L'Oise Agricole 18 juin 2020 à 14h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

Camille Rollet, bienheureuse en son jardin à Lagny

Elle n’a que 23 ans et voilà tout juste un an qu’elle s’est installée à Lagny, en maraîchage et vente directe. Pour le plus grand bonheur de ses clients amateurs de légumes frais... et pour le sien.

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Camille Rollet est installée depuis un peu plus d’un an et son activité rencontre un beau succès local. Du travail, mais aussi beaucoup de passion expliquent son sourire.
Camille Rollet est installée depuis un peu plus d’un an et son activité rencontre un beau succès local. Du travail, mais aussi beaucoup de passion expliquent son sourire. - © Dominique Lapeyre-Cave

Malgré les horaires de travail très étalés en cette saison (6 h - 21 h), Camille Rollet a le sourire aux lèvres dans sa serre de 750 m2 où les légumes d’été profitent de la chaleur ambiante et de l’irrigation en goutte-à-goutte pour se développer, parfaitement alignés et désherbés. Voilà un an que la jeune fille s’est lancée dans l’aventure. Fille d’agriculteurs en grandes cultures, son cœur a longtemps oscillé entre le sport et l’agriculture. «J’ai toujours aimé la ferme, monter en tracteur avec mon père et cultiver le potager familial. Mais j’ai une véritable passion pour le sport et j’ai suivi une licence Staps après mon bac. J’ai malheureusement été déçue par les études, mais j’ai quand même continué pour valider ma licence. J’ai donc reporté mon choix vers l’agriculture car je voulais un métier à l’extérieur, ne surtout pas être enfermée dans un bureau», explique-t-elle.

Renseignements pris auprès du Point Info installation : pour pouvoir s’installer, grâce à sa licence, elle n’a qu’une année de BPREA à valider. Elle la suivra au lycée agricole d’Airion et ira en stage chez la famille Cnudde, à Esquennoy. C’est là qu’elle découvre la différence entre cultiver un potager familial, même grand, et faire du maraîchage. Mais cela ne la décourage pas, bien au contraire.

À la maison

Une opportunité se présente alors. Une parcelle voisine de l’habitation de ses parents, en bordure de route principale de Lagny, envahie de ronces et avec de vieux bâtiments, est à vendre. Comme c’est une ancienne pâture, ce sera sans doute, près labour, un bon précedent pour les cultures maraîchères. L’affaire est conclue avec les vendeurs et il faut alors nettoyer la parcelle. Les anciennes clôtures et les bâtiments en ruine sont abattus, le bâtiment en bordure de route réhabilité pour accueillir le point de vente et le distributeur. Celui-ci, non réfrigéré, comporte 94 cases et est acheté pour 30.000 euros auxquels il faut ajouter 15.000 € de travaux (dalle béton, électricité).

Une serre d’un montant de 17.000 euros prend place sur la parcelle et le forage d’un puits permet l’irrigation nécessaire. Un petit tracteur, des outils comme un rotavator, un broyeur et une bèche, sont achetés neufs ou d’occasion. Camille effectue ses premiers semis et commence à vendre avant même l’arrivée du distributeur en novembre 2019. «Je n’avais que des bottes de radis à vendre dans les premiers temps, mais j’ai bénéficié d’un excellent accueil sur la commune. La municipalité et les habitants m’ont encouragée en venant acheter leurs légumes chez moi. J’ai également reçu l’école du village lors de la semaine du goût en octobre 2019», témoigne la jeune femme.

Depuis ses premiers radis, de nombreux légumes et fruits ont augmenté la gamme : pommes de terre, carottes, salades, oignons, ail, échalotes, épinards, navets, poireaux, courgettes, aubergines, poivrons, concombres, choux, blettes, herbes fraîches, betteraves rouges, asperges, fèves, panais... mais aussi fraises, cerises et framboises.

Le bouche-à-oreille et le confinement lui ont permis d’assurer des ventes supérieures à ce qui était prévu dans son étude économique d’installation. «Le confinement a été une véritable aubaine. De nombreux clients sont venus jusque chez moi car c’était pour eux l’occasion de sortir. Par contre, je ne sais pas s’ils continueront à venir maintenant que tout est rouvert», s’interroge-t-elle tout haut.

En attendant, elle a pu constater que les consommateurs sont parfois bien ignorants des saisons et des légumes. «On m’a demandé des tomates en plein hiver et certains croyaient que mes melons poussaient dans des arbres. Et puis les clients, habitués aux légumes aseptisés, s’étonnent de trouver des insectes dans les salades ou de la terre autour des carottes !», en sourit-elle.

Des cultures soignées

Pourtant, les cultures sont parfaitement entretenues et présentent même une certaine esthétique visuelle. Pour lutter contre les adventices, les plants sont installés sur du paillage ou sur des toiles tissées, notamment dans la serre. «Le désherbage manuel est vraiment la charge de travail la plus importante», reconnaît Camille Rollet. Heureusement, ses parents et son frère lui donnent un coup de main, notamment pour les récoltes et la vente.

Elle est suivie techniquement par Juliette Parent, de Bio en Hauts-de-France, car Camille est déjà en conversion bio : «C’est une demande sociétale à laquelle il faut répondre. Mes clients mangent ma production et je veux leur donner le meilleur. Et puis je pourrais ainsi fournir des écoles ou des restaurateurs. Il y a également un projet de marché bio à Noyon», détaille-t-elle.

Elle estime encore avoir à apprendre car elle a raté son ail et a subi la mouche du semis dans ses haricots. «L’agriculteur chez qui j’achète mes plants bio me donne des conseils, il y a beaucoup de bienveillance autour de mon projet.» Et des projets, elle n’en manque pas. Pour répondre à la demande, elle va agrandir sa surface d’un hectare derrière la maison de ses parents et envisage l’embauche de saisonniers car la charge de travail va devenir trop importante. «L’agrandissement est nécessaire si je veux assurer une rotation dans mes cultures. Par exemple, je dois replanter mes fraisiers tous les trois ans pour ne pas les laisser trop vieillir.»

Elle va introduire de nouveaux légumes : patate douce, brocolis et chou fleur. Elle imagine également transformer une partie de sa production pour utiliser les invendus : confitures, jus, soupes... Et elle a planté pour l’avenir des arbres fruitiers : cerisiers, pommiers, poiriers, pruniers, abricotiers et même des pieds de kiwis !

Elle souhaite aussi travailler avec d’autres producteurs partenaires : elle aimerait vendre dans son magasin des fromages de chèvres .

Le sourire aux lèvres et des idées plein la tête, Camille est confiante car les retours de ses clients sont de formidables encouragements à continuer. «Beaucoup m’ont dit qu’ils ont retrouvé le goût des légumes du potager de leur enfance et qu’ils voulaient me soutenir dans ma démarche. De tels retours me font plaisir !»

Au jardin de Camille

Retrouvez toutes les informations relatives à la production maraîchère de Camille Rollet sur sa page Facebook :

https://www.facebook.com/AuJardinDeCamille/

L’accueil est situé au 247 rue de la Barre, à Lagny.

Ouvert mercredi, jeudi et vendredi de 16 h à 18 h30 et le samedi de 10 à 13 h. - Tél. 06 48 93 77 06.

Vous pouvez réaliser vos achats au distributeur tous les jours de 7 h 30 à 21 h 30 : outre les légumes de Camille, sont proposés des miels, des œufs, de la farine, des pâtes, des lentilles, de l’huile de cameline, du quinao. De la bière bio et des Neufchâtels, en soutien à la filière en difficulté, sont disponibles dans le magasin. Camille est aussi présente une fois par mois au marché de Clairoix

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