L'Oise Agricole 13 février 2020 à 09h00 | Par D.

Agribashing et installation, les JA 60 sont sur le front

Le jeudi 6 février, les Jeunes Agriculteurs de l'Oise ont organisé leur assemblée générale au Crédit agricole à Beauvais. Entre renouvellement syndicale et actualités agricoles, les JA 60 font le point.

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Anaïs Lucien, présidente des Jeunes Agriculteurs de l'Oise.
Anaïs Lucien, présidente des Jeunes Agriculteurs de l'Oise. - © D.

Agriculteurs(rices), élus, élèves d'établissements agricoles ont pu assister à une direction surprenante au sein du jeune syndicat. Un binôme féminin est en effet à la tête des Jeunes Agriculteurs. Pour Mathieu Beaudoin, membre du conseil d'administration des JA national, il s'agit «d'un évènement unique au sein de notre syndicat». En effet, Anaïs Lucien, agricultrice à Lachapelle-aux-pots, a succédé à Pierre Potier. La nouvelle équipe se compose de Pierre Potier et d'Hervé Davesne en tant que vice-présidents, Gwenaëlle Desrumaux est la secretaire générale, accompagnée d'un adjoint, Julien Degry, le trésorier est Clément Van Overbeke, avec Fabien Frebourg en tant qu'adjoint.

«C'est une immense satisfaction d'avoir pris cette responsabilité» exprime Anaïs Lucien. «Nous voyons de plus en plus de jeunes qui s'investissent afin de permettre le renouvellement des générations. Nous allons accentuer nos efforts sur les installations. On a déjà 50 projets d'installation alors que l'année précédente, on n'en avait que 26. Nous avons vécu une année 2019 très intense et pas forcément dans le bon sens. Nous avons débuté l'année avec la victoire aux élections Chambre ! C'est au travers la complémentarité et l'alliance du syndicalisme jeune et aîné que nous réussissons. Nous avons également vécu une moisson difficile avec des conditions climatiques qui ont causé des incendies. Les revenus qui restent faibles, les ZNT et l'agribashing sont des sujets sur lesquels nous devons combattre.

L'année 2020 va être très dynamique ! Entre autres, avec trois événements majeurs, le Salon de l'agriculture à la fin du mois de février, les Toqués de l'agriculture les 24, 25 et 26 avril sur le parvis de l'hôtel de ville de Paris, et Campagne en fête les 12 et 13 septembre. Ces manifestations seront l'occasion de communiquer et de montrer la vitrine de notre belle agriculture. Seuls, nous marchons vite ; ensemble, nous allons plus loin», poursuit-elle.

Pour Hervé Ancellin, président de la Chambre d'agriculture de l'Oise, les jeunes sont de plus en plus en phase par rapport aux demandes sociétales. «En 2019, on comptait 1 agriculteur sur 5 qui se diversifie ; en 2025, donc demain, ça sera 1 sur 3. Les jeunes prennent des risques et c'est vraiment magnifique à voir. L'un des gros travaux à mener est de donner suite aux projets et des solutions aux jeunes non issus du milieu agricole. Le foncier, très cher, n'aide pas forcément. Nous devons aussi accompagner les agricultures tout au long des années, que ce soit économiquement ou agronomiquement par exemple. L'engagement collectif est important, il faut aller vers les autres. Il existe deux mondes qui se regardent, mais qui ne se comprennent pas ! Nous devons accentuer nos efforts sur la communication».

Agriculture, mon amour !

Alimentation, économie verte, biodiversité, l'agriculture est au carrefour de nombreux enjeux de société. Pour autant, son développement est souvent accusé, parfois caricaturé. Comment sortir des simplismes qui enferment et des rapports de force qui contraignent l'initiative ? Comment refaire projet autour de l'agriculture ? C'était les questions qui se sont posées lors de la table ronde.

«L'image des agriculteurs n'est pas une donnée en soi», d'après Jean-Yves Mano, président de la Confédération de la consommation, du logement et du cadre de vie. Elle évolue en fonction des périodes, des contextes, des enjeux. En France, c'est surtout au sortir de la deuxième guerre mondiale que l'agriculture, et donc son image auprès de la société, vont considérablement évoluer. Un tournant productif est pris, il s'agit de nourrir la France, puis le Monde. «La fonction nourricière» s'impose et «le terme même de paysan va être remis en cause, on parlera de chef d'exploitation».

«Le monde agricole épouse alors progressivement une trajectoire qui l'éloigne du consommateur» : entre le produit qui sort de la ferme et le produit consommé, le lien sera désormais de plus en plus difficile à comprendre. «Notre société devient essentiellement urbaine. Les problématiques environnementales vont prendre de l'ampleur, d'abord au sein du monde occidental et peu à peu, à l'échelle de la planète, notamment avec les inquiétudes liées au changement climatique, à l'appauvrissement des sols et à la perte de biodiversité. L'agriculture d'après-guerre est associée à ces enjeux devenus problèmes. Avec aujourd'hui les algues vertes, le glyphosate, et plus largement les phytosanitaires, c'est la contribution négative de l'agriculture à la bonne santé des milieux, voire à la bonne santé de l'homme, qui est pointée du doigt», explique Guillaume Dhérussard, directeur de Sol & Civilisation.

Ces sujets deviennent source de tensions. L'empilement des réglementations et des normes environnementales qui s'en sont suivies aboutit à «un faisceau de contraintes» qui étouffent l'agriculteur. Ce manque de considération ne signifie pas pour autant indifférence, voire éloignement irréversible.

Bien au contraire, la société est en demande paradoxalement de plus d'agriculture. Les agriculteurs restent reconnus comme des acteurs essentiels de notre alimentation, des produits standards aux produits premium, des circuits courts aux circuits longs. «Le but au sein du département est de développer les circuits courts. Nous travaillons également sur l'ouverture d'une légumerie. Malheureusement, aujourd'hui, on a encore du mal à satisfaire les 66 collèges de l'Oise avec des produits locaux et de proximité alors que, paradoxalement, les cuisiniers sont partants» souligne Nadège Lefebvre, présidente du Conseil départemental de l'Oise.

«Il faut accepter plusieurs attentes citoyennes, plusieurs types de consommateurs, plusieurs réponses économiques, plusieurs transformations industrielles ; ce qui nous déboussole, c'est que la mosaïque s'épaissit», souligne Guillaume Dhérussard. «C'est le coeur du sujet. On est obligé de trouver des équilibres avec une diversité à tous les niveaux.»

De fait, il y a un malaise réel du côté du monde agricole : «le monde agricole doit sans cesse s'adapter et dans le même temps, se justifier, répondre à des clients locaux comme mondiaux de plus en plus exigeants, entretenir les paysages... Tout cela en étant mal perçu, oublié», rétorque Jean-Yves Mano. Le pire alors serait que le ras-le-bol agricole soit tel qu'il n'y ait plus d'envie de partager. Via la communication, il conviendrait donc globalement de retrouver les voies d'un questionnement partageable, autour d'une écoute sincère et non du jugement. «Lorsque l'on s'installe, on a la tête dans le guidon. On n'a pas forcément l'idée de communication. Surtout qu'il faut savoir peser nos mots. Cependant, quand on parle de notre métier, on remarque que les citoyens s'intéressent à nous, à notre métier et nous encouragent. Mais tout n'est pas vert. Dans notre exploitation, on a déjà eu la visite de personnes en motos qui nous faisaient des doigts d'honneur, notre apprenti a également pris un coup de poing... C'est frustrant et fatiguant. L'agriculture était pire les trente dernières années : aujourd'hui, on produit sainement, mais cela ne convient toujours pas... Pourtant, nous avons la plus belle agriculture au monde» s'insurge Mélanie Fourdraine, jeune agricultrice à Allonne.

Pour Louis Le Franc, préfet de l'Oise, «il ne faut pas chercher à convertir les ayatollahs de l'écologie profonde et les apôtres de la décroissance, mais il faut s'exprimer et combattre les injustices. Pour cela, l'Oise fait partie des dix départements à avoir instauré un observatoire de l'agribashing. Il faut lutter contre les incivilités, intimidations, dégradations, insultes, voire violences subies par les agriculteurs. L'agriculture n'est pas contre la société, mais avec !»

L'avenir de l'agriculture est encore flou, certains parlent d'alimentation, d'autres évoquent l'avenir de la ruralité, complémentaire à la vie urbaine, d'autres, enfin, évoquent la construction d'une société post-carbone avec la valorisation de la biomasse. La société ne pourra construire sa durabilité sans l'agriculture et les agriculteurs ne pourront s'y projeter sans faire cause commune avec elle.

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