L'Oise Agricole 25 juin 2020 à 14h00 | Par R. M.

Bruxelles veut un «commerce libre et équitable»

Alors que la survenance de la crise de coronavirus a bouleversé maints aspects du commerce international, l'UE entend aujourd'hui se servir de ce «fait divers» planétaire pour réviser en profondeur sa politique commerciale. Son but ? Faciliter les échanges commerciaux tout en fixant des garde-fous pour préserver les intérêts européens.

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Bruxelles entend notamment «uniformiser les règles du jeu en convenant de règles claires avec les différents partenaires commerciaux».
Bruxelles entend notamment «uniformiser les règles du jeu en convenant de règles claires avec les différents partenaires commerciaux». - © Pixabay

L'UE, qui entend tirer toutes les leçons de la crise de coronavirus, a lancé officiellement le 16 juin un réexamen de sa politique commerciale, ainsi qu'une consultation qui permettra à l'exécutif européen d'avoir des éléments de réponse précis pour améliorer notamment la résilience de l'UE et à créer un modèle d'autonomie stratégique ouverte. «Nous voulons ainsi trouver le juste équilibre entre une Europe "ouverte aux entreprises" et une Europe qui protège ses citoyens, ses entreprises et ses normes», indique Phil Hogan, commissaire au Commerce.

Dans sa note afférente à la consultation publique, la Commission européenne explique que cette révision consistera notamment à apporter une plus grande protection aux entreprises et aux travailleurs de l'UE face aux pratiques commerciales déloyales tout en contribuant à la sécurité, en particulier par l'examen des investissements directs étrangers et le contrôle des exportations de biens à double usage. Une des pistes avancées par Bruxelles est «d'uniformiser les règles du jeu en convenant de règles claires avec les différents partenaires commerciaux».

Par ailleurs, au niveau des chaînes d'approvisionnement, leur résilience passera, selon Bruxelles, par «une diversification de l'approvisionnement au niveau des pays et de l'entreprise, des réserves stratégiques et du stockage, ainsi que du raccourcissement des chaînes d'approvisionnement ou de l'augmentation de la production nationale».

PME exportatrices et réforme de l'OMC

Dans le cadre de cette nouvelle approche de la politique commerciale de l'UE, l'exécutif européen entend aussi aider les PME exportatrices qui ont été les plus sévèrement touchées par la rupture des chaînes d'approvisionnement, afin qu'elles puissent tirer pleinement avantage des accords commerciaux. L'objectif sera notamment de leur garantir un meilleur accès aux marchés et une plus grande facilitation des échanges, une amélioration des conditions d'investissement, une protection des droits de propriété intellectuelle, y compris les indications géographiques. À cet égard, Bruxelles pourrait envisager de renforcer le régime de crédit à l'exportation de l'UE. Pour faciliter le commerce et l'investissement, la Commission entend établir un cadre stable, prévisible et fiable. À cette fin, elle appelle à mener une réforme profonde de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) pour que cette institution redevienne «un forum efficace dans l'élaboration de nouvelles règles commerciales appropriées, dans leur mise en oeuvre et dans le règlement des différends».

Transition verte et transition numérique

À travers le réexamen de sa politique commerciale, l'UE entend aussi «faciliter le commerce et les investissements verts, mettre en oeuvre des normes internationales ou, encore, inciter les partenaires commerciaux de l'UE à relever des défis communs, qu'il s'agisse du changement climatique ou de l'environnement en général, ou encore de la pêche durable et des pratiques agricoles durables». Dans sa note, la Commission a également souligné l'importance, à la fois, de l'accord de Paris, considéré comme un «élément essentiel» pour tous les futurs accords commerciaux, et d'établir un mécanisme d'ajustement aux frontières pour le carbone afin de réduire le risque de fuite si les différences de niveaux d'ambition climatique dans le monde persistent. L'UE se flatte aussi de jouer un rôle clé dans l'élaboration de réglementations et de normes pour les nouvelles technologies vertes. D'autant que la crise du Covid-19 a permis aujourd'hui de donner un nouvel élan aux discussions sur la promotion de la durabilité, du comportement responsable des entreprises et de la transparence des chaînes d'approvisionnement. De plus, cette révision de la politique commerciale sera aussi l'occasion pour l'UE d'évaluer dans quelle mesure celle-ci pourrait soutenir la transition numérique. Ce processus d'examen de la politique commerciale sera basé sur de larges consultations avec les parties prenantes, notamment par le biais de débats publics organisés dans les États membres de l'UE et de soumissions écrites. Les réponses à la consultation publique sont attendues avant le 15 septembre et seront intégrées dans une communication qui sera publiée vers la fin de l'année.

Baisse de 20 % du commerce international en 2020, l'agroalimentaire résiste

En raison de la pandémie de Covid-19, la valeur du commerce international de marchandises a diminué d'environ 5 % au premier trimestre 2020 et devrait encore baisser de 27 % au deuxième trimestre, selon la première édition du nouveau bulletin trimestriel de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), publié le 11 juin. Au second semestre, le commerce international devrait rester au dessous des niveaux observés en 2019. En supposant que l'incertitude persiste, la Cnuced prévoit une baisse d'environ 20 % pour l'année 2020. Cela est conforme aux prévisions de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), qui estime que le déclin du commerce international se situera entre 13 et 32 %. Sur le plan sectoriel, l'impact économique du Covid-19 n'a pas eu les mêmes effets partout. En effet, au cours du premier trimestre 2020, la valeur du commerce international dans le secteur agroalimentaire a augmenté d'environ 2 % alors que le textile et l'habillement ont diminué de pre?s de 12 % et les secteurs des machines de bureau et de l'automobile ont chuté d'environ 8 %. En avril, la Cnuced indique que le commerce des produits agroalimentaires a été jusqu'à présent le moins volatil. Avant de préciser qu'«en général, les écarts entre les secteurs ont été dus à des baisses de la demande et des perturbations de la capacité d'approvisionnement, ainsi qu'à la perturbation des chaînes de valeur mondiales due au Covid-19».

Les États-Unis appellent à une refonte profonde de l'OMC

«Les États-Unis considèrent que le temps est venu de «réinitialiser» l'Organisation mondiale du commerce (OMC) dont les résolutions en matière de tarifs douaniers sont dépassées», a estimé Robert Lighthizer, représentant américain au Commerce lors d'une audition le 17 juin, devant la Chambre des représentants. Avant de déclarer que «l'OMC est un gâchis. Un échec pour l'Amérique et un échec pour le système commercial international», insistant sur le fait que les États-Unis «n'étaient pas traités équitablement». Sur ce point, il a déploré que de nombreux pays dotés de grandes économies développées maintiennent des taux de droits de douane très élevés, bien supérieurs à ceux appliqués par les États-Unis. Alors que l'OMC doit nommer un nouveau président après la démission surprise de Roberto Azevêdo qui prendra effet le 31 août, un an avant la fin de son mandat, Robert Lighthizer a estimé qu'il fallait «quelqu'un ayant la volonté de réformer» l'institution.

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