L'Oise Agricole 12 mars 2020 à 09h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé, D.

Coronavirus : des impacts pour l’instant limités sur l’activité agricole dans l’Oise

La France assure son statut de deuxième pays européen le plus touché, derrière l’Italie. Le gouvernement continue de renforcer la riposte au coronavirus estimant que la contagion s’approche du stade 3. «Nous sommes au tout début de cette épidémie», a estimé Emmanuel Macron. Point sur la situation dans l’Hexagone et sur le monde agricole.

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Moyennant des précautions, les marchés continuent à se tenir dans l’Oise.
Moyennant des précautions, les marchés continuent à se tenir dans l’Oise. - © Dominique Lapeyre-Cave

L'épidémie de coronavirus Covid-19 est désormais une «pandémie», selon l'OMS. Le dernier décompte fait état de 121.000 cas recensés dans le monde.

Le mercredi 11 mars en début de soirée, la France fait état de 2.281 personnes contaminées, dont 105 dans un état grave, et de 48 décès soit 15 de plus en 24 heures et près de 500 nouvelles contaminations. «Nous sommes au tout début de cette épidémie», a estimé Emmanuel Macron, le Président de la République, après avoir visité dans la matinée le centre d’appel (15) du Samu de l’hôpital Necker-Enfants malades, à Paris. «Nous vivons une crise exceptionnelle» ajoute-t-il. La France compte neuf situations de regroupement de cas : en Haute-Savoie, dans l’Oise, autour de Mulhouse dans le Haut-Rhin, dans le Morbihan avec trois villes touchées, en Corse, à Ajaccio, dans l’Aude (Occitanie) et dans le Calvados. Les régions métropolitaines sont également touchées, ainsi que trois départements d’outre-mer. Tous les rassemblements de plus de 1.000 personnes sont interdits en France, en plein air comme en milieu clos. Le gouvernement a interdit toute visite aux Ehpad et dans les unités de soins de longue durée. «3600 entreprises on fait la demande de chômage partiel, soit 60.000 salariés», a déclaré sur LCI Muriel Pénicaud. «Et ça va être beaucoup plus», annonce la ministre. «On fera un plan massif de soutien à l'emploi», a-t-elle poursuivi. «Nous voulons protéger les travailleurs (...) en clair, j'ai pas de limites budgétaires, on fera ce qu'il faut». Excluant le fait pour l’instant de prendre des mesures de confinement aussi drastiques qu’en Italie, le gouvernement se prépare à une accélération de l’épidémie. Pour Jérôme Salomon, le passage au stade 3 n’est «qu’une question de jours».

Plan bleu activé, plan blanc au cas par cas

Le plan bleu d’urgence pour les maisons de retraite a été activé sur l’ensemble du territoire car la majorité des personnes décédées sont âgées ou d’une santé fragile. Ce plan a pour but d’augmenter le personnel et d’empêcher l’isolement des résidants. Les visites sont donc limitées à une personne par patient dans les établissements de santé, les personnes malades sont priées de s’abstenir et les moins de 15 ans sont interdits. Le plan blanc permet aux hôpitaux d’affronter des situations exceptionnelles. Ce dernier est déclenché qu’au cas par cas. Il prévoit la coordination entre les services d’urgences, un renforcement des moyens de communication et de coordination, mais aussi la réquisition des membres du personnel médical et hospitalier, selon la gravité de la situation.

L’Oise en quarantaine ?

Pour lutter face à la propagation du virus, la préfecture de l’Oise a mis en place un premier arrêté le 29 février portant sur l’interdiction des rassemblements. Le deuxième arrêté datant du 7 mars porte sur la fermeture des établissements scolaires, périscolaires et des crèches. Le premier arrêtée est valable jusqu’au 31 mars et le deuxième jusqu’au 22 mars. Concernant les rassemblements, le nombre de personnes n’est pas indiqué, «aucun seuil n’est prévu» ; cependant, tous les rassemblements sont visés, par mesure de précaution. Les petits rassemblements (restaurants, bars, etc.) échappent à l’interdiction. Tous les rassemblements (politiques, culturels, cultuels, sportifs, festifs, etc.) sont interdits. Cette mesure inclut notamment les assemblées générales, les matchs, les brocantes et foires dans les cœurs de bourg des villes et villages.

S’agissant des marchés, ils sont autorisés, avec l’obligation de mise en place d’un dispositif empêchant les concentrations significatives de clients. Les mariages et enterrements peuvent continuer à être célébrés. Les maires et responsables cultuels prendront garde de limiter l’effectif présent au strict minimum. En revanche, les rassemblements collectifs consécutifs à ces célébrations sont interdits.

Le préfet de l’Oise et la rectrice de l’académie d’Amiens ont pris le 7 mars un arrêté portant fermeture des établissements scolaires, périscolaires et des crèches du département de l’Oise.

Un deuxième arrêté du préfet de l’Oise et du directeur régional de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt de la région Hauts-de-France, pris également le 7 mars, concerne les établissements d’enseignement agricole. L’arrêté ne s’applique pas aux établissements d’enseignement supérieur. Les adultes en formation en CFA peuvent continuer à s’y rendre. Les IME restent ouverts. La totalité du département de l’Oise est désormais en stade 2 renforcé. Ainsi, les élèves domiciliés dans l’Oise et scolarisés hors du département ne doivent pas se rendre dans leurs établissements scolaires.

Une agriculture au ralenti

Charlotte et Olivier Grard sont exploitants agricoles à Crépy-en-Valois, dans le cluster, en grandes cultures, mais ont développé une diversification : vente de foin, de poules pondeuses. «Pour le moment, nous allons très bien, la vie à Crépy-en-Valois n’a pas changé, si ce n’est les réunions et événements publics qui ont été annulés. Les écoles sont fermées et nous faisons l’école à la maison grâce aux instructions reçues par internet», expliquent-ils. Ce qui a causé un trouble, c’est la dispersion du marché du dimanche matin à Crépy-en-Valois, sur le parking du Carrefour, le 1er mars. «Les gendarmes sont venus arrêter le marché, alors que le supermarché à côté est resté ouvert. Avouez que ce n’est pas cohérent !» déplorent-ils.

Côté exploitation, c’est surtout le mauvais temps qui retarde les travaux en plaine. «On a juste quelques clients hors zone qui ont reporté leur venue pour chercher du foin ou des poules. J’ai quand même un client qui a annulé son achat au motif que les poules devaient avoir la grippe aviaire !», préfère en sourire Charlotte Grard. Son mari Olivier est allé aux silos de Crépy-en-Valois ou de Nanteuil-le-Haudouin sans difficulté : «Finalement, à l’intérieur du cluster, rien n’a vraiment changé. C’est plus le regard des personnes hors de la zone qui est pesant. Ici, on n’a pas du tout l’impression d’être différent. Mais je reconnais que cela doit être difficile pour des agriculteurs en vente directe qui viennent régulièrement sur les marchés».

Et puis le monde agricole s’est adapté. Des réunions téléphoniques se sont tenues au sein du SEA ou du Syndicat betteravier. Olivier Grard y voit des avantages : «On perd moins de temps, on s’en tient à l’essentiel, on continue nos activités quand même, c’est une autre façon de travailler.»

Pour Jean-Marc Penon, maraîcher à Villeneuve-sur-Verberie, les personnes sont toujours attirées par les marchés locaux. Il emploie quatre salariés et 3 saisonniers et cultive des produits de saison tout au long de l’année. «Mardi dernier, nous avons été au marché de Senlis et dimanche dans le Val-d’Oise. J’ai été stupéfait par la présence d’autant de personnes venues acheter mes produits. Ils nous encourageaient à continuer et à leurs fournir des bons produits.» Après l’intervention de la FDSEA auprès du préfet, l’arrêté pour fermer les marchés a été suspendu. Une aubaine pour ce maraîcher. «Nous devons absolument être logés à la même enseigne. C’est inadmissible que l’on ouvre des grandes surfaces qui sont des lieux fermés alors que les marchés sont à l’extérieur. Dans les GMS, les gens peuvent toucher les produits et les reposer par la suite si cela ne leur convient pas ; idem pour les caddies. Alors que dans un marché, on fournit directement les produits à nos clients. Ce n’est pas pour rien que l’on dit que les gens de la terre sont plus en forme que les personnes de la ville (rire)».

Le coronavirus n’a donc pas d’incidence sur l’achat des produits locaux sauf une peur de la fermeture des marchés qui est le gagne-pain des petits producteurs.

Quant à Anaïs Lucien, travaillant actuellement en tant que commerçante à l’exploitation familiale à Lachapelle-aux-Pots, la difficulté se trouve dans les établissements scolaires. «Notre boutique marche très bien, sauf que nous vendons beaucoup de nos produits aux écoles. Vu qu’elles sont fermées, nous n’avons pas pour le moment d’alternative. Nous aurons un marché d’ici peu et nous espérons que cela fonctionne bien.»

Côté Valfrance, outre les recommandations valables pour toutes les entreprises (quarantaine pour le personnel revenant de zones à risques, annulation des visites, consignes d’hygiène…), aucune procédure particulière n’a été mise en place, même dans les silos à proximité du cluster. Selon Adeline Lévy, chargée de communication, «aucun impact négatif sur l’activité de Valfrance n’est à noter pour l’instant.» Même son de cloche pour la coopérative Agora, «nous relayons les messages de précautions sanitaires auprès des salariés et leurs fournissons les équipements nécessaires (lingettes, gel...)», explique Amandine Bannery, responsable marketing et communication à la coopérative Agora. Vis-à-vis des adhérents, les réunions collectives sont reportées dans les prochains jours, en adéquation avec l’interdiction de rassemblement en vigueur dans le département. «À noter que les marchés des engrais et des céréales sont perturbés par cette actualité» ajoute-t-elle.

Les concessionnaires du secteur ne ressentent pour l’instant aucune baisse de leur activité et c’est tant mieux ! «Aucun impact sur la fréquentation de nos différentes bases», confirme Henri Taveau. Même son de cloche sur la base Motobrie de Crépy-en-Valois où les clients continuent à venir. Les mesures valables partout (on ne se serre plus la main, usage du gel hydroalcoolique…) ont bien entendu été mises en place dans ces entreprises.

Vente de fruits et légumes

Les marchés dans le cluster ont dans un premier temps été annulés, causant des pertes aux producteurs. Depuis, moyennant des précautions, les marchés ont rouvert et Jacques Picard, de Néry, peut à nouveau commercialiser ses pommes de terre. «Pour l’instant, l’impact a été limité. Personnellement, nous faisons attention car nous sommes sans cesse en contact avec de l’argent liquide. Nous portons des gants dorénavant», explique-t-il.

Même constat pour Martin Degauchy, maraîcher qui vend sur le marché de Crépy-en-Valois. «Je n’y suis pas allé une seule fois et j’ai mieux vendu aux autres marchés que je fais. Du coup, les pertes ont été limitées et, comme le marché de Crépy est rétabli, j’espère pouvoir continuer ma saison. Notre clientèle est surtout composée de personnes de plus de 60 ans qui sont quand même inquiètes de la situation, mais continuent à venir. Elles préfèrent venir au marché de plein air plutôt que dans des grandes surfaces confinées où tout le monde tripote les fruits et légumes. Nous, nous servons le client et nos produits passent ainsi dans un minimum de mains. Nous prenons bien entendu toutes les précautions d’usage» détaille-t-il.

Hors cluster, les maraîchers, après avoir accusé une moindre fréquentation sur les marchés il y a deux semaines, ont eu la surprise de voir les clients revenir en nombre samedi dernier. «C’est à croire qu’après avoir craint de sortir de chez eux, les clients sont venus faire le plein de fruits et légumes au cas où ils ne pourraient plus sortir de chez eux», s’étonne Clothilde Guesquière, jeune maraîchère bio à Rieux-Le Hamel. Après avoir subi les conséquences de l’incendie Lubrizol, elle s’inquiète, malgré les bonnes ventes de la semaine dernière. «Heureusement que je livre des Amap. Comme les clients viennent chercher à tour de rôle leur colis, on ne subit pas la réglementation sur les rassemblements. Les risques sont limités. Par contre, sur les marchés, nous prenons les mesures d’hygiène préconisées et devons les afficher sur notre stand», témoigne-t-elle.

Pas de changement notable non plus pour Radouane Azarkane, de la ferme du plateau Saint-Jean à Beauvais : «Sur notre secteur, que ce soit au marché de Beauvais du samedi ou dans les Amap, nous n’avons noté aucun changement de comportement de la clientèle. Seul le marché bio du dimanche de Beauvais a été annulé», confirme-t-il.

Pour ce qui est du marché local de la viande, on tend le dos. Christophe De Bruyne, directeur Elvea 60, est attentif à la situation. «La majorité des achats de viande se fait en GMS mais les consommateurs ne veulent plus aller dans les grandes surfaces et achètent dans les drives. Or, les drives ne vendent pas de viande. J’ai bien peur que les choses n’évoluent pas dans le bon sens dans les jours et les semaines à venir», confesse-t-il.

Épidémie d’arnaques, le business de la peur

La propagation du virus s’est transformée en spéculation sur les masques de protection, dont les prix ont grimpé en flèche. Les masques sont pourtant inefficaces pour se protéger du Covid-19. Si les grandes plateformes de vente par internet veillent, certaines demeurent négligentes. Le 27 février, le géant américain Amazon avait retiré de la vente près d’un million de produits présentés à tort comme pouvant guérir ou protéger du coronavirus. eBay a annoncé dans un communiqué du 28 février que la plateforme allait également cesser la vente les produits en lien avec le coronavirus. Pour eBay, ce sont les masques chirurgicaux et les masques N95/N100 qui sont concernés, mais également les produits désinfectants comme les gels hydroalcooliques.

Même son de cloche pour le directeur France du groupe Le Bon Coin, Antoine Jouteau, qui a annoncé une décision similaire le jeudi 5 mars sur Twitter. «Pour des raisons de sécurité sanitaire et face à une dérive spéculative déplorable, j’ai décidé lundi de faire retirer les annonces de masques déposées par les particuliers sur Leboncoin. Nos équipes restent mobilisées, comme toujours, pour maintenir la qualité de notre contenu.» Un homme, agé de 59 ans, a été interpellé et placé en garde à vue mardi dans l’Oise pour avoir mis en vente en ligne des matériels de protection périmés (masques, gels) contre le coronavirus, selon la gendarmerie. L’opération menée par les gendarmes du département, où est recensé le nombre le plus important de cas de contamination au coronavirus en France, a permis la découverte de 9.400 masques, 3.300 gants, 4.500 lingettes, 80 flacons de gel hydroalcoolique de 150 ml et 14 flacons de gel hydroalcoolique de 500 ml, tous périmés, mis en vente sur le site LeBonCoin. Ces produits industriels périmés et voués à la destruction ont été détournés au préjudice d’une entreprise de l’Oise par un des salariés, a souligné la gendarmerie nationale.

Pour rappel, les prix de vente des gels hydroalcooliques sont désormais plafonnés, selon le décret du 5 mars 2020. Ils ne doivent pas dépasser : 2 € pour un flacon de 50 ml ; 3 € pour un flacon de 100 ml ; 5 € pour un flacon de 300 ml.

Le marché touché par le virus

Sur les marchés internationaux, les prix du blé, du maïs et du colza ont enrayé leur chute le 2 mars, dans un contexte de marchés pétroliers et financiers mieux orientés en pleine épidémie de Covid-19. Sur Euronext à la clôture, la tonne de blé perdait 75 centimes, à 186,75 euros sur l’échéance rapprochée de mars. La tonne de maïs perdait 50 centimes sur le contrat de mars, à 165 euros, mais gagnait 75 centimes sur celui de juin, à 168,50 euros. Les craintes liées au coronavirus et ses conséquences sur l’économie continuaient de peser sur les cours.

Globalement, «les cours des principales céréales se sont repliés de 5 % suite aux craintes des marchés financiers face à cette crise sanitaire, commente Agritel, le 4 mars. Déjà, les fonds américains anticipent un ralentissement économique mondial en réduisant leurs expositions face à une volatilité croissante sur les marchés agricoles.»

«C’est également le cas pour la poudre de lait, ajoute Agritel, qui a perdu 7 % depuis le début du mois de janvier avec une crainte de baisse de la demande, notamment chinoise.»

L’épidémie se fait déjà sentir sur les ventes de Danone dans ce pays qui représente 10 % de son chiffre d’affaires annuel. «Nous avons perdu 100 millions d’euros au premier trimestre», a expliqué Emmanuel Faber, p.-d.g. de Danone, lors de la présentation des résultats annuels 2019 à Paris le 26 février.

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