L'Oise Agricole 07 juin 2019 à 16h00 | Par Florence Guilhem

Afdi : accompagner les jeunes et les coopératives au Cambodge

Comment aider les jeunes agriculteurs cambodgiens à s’installer et rendre leurs exploitations viables ? Comment favoriser leur intégration, ainsi que celle des femmes dans les coopératives ? Telles sont les réflexions abordées lors de la mission organisée en France par Afdi des Hauts-de-France, Normandie et Haut-Rhin.

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De gauche à droite : Pierre Mille, Sony Pen (directeur de la Faec), Thak Ponlork (jeune agriculteur), Annie Mille (membre de l’Afdi Hauts-de-France), Thou Sina (jeune agricultrice) et An Chamkomar (coordinateur Faec avec l’Afdi).
De gauche à droite : Pierre Mille, Sony Pen (directeur de la Faec), Thak Ponlork (jeune agriculteur), Annie Mille (membre de l’Afdi Hauts-de-France), Thou Sina (jeune agricultrice) et An Chamkomar (coordinateur Faec avec l’Afdi). - © Florence Guilhem

Selon un rapport du ministère de l’Economie et des finances cambodgien, présenté en janvier dernier, l’économie cambodgienne a connu un taux de croissance de 7,3 % en 2018. Si le pays connaît un fort développement, l’agriculture, qui représente plus de 50 % de l’activité économique du Cambodge, demeure toutefois le parent pauvre. Parent pauvre, en effet, car la politique gouvernementale, en termes de soutiens du monde agricole, est quasiment absente, le budget du ministère de l’Agriculture ne représentant que 2 % du budget total de l’Etat. A cela s’ajoute le manque de structuration des filières, des aléas climatiques récurrents, parmi lesquels l’impact récurrent des sécheresses sur les cultures, et un fort exode rural vidant les campagnes.

Pour soutenir l’agriculture familiale, défendre le métier d’agriculteur et augmenter par cette activité les revenus des familles, comme des pays, Afdi (Agriculteurs français et développement international) de Normandie, du Haut-Rhin et des Hauts-de-France ont mis en place un partenariat avec le Cambodge. «Etre à plusieurs sur ce partenariat permet de renforcer le travail fait là-bas par les deux Afdi présentes, de mobiliser plus de compétences et d’avoir plus de bénévoles sur le terrain», explique Flore Ferraro, coordinatrice d’Afdi Hauts-de-France.

Au coeur de la démarche : la structuration de la Fédération d’associations d’agriculteurs promouvant l’entreprise agricole familiale au Cambodge, l’accès au marché pour le riz, la diversification et l’installation des jeunes, la formation technique…

Défense des intérêts des agriculteurs

Créée en 2009, la Faec (Facilitation Association of Economy for Cooperatives) regroupe des coopératives (trente-quatre en 2018) et des associations de paysans (vingt-huit en 2018) présentes dans dix provinces. Soit un total de plus de 5 000 agriculteurs, dont près de 3 000 agricultrices. «Son objectif est de défendre les intérêts des agriculteurs cambodgiens et de renforcer leurs compétences techniques», explique Sony Pen, directeur de la Faec. Pour ce faire, quarante-six conseillers agricoles, qui sont en fait des agriculteurs, dispensent leur savoir-faire auprès des adhérents. Trop peu.

Autre axe de travail : la structuration des marchés, en aidant coopératives et associations de paysans à se regrouper tant pour l’achat des semences que pour celui des engrais, mais aussi pour la commercialisation de leurs produits. En somme, un rôle de facilitateur et d’accompagnement. Pour aller encore plus dans ces axes de développement, la Faec projette également de créer une union avec toutes les coopératives «pour renforcer leurs compétences en matière de gestion, de contacts et de communication, et gagner en poids pour mieux défendre les agriculteurs et mutualiser les compétences», ajoute An Chamkomar, coordinateur Faec avec l’Afdi.

La structuration des filières dans chaque coopérative et organisations paysannes fait aussi partie des projets de la Faec, en incluant les femmes et les jeunes agriculteurs afin que ces derniers prennent aussi des responsabilités dans ces structures.

Qui dit jeune, dit aussi un travail autour de leur installation et de leur structuration au sein d’une fédération de jeunes agriculteurs, à l’instar de ce qui existe en France. «Reste que l’installation des jeunes est une vraie problématique dans notre pays. D’une part, parce que le métier d’agriculteur n’est pas du tout valorisé chez nous, d’autre part, parce que le gouvernement ne donne aucune aide ou soutien. L’accès au foncier est aussi difficile, les terres libres étant la plupart du temps des grandes surfaces accessibles seulement aux grandes fermes ou à des fonds privés qui investissent dans le caoutchouc et l’huile de palme. Compte tenu de ce contexte, on dépend beaucoup des aides internationales et des bailleurs de fonds pour développer l’agriculture dans notre pays», relève Sony Pen.

Forts de leur mission en France et de leurs rencontres avec des coopératives, des syndicats, des OPA et des exploitants agricoles, les représentants de la Faec et les deux jeunes agriculteurs cambodgiens présents, sont repartis dimanche dernier dans leur pays, avec en tête toute une série d’idées à mettre en place tant pour structurer leurs organisations que pour développer leurs exploitations agricoles. Mission accomplie pour Afdi car, «c’est en partageant les expériences que les gens piochent des idées et se lancent dans l’innovation», précise Flore Ferraro.

- © Florence Guilhem

Thou Sina, jeune agricultrice et coopératrice

Installée depuis trois ans avec son mari sur une exploitation de 3 ha, dans le sud-ouest du Cambodge, Thou Sina fait de l’élevage et du riz rouge.

Entre l’élevage de poulets (une centaine de bêtes), de porcs (une vingtaine) et de boeufs (une vingtaine) et la culture de riz qui se fait à la main, Thou Sina ne manque pas de travail dans l’exploitation qu’elle gère avec son mari. Mais ni les problèmes d’irrigation auxquels ils sont confrontés, avec les problèmes de sécheresse récurrents, ni les problèmes sanitaires dans son élevage de poulets, qui lui ont fait perdre l’an dernier 20 % de son cheptel, ne découragent cette jeune agricultrice dans le choix de son métier, qui réfléchit aujourd’hui à la meilleure manière d’augmenter le revenu de son exploitation.

Pour le moment, une partie de sa récolte de riz est vendue par la coopérative de sa province, et une autre au Vietnam par un négoce. Quant aux porcs et aux boeufs, tout part dans un abattoir privé. Seuls les poulets font l’objet de ventes directes. «Pour le moment, il n’y a que la vente des boeufs et celle des porcs qui rapportent. Afin d’augmenter la valeur ajoutée dans mon exploitation, je réfléchis à un projet de diversification permettant de transformer une partie de ma production sur place. Mais je ne sais pas encore quel type de projet», raconte Thou Sina.

Comme les autres jeunes agriculteurs de son pays, le manque d’aide à l’installation et au développement de projets de la part du gouvernement sont pénalisants, ainsi que le manque de formation technique. Mais l’appui des ONG et celui de sa coopérative lui donnent bon espoir.

- © Florence Guilhem

Thak Ponlork, jeune agriculteur et coopérateur

Installé depuis trois ans, Thak Ponlork a repris l’exploitation familiale dans la province de Takéo. Il cultive du riz au jasmin sur 1,5 ha et a un élevage de poulets et de canards.

Après l’amputation de ses avant-bras à la suite d’un accident de travail dans l’usine où il travaillait, Thak Ponlork a décidé, il y a trois ans, de revenir dans la ferme familiale pour prendre le relais de ses parents. En dépit de son lourd handicap, s’il a choisi de reprendre le flambeau, c’est que l’agriculture le passionne. Si la culture du riz au jasmin est pour la consommation familiale, ses poulets et canards sont vendus, dans leur quasi-totalité, à un négoce. Seuls 10 % partent à la vente directe. «Mais les coûts de production sont chers, notamment l’achat des aliments, et les prix de vente ne sont pas assez rémunérateurs», constate le jeune agriculteur. Aussi a-t-il pour projet de développer le volume de ses productions de volailles, espérant augmenter son revenu, et relancer, l’an prochain, la production de cochons pour diversifier son activité, en développant notamment les circuits courts.

Grâce à la coopérative d’Udom Soriya, dont il est membre, il bénéficie d’un soutien technique, lui ayant permis d’améliorer sa production et de partager ses connaissances avec les autres agriculteurs. Impliqué dans un groupe de jeunes agriculteurs au sein de cette coopérative, il souhaite pousser plus avant la structuration de son groupe à l’image de ce qu’il a vu en France et partager avec eux les différentes stratégies techniques et commerciales observées dans les exploitations françaises en élevage.

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