L'Oise Agricole 28 février 2019 à 09h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

Abattoir de Montdidier : la balle est dans le camp des éleveurs

Suite à la fermeture brutale de l’abattoir de Montdidier, Denis Pype, conseiller régional, a souhaité organiser des réunions locales pour faire le point sur le dossier et échanger avec les éleveurs sur l’avenir de l’outil.

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Martine Borgoo, conseillère départementale, Jean-Michel Serres, Denis Pype, conseillers régionaux, Jean Cauwel, maire de Bretuil, et Frans Desmet, conseiller départemental.
Martine Borgoo, conseillère départementale, Jean-Michel Serres, Denis Pype, conseillers régionaux, Jean Cauwel, maire de Bretuil, et Frans Desmet, conseiller départemental. - © Dominique Lapeyre-Cavé

Pour cela, Jean Cauwel, maire de Breteuil, avait mis une salle à disposition, laquelle a été vite remplie ce mercredi 20 février puisqu’une centaine de personnes ont fait le déplacement pour cette première réunion. Étaient conviés à la tribune Frans Desmet, conseiller départemental, Martine Borgoo, conseillère départementale en charge de l’agriculture, et Jean-Michel Serres, conseiller régional responsable du dossier.

D’entrée de jeu, Denis Pype et les élus rappellent leur forte préoccupation par rapport à cette fermeture brutale. Si chacun avait pressenti les difficultés de l’abattoir depuis quelques années, personne n’avait imaginé que la mise en liquidation judiciaire aurait entraîné la fermeture de l’établissement.

«Toutes les collectivités étaient impliquées dans une concertation pour trouver une solution, notamment la réalisation des travaux nécessaires pour continuer l’activité. Mais le propriétaire privé du site n’a pas beaucoup aidé, a laissé traîner et nous en sommes arrivés là» se désole Denis Pype avant de s’interroger : «que devons-nous faire ? devons-nous avoir une vision globale géographique de la répartition des abattoirs dans les Hauts-de-France ? Et puis, vous, éleveurs, êtes-vous prêts à vous engager financièrement à nos côtés ?»

Un nouvel abattoir ?

Jean-Michel Serres explique la position du Conseil régional et de Xavier Bertrand dont le souhait est d’investir dans les abattoirs de proximité afin de répondre à la demande des circuits courts, que la Région encourage vivement, notamment avec la volonté de consommer local dans les cantines des lycées. Un audit sur l’abattage de proximité dans la Somme est en cours, qui souligne la qualité et la motivation du personnel de l’abattoir de Montdidier, «premières victimes de la fermeture» comme le rappelle l’élu régional.

L’option est posée de la création d’un nouvel abattoir à Montdidier car la remise aux normes de l’actuel coûterait cher pour une durée d’utilisation limitée du fait de nouvelles normes à venir. Et puis, pour redémarrer l’actuel site, se pose la question de l’achat des bâtiments auprès du liquidateur. Aucune assurance d’obtenir gain de cause et à quel prix ?

«Pour créer un nouvel outil, nous sommes en contact avec deux établissements privés, les Etablissements Lagache et Sauvage viandes et il faudra mobiliser toutes les collectivités : communes, communautés de communes, Département et Région. C’est jouable dans les trois ans si tout le monde s’implique et particulièrement les éleveurs» détaille Jean-Michel Serres. «On pourrait même solliciter des collectivités plus éloignées mais qui sont sensibles au maintien des prairies et de l’élevage. Certaines pourraient abonder financièrement pour des raisons de maintien de l’activité agricole dans les territoires» renchérit Denis Pype.

Actuellement, malgré sa fermeture, l’abattoir de Montdidier garde son agrément ICPE qui ne tombe qu’au bout de 3 ans d’inactivité, mais la Région aimerait avoir des assurances de la DDPP de pouvoir réouvrir si des travaux sont réalisés.

Pour quel montant ? 260.000 € ? 400.000 € ? Le flou demeure et voilà des incertitudes qu’il faudra lever pour imaginer reprendre l’activité. De même, la Région ne s’impliquera que si les éleveurs s’engagent (sous forme d’avance remboursable) à hauteur de 100 €/t (travaux évalués à 300.000 € pour un tonnage traité de 3.000 t) sur 80 % du tonnage engagé et que l’engagement des utilisateurs et des autres partenaires privés représente une part significative de l’investissement. Autrement dit, la Région attend une forte implication des éleveurs.

Les participants ne manquent pas de réagir à cet exposé. «On aimerait connaître la répartition souhaitée entre éleveurs et chevillards dans les 3.000 t nécessaires pour assurer la rentabilité de l’outil. Si nous nous engageons financièrement, il nous faudra des prix d’abattage garantis et, dans ce cas, les éleveurs doivent être associés à la gestion de l’abattoir.» «Comment imaginer faire des travaux si on n’est pas propriétaire ? et si on construit un nouvel abattoir, que deviendra l’ancien ?»

«Moi, j’avais dit que si l’abattoir de Montdidier fermait, j’arrêterai mon atelier bovin. C’est ce que je vais faire.» «Comment arriver à un équilibre en visant 3.000 t alors que l’actuel occupant n’y arrivait pas en travaillant 3.800 t ? Et l’abattoir de Forges-les-Eaux, va-t-il ouvrir ?»

Martine Borgoo répond par l’affirmative. Elle a eu contact avec le maire de Forges-les-Eaux qui l’a assurée d’un démarrage cet été. Denis Pype rappelle que plusieurs hypothèses peuvent être établies. Par exemple, un nouvel abattoir multi-espèces à Montdidier avec un coût de 7 millions d’euros pour 7.000 t travaillées ou une séparation avec les bovins abattus à Montdidier et les ovins-porcins dirigés sur Saint-Quentin.

Édouard Brunet, président JA 80, ne croit pas à un réaménagement du site en attendant un nouvel abattoir. Il préconise de mettre tout de suite l’argent sur le projet du nouvel abattoir pour gagner du temps. Mais se pose le problème du personnel.

Pour conclure, Jean-Michel Serres et les élus attendent des éleveurs des engagements. Ils invitent la Chambre d’agriculture de l’Oise à recenser tous les éleveurs prêts à se lancer dans l’aventure et comptent sur les organisations professionnelles agricoles pour inviter les éleveurs à répondre au questionnaire réalisé à cet effet. La balle est dans le camp des éleveurs.

- © Dorian Alinaghi

Pierre Potier, président des JA60

«Nous voulons un outil fonctionnel et durable»

Les Jeunes Agriculteurs de l’Oise se sont impliqués dès le départ afin de trouver une solution suite à la fermeture de l’abattoir de Montdidier. La disparition de cet abattoir peut mettre en péril l’installation de plusieurs jeunes agriculteurs du secteur, notamment ceux ayant choisi de valoriser leur production en circuit court. Et ce sont également plusieurs dizaines d’emplois qui ont disparu lors de la fermeture.  Alors que la demande de production locale et de qualité ne cesse d’augmenter, dans une dynamique encouragée par la Région et le Département, nous ne pouvons nous passer d’un abattoir de proximité. Les Jeunes Agriculteurs de l’Oise se sont alliés à ceux de la Somme ainsi qu’aux FDSEA 60 et 80 pour trouver une solution rapide et durable, plusieurs pistes sont ainsi envisagées. Nous souhaitons un abattoir multi-espèces, qui soit un outil fonctionnel et durable. La profession doit être acteur de ce projet pour que la Région et les collectivités nous soutiennent.

- © Dorian Alinaghi

Bernadette Bréhon, secrétaire générale de la FDSEA 60

«Les éleveurs doivent être acteurs du projet»

L’annonce de la fermeture de l’abattoir, il y a une vingtaine de jours, avec un arrêt immédiat d’activité a été un coup de semonce pour nous éleveurs. Nous pouvons tout d’abord saluer la réactivité du conseil régional qui s’est rapidement positionné auprès des éleveurs impactés. L’abattoir de Montdidier est primordial pour la pérennité des élevages de l’Oise et de la Somme afin de garder de la proximité de consommation. Ainsi, les FDSEA et JA 60 et 80 se sont concertés pour réfléchir à trouver au plus vite des solutions. Nous avons vraiment besoin d’un abattoir multi-espèces, plutôt que multiplier les outils, permettant de faire des économies d’échelle et répondre aux besoins des filières bovines, ovines et porcines. Un appui fort… la région, les conseils départementaux de l’Oise et de la Somme, les Communautés de communes et la ville de Montdidier sont prêts à nous accompagner dans ce projet. Deux établissements privés sont prêts à nous suivre, ainsi que le personnel qui n’attend que la reprise d’un travail qui lui tient à cœur. Alors, si nous voulons avoir un outil proche de chez nous, nous éleveurs, sachons saisir cette opportunité et nous investir dans ce projet.

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