoir un ratio national, le ministre s’y est opposé et il n’y a pas de solutions à l’heure actuelle.

Christiane Lambert devant repartir à Paris, Philippe Pinta, président de l’AGPB, et Éric Thirouin, le secrétaire général, ont repris le flambeau. Philippe Pinta faisait le point sur les biocarburants et rappelait que le rééquilibrage voulu entre le gazole et l’essence (qui contient de l’éthanol) donne plus de compétitivité aux raffineurs qui devaient jusqu’alors exporter le surplus d’essence non consommée en France. C’est un travail sur le long terme. Toujours est-il que le kit éthanol 85 (qui permet d’utiliser plus de biocarburants) devrait être financé en partie.

Le contrat de solutions

Éric Thirouin rappelait la genèse du contrat de solutions. «Si on ne fait rien, on va dans le mur vu le rapport de l’Anses qui limite dans le temps l’usage de certains produits. Notre message, c’est que si l’on veut faire évoluer les agriculteurs, et ils en sont d’accord, il faut les accompagner.»

L’idée est de faire travailler ensemble les quarante partenaires pour réfléchir aux solutions alternatives à mettre en place. Certaines ont d’ores et déjà été identifiées mais il faut être capables de les «faire redescendre» jusqu’aux agriculteurs. De plus, certaines de ces solutions sont coûteuses et il faudra aider financièrement les producteurs à s’adapter. «Il y a des choses simples à faire, pas forcément chères, à l’instar de l’application Mileos pour la gestion du mildiou sur la pomme de terre. Tout ce travail ne sera possible qu’en travaillant ensemble, partenaires, agriculteurs et pouvoirs publics» conclut le secrétaire général de l’AGPB.

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