L'Oise Agricole 06 mars 2020 à 10h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

«Au lieu de courber le dos, nous ferions mieux de relever la tête !»

Thierry Leysens est agriculteur à Beaurepaire, dans le SEA Pays d'Oise et d'Halatte, et président de la section faune sauvage depuis 2017. Il est le tout nouveau secrétaire général de la FDSEA de l'Oise, aux côtés du président Régis Desrumaux. Rencontre.

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Thierry Leysens, secretaire générale de la FDSEA 60.
Thierry Leysens, secretaire générale de la FDSEA 60. - © D.

Quel parcours vous a amené à devenir agriculteur à Beaurepaire ?

Mes parents étaient déjà agriculteurs à Beaurepaire, sur cette exploitation totalement en fermage, bâtiments et maison d'habitation compris. Mon père était associé à un autre agriculteur dans un Gaec laitier. Pourtant, je n'ai pas fait d'études agricoles, j'ai obtenu un BTS en électro-technique en apprentissage. J'ai alors travaillé en interim pour me former : j'ai été salarié à Alençon, en Belgique et à Sainte-Geneviève entre autres. Il n'y a heureusement pas de chômage dans ce secteur.

En 2009, mon père a souhaité prendre sa retraite et son associé, qui était aussi en fin de carrière, voulait abandonner le lait car son fils n'était intéressé que par les terres. Je me suis alors posé la question de reprendre la ferme et surtout, une ferme laitière, c'est un projet de vie qui devait être partagé par mon épouse. Cela supposait pour elle d'abandonner son emploi de salariée dans l'industrie, elle n'avait aucune connaissance du milieu agricole et nous devions aussi déménager, c'était un gros chamboulement à venir dans nos vies.

Nous avons réfléchi, j'ai passé mon BPREA en candidat libre, avec des cours du soir. Mon rapport de stage portait sur mon projet d'installation. Finalement, je me suis installé en janvier 2010. Le Gaec a été dissous, le fils de l'associé a repris des terres. Ma ferme couvre actuellement une centaine d'hectares, assez morcelés mais groupés et comprenait à l'époque un atelier laitier avec un quota de 220.000 litres, un troupeau de Holstein. Aujourd'hui, mon épouse et moi produisons 600.000 litres. Nous travaillons tous les deux sur l'exploitation, nous faisons appel au Service de remplacement pour prendre des congés. Depuis six mois, nous avons embauché un salarié pour effectuer la traite du soir en semaine.

Comment vous êtes-vous engagé syndicalement ?

C'est par le dossier des dégâts de gibier que je me suis engagé. Pour vous donner un exemple, sur 100 ha, j'ai environ 26 hectares de dégâts de gibier, notamment dans des parcelles de maïs ensilage. Et je ne suis pas le seul ! J'ai commencé à être invité à des réunions dégâts de gibier. Nous étions deux agriculteurs récemment installés, Hervé Kellens et moi, qui avons été sollicités par l'ancien président du SEA pour nous impliquer.

Hervé a pris la présidence du SEA et j'ai été délégué à la section faune sauvage en 2011 avant d'en devenir président en 2017. Je précise que, pour que les choses soient plus claires, j'ai arrêté de chasser afin d'éviter un conflit d'intérêt.

Dans l'Oise, les dégâts de gibier sont passés de 350 ha il y a cinq ans à 1.000 ha, essentiellement dus à une forte augmentation des populations de grand gibier et particulièrement de sangliers. Mais les Esod (espèces susceptibles d'occasionner les dégâts, anciennement dénommés nuisibles!) sont également la cause de dégâts. Je participe à la CDCFS (commission départementale de la chasse et de la faune sauvage), plénière ou restreinte pour les indemnisations et à de nombreuses réunions avec la DDT sur le sujet. La section faune sauvage est très active, il y a toujours beaucoup de participants aux réunions, preuve que c'est un vrai sujet qui intéresse les adhérents. Le bureau de la section se réunit trois ou fois par an et nous nous partageons le travail par thématique.

Si nous sommes d'accord avec les chasseurs sur le constat de l'augmentation des populations de gibier, c'est sur les mesures à mettre en œuvre que nous divergeons. De ce fait, les relations avec les chasseurs sont assez tendues. Pourtant, les agriculteurs sont des aménageurs du territoire, ils en ont la connaissance et un vrai rôle à jouer.

Comment abordez-vous vos nouvelles fonctions de secrétaire général ?

Dans un premier temps, comme c'est une nouvelle responsabilité, j'essaie d'abord d'être à l'écoute des autres membres du bureau. Je veux comprendre les attentes des adhérents et, pour cela, il faut être attentif aux remontées du terrain. Et puis, je dois former avec Régis un vrai binôme qui soit efficace. Nous allons apprendre à travailler ensemble, à trouver un équilibre où chacun aura pleinement sa place. C'est sûr que notre binôme sera différent des précédents. L'essentiel est que nous formions un bon tandem au service des adhérents !

Comment voyez-vous le contexte agricole du moment ?

Le gros dossier du moment, c'est bien entendu les ZNT. Ces dernières semaines, nous avons mené des actions coup-de-poing dont la dernière au Salon de l'agriculture lors de la visite du Président Macron. Nous attendons de voir si les propositions de ce dernier seront suivies d'effets.

Localement, il me paraît important que la FDSEA soit aussi un syndicat de propositions car, dans le contexte départemental, nous pouvons actionner des leviers pour résoudre des difficultés locales et accompagner les agriculteurs. Les adhérents ne doivent pas hésiter à saisir leurs responsables locaux lorsqu'ils rencontrent des difficultés : aménagement de voirie par exemple. Avant que les travaux ne soient effectués, il est souvent possible de négocier pour faire valoir le point de vue des agriculteurs.

Je pense aussi aux projets photovoltaïque qui sont un vrai plus pour les agriculteurs, qui peuvent être source de revenu et de valeur ajoutée. C'est vraiment du concret, du palpable, la FDSEA a toute sa place dans ces actions locales.

Car même si les contraintes sont toujours plus nombreuses, moi qui ai travaillé dans d'autres secteurs, je pense que le métier d'agriculteur conserve encore de nombreux avantages et que nous devons être fiers d'avoir la meilleure agriculture du monde, qui a su mettre en place une traçabilité exemplaire. Je reste malgré tout relativement optimiste. Nous avons trop tendance à courber le dos et à finir par ne voir que nos pieds, nous devrions relever la tête au contraire.

Car la FDSEA, ce n'est pas que des responsables et des services à disposition des adhérents ; la FDSEA, c'est d'abord tous les adhérents qui doivent s'exprimer pour faire avancer la défense syndicale et créer une dynamique locale.

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