L'Oise Agricole 19 janvier 2020 à 13h00 | Par Marc Labille

Agriculteurs et famille d’accueil : l’engagement d’une vie

Accueillir des jeunes en situation défavorisée, c’est une mission qui donne du sens à la vie d’environ 45.000 assistants familiaux en France. Si ce chiffre est en baisse depuis 2012, la démarche reste une priorité pour Anne-Marie et Jean-Louis Segaud, éleveurs de bovins charolais en Saône-et-Loire. Une mission délicate et riche en émotion que nous livre ce généreux couple d’agriculteurs.

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Complémentaires, Anne-Marie et Jean-Louis Segaud le sont autant pour les travaux de la ferme que dans leur mission de famille d’accueil.
Complémentaires, Anne-Marie et Jean-Louis Segaud le sont autant pour les travaux de la ferme que dans leur mission de famille d’accueil. - © Marc Labille

Silhouette imposante et caractère bien trempé, Jean-Louis Segaud élève un troupeau de 90 vaches allaitantes à Thil-sur-Arroux (71). Aussi menue et apaisée que son époux est imposant et volcanique, Anne-Marie veille au grain dans la vie de l’exploitation. Depuis 2011, le couple est famille d’accueil pour des enfants confiés par une association.

Une vraie famille avec des règles

C’est une amie qui a incité l’agricultrice à se lancer dans cette activité vertueuse. Les époux Segaud ont dû faire acte de candidature en justifiant d’un casier judiciaire vierge et d’un certain nombre de conditions d’hébergement, explique Anne-Marie. «Les enfants qu’on nous confie ont besoin de voir ce qu’est une vraie famille avec des règles de vie. Ce sont de jeunes gens âgés de 6 à 18 ans qui viennent de Montceau, Auxerre, Sens… On les accueille pendant les deux mois d’été et même pour les fêtes de fin d’année», présente l’agricultrice. Recevoir des enfants séjournant en foyers, issus de familles disloquées, dont certains sont sans nouvelles de leurs parents, n’est pas une mince affaire. «Lorsqu’un enfant arrive chez nous, on ne sait rien de lui», confient Anne-Marie et Jean-Louis. Ce premier contact nécessite beaucoup d’adresse et de disponibilité de la part des accueillants et les choses ne se passent pas toujours très bien, reconnaissent les époux Segaud.

Ici, on se respecte…

Les premières journées d’approche sont parfois mouvementées. Anne-Marie se souvient d’avoir été obligée de contrôler les valises de certains de ses pensionnaires qui avaient tendance à subtiliser des objets brillants… «Au début, ils nous testent tous», confie Jean-Louis qui, dès l’arrivée des enfants, sait poser le cadre en fixant fermement les règles de la maison : «ici, on dit bonjour, au-revoir, merci, pardon et on se respecte !», énumère-t-il. Il est arrivé que certains enfants se révèlent ingérables et que la famille Segaud ait été contrainte de ne plus les reprendre.

Cette activité implique un investissement en temps et en travail. «C’est de la pension complète», confirme Anne-Marie qui, outre les aspects éducatifs, doit assurer la nourriture, le linge, l’entretien de la maison… Parfois même, il faut éliminer les poux attrapés en collectivité! Du dévouement, une bonne dose de psychologie, beaucoup de sang-froid… il faut avoir un véritable don pour réussir comme famille d’accueil. Parents de deux grands enfants trentenaires et grands-parents de quatre petits-enfants, Anne-Marie et Jean-Louis ont cette capacité et même toute la sensibilité qu’il faut. Ils parlent affectueusement de leurs pensionnaires ; ce rôle de famille d’accueil est pour eux une vraie vocation. Une activité qui, malgré la complexité sociale, leur procure finalement beaucoup de bonheur. À tour de rôle, Anne-Marie et Jean-Louis évoquent leurs souvenirs avec Mathiew, Anthony, Betty, Angélique, Leïna, Ylian… Ensemble, ils ont partagé les repas en famille, fêté Noël et le Nouvel An, participé à la vie de la ferme…

La ferme joue un grand rôle

Dans leur mission, l’exploitation joue un rôle de premier plan auprès des enfants. Peu sont indifférents à un vêlage ou à la mise bas d’un cabri. Avec ses quelques chèvres, Anne-Marie fait participer ses pensionnaires à la traite ou au moulage des fromages. Jean-Louis se souvient de ce gamin timide et introverti de 8 ans qui, tous les jours, filait dans la stabulation dès le repas terminé pour nettoyer les allées, les tracteurs, repérer les vaches, les taureaux…

Les enfants sont aussi très sensibles aux bons petits plats que leur mitonne chaque jour Anne-Marie. Ils découvrent avec bonheur les saveurs de la cuisine traditionnelle de terroir élaborée avec les bons produits de la ferme, se régalant d’un pot-au-feu ou d’une bonne soupe… Au-delà de la découverte d’un autre mode de vie, la famille d’accueil favorise avant tout des échanges entre accueillants et enfants. Des discussions précieuses où les adultes servent un peu de tuteur à ces jeunes en reconstruction. D’un enfant à l’autre, des affinités se tissent avec l’un ou l’autre des membres du couple.

Accepter une part d’échec…

Anne-Marie et Jean-Louis ne cachent qu’au moment du départ de leurs pensionnaires, ils sont parfois émus. «On n’a pas le droit de développer des liens ni de garder des contacts après», fait remarquer Jean-Louis. La famille d’accueil doit rester à sa place, mais il est difficile de demeurer de marbre quand on a partagé de tels moments… Et puis l’âpreté de la vie entache parfois les bons souvenirs vécus dans la ferme de Thil-sur-Arroux. Malgré cette parenthèse apaisée, certains enfants finissent quand même par tourner mal. Parfois à cause d’un retour inapproprié chez des parents nocifs. Anne-Marie se souvient avec émotion de cet apprenti pâtissier qui a fini par quitter le foyer et dont elle avait tenté de retrouver la trace, en vain… Un pourcentage d’échec difficile à accepter pour les deux époux.

Loin des grands discours, c’est une vraie leçon d’humanisme que donnent Anne-Marie et Jean-Louis lorsqu’ils parlent de leur expérience de famille d’accueil. Un bel exemple qui se trouve aux confins du Morvan dans une famille d’éleveurs, pour qui tolérance, bienveillance, générosité, ouverture sur les autres ne sont pas des vains mots.

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