L'Oise Agricole 28 mai 2020 à 09h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

De course ou de loisirs, le monde du cheval touché par le Covid-19

La crise sanitaire a touché l’ensemble de la filière équine, particulièrement implantée dans l’Oise avec de nombreux centres équestres et le pôle courses à Chantilly-Lamorlaye.

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Gagner des courses, le seul revenu des propriétaires entraîneurs.
Gagner des courses, le seul revenu des propriétaires entraîneurs. - © Agence de presse

Daniela Strube est la propriétaire des Écuries des platanes à Estrées-Saint-Denis. Installée depuis septembre 2012, elle gère ce site où poney club, centre équestre et pension pour chevaux de propriétaires se côtoient. La crise sanitaire, elle l’a prise de plein fouet : «dès le 16 mars, nous avons dû fermer le site au public, y compris aux propriétaires qui ne pouvaient pas venir voir leurs animaux», témoigne Daniela Strube. «J’ai une salariée à temps plein et une à 80 % qui assurent l’enseignement et les soins au chevaux. J’ai dû tout réorganiser sur le champ. L’une est au chômage partiel et j’ai gardé l’autre 2 jours par semaine.»

Car si l’enseignement était totalement à l’arrêt, il fallait continuer à nourrir et sortir les chevaux. Heureusement pour Daniela, son mari est exploitant agricole en conversion bio et il dispose de prairies temporaires. «Nous avons dû monter vite fait des clôtures, ce qui nous a pris plusieurs jours et surtout nous avons eu du mal à trouver le matériel requis, piquets, fils de fer. Mais grâce à ces herbages, j’ai pu mettre les chevaux et poneys, 48 au total, au pré. Cela a permis de stopper les achats de foin et d’aliments et a donc limité la perte», reconnaît l’entrepreneuse. Elle a une pensée pour tous les clubs coincés dans les villes qui n’ont pas pu trouver des solutions alternatives comme elle et ont donc continué à acheter les aliments pour leur cavalerie. Daniela Strube estime néanmoins ses pertes à environ 25.000 euros sur les mois de mars et avril. En effet, pendant cette période, les cours, des stages et des concours étaient programmés et ont donc été annulés.

Une reprise difficile

Mais cette période de confinement a aussi été l’occasion pour Daniela Strube de prendre du recul sur son activité et lui a permis de réfléchir aux orientations à donner. Son projet d’écurie active (chevaux logés ensemble avec distribution différenciée d’aliments), qui avait reçu des accords de financement et de subventions, elle ne le remet pas en cause, bien au contraire. «Finalement, cela m’a conforté que c’est un bon moyen de gestion des chevaux car cela favorise leur liberté, leur vie sociale et cela leur permet de bouger tous les jours. Et puis l’équitation, c’est une activité de plein air, bienvenue en ces temps de confinement», assure-t-elle.

En attendant, dès le 11 mai, l’activité a pu reprendre aux Ecuries des platanes mais avec des règles très strictes. «Pas plus de dix personnes ne peuvent être présentes en même temps sur le site. Du coup, les reprises (cours d’équitation) se font avec un nombre réduit d’élèves. Les parents doivent déposer leurs enfants à l’entrée.»

Ceux-ci doivent se laver les mains avec du gel hydro-alcoolique et porter un masque, sauf quand ils sont à cheval. De même, comme tout le matériel (selle, filet) doit être désinfecté, les groupes d’enfants viennent plusieurs jours de suite. Ainsi, tout est désinfecté avant que le groupe suivant ne vienne suivre les cours. «Sinon, c’était impossible de tout désinfecter tous les jours. On a donc mis en place ce système pour être plus efficace tout en respectant scrupuleusement les préconisations sanitaires», explique la gérante. Et puis, les jeunes cavaliers doivent être autonomes, c’est-à-dire capables de préparer leur monture (bouchonner, seller) seuls car, du fait de la distanciation physique, impossible de les aider, même pour monter en selle. Les débutants ne sont donc momentanément pas accueillis. Enfin, pour ne pas dépasser le nombre de 10 personnes présentes aux écuries, un système d’inscription en ligne où chacun annonce sa venue permet de gérer l’affluence. Les propriétaires de chevaux peuvent ainsi à nouveau venir voir leur animal en s’inscrivant.

Daniela Strube attend avec impatience les nouvelles consignes qui seront annoncées début juin. Si la situation sanitaire s’améliore, elle devra organiser les activités de l’été et le planning pour la rentrée de septembre. «Il faudra être réactif et s’adapter aux nouvelles mesures. Mais je reste optimiste car l’équitation est une activité de passionnées et, proche de la nature et s’exerçant en plein air, elle devrait séduire un nouveau public», conclut-elle avec optimisme.

Autre activité largement représentée dans le sud de l’Oise, autour de Chantilly, les courses hippiques. Valérie Dissaux se définit comme un petit entraîneur de galopeurs, à côté des grosses écuries présentes sur le secteur de Lamorlaye. Elle entraîne une dizaine de chevaux dont elle est propriétaire ou que d’autres lui confient.

«Du jour au lendemain, les courses, notre principale source de revenus, ont été arrêtées à cause de la crise sanitaire. Par contre, il a fallu continuer à s’occuper des chevaux comme avant. Ce sont des athlètes qui doivent sortir tous les jours et nous avons continué à le faire en appliquant les gestes barrières recommandés : masques, gel hydro-alcoolique, distanciation physique», témoigne-t-elle. Cela a considérablement alourdi le travail qu’elle a dû continuer tout en assurant l’école à la maison pour ses deux enfants.

Courses à huis clos

Il n’y avait pas beaucoup moins de travail et peu de possibilités de chômage partiel. Valérie Dissaux a pu constituer un dossier de demande d’aides pour les entreprises et a sollicité un prêt de trésorerie «pour continuer à pouvoir travailler». Malgré un premier refus de la banque, son dossier est toujours à l’étude car l’État a modifié les conditions d’accès au prêt, jugées trop restrictives au départ. Valérie Dissaux attend avec impatience le retour de la banque.

Heureusement, dès le 11 mai, les courses hippiques ont pu reprendre, à huis clos, et avec des mesures sanitaires très strictes. «Comme beaucoup, j’ai été soulagée à cette annonce et j’étais prête à accepter toutes les contraintes sanitaires pourvu que mes chevaux puissent reprendre les courses», lâche-t-elle. Mais, sans tribunes et avec des jockeys masqués, l’ambiance n’est plus la même sur les hippodromes et surtout, les allocations versées par France Galop (sommes versées aux participants des épreuves) ont été fortement baissées.

«Et encore, grâce à l’intervention en autres de mon association professionnelle AEP (Association des entraîneurs propriétaires), la baisse a été limitée. C’est quand même catastrophique pour beaucoup de petits entraîneurs comme moi et j’ai bien peur que beaucoup d’entre nous ne se relèvent pas de la crise, déplore Valérie Dissaux. Et France Galop n’a à ce jour décidé d’aucune aide économique pour les gens de ma profession.»

Enfin, dernier coup dur, les réunions hippiques prévues en zone rouge ont brutalement été transférées sur des champs de course en zone verte. Par exemple, une réunion programmée à Saint-Cloud se tiendra à Lyon et une autre programmée cette fois à Chantilly se déroulera à Lyon. Cela fait des journées de travail beaucoup plus longues à cause de l’allongement du temps de transport et des frais supplémentaires. Mais Valérie Dissaux y participera en véritable professionnelle passionnée.

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