L'Oise Agricole 14 mars 2019 à 09h00 | Par Dorian Alinaghi

Des Jeunes Agriculteurs de plus en plus mobilisés

Le 6 mars dernier, les Jeunes Agriculteurs de l’Oise ont organisé leur assemblée générale.

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Guillaume Cabot, membre du conseil d’administration des Jeunes Agriculteurs.
Guillaume Cabot, membre du conseil d’administration des Jeunes Agriculteurs. - © Audrey Pergeaux

«Cette assemblée générale clôture une année forte en émotion et en actualité syndicale !» débute Pierre Potier, président des Jeunes Agriculteurs de l’Oise.

En effet, l’année 2018 a accueilli la 5e édition de Campagne en fête. C’est la plus grande fête agricole du département, organisée tous les deux ans par les Jeunes Agriculteurs de l’Oise. Ces deux jours de fête ont été l’occasion de réunir ruraux et citadins, dans une ambiance festive et conviviale, et de mettre le monde agricole à l’honneur.

Mais cette année a été également rythmée par les élections de la Chambre d’agriculture de l’Oise. «La force et la complémentarité de la FNSEA et des JA nous ont permis de nous imposer dans notre département avec 71 % des voix, mais aussi au niveau national avec 53 % des voix. Lors du congrès de l’AGPB, le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, a affirmé que cette alliance reste et restera le syndicat majoritaire en France, représentatif de l’agriculture» affirme-t-il.

Qui plus est, le président des Jeunes Agriculteurs de l’Oise a donné sa confiance au nouveau président de la Chambre de l’agriculture, Hervé Ancellin, et à son équipe. Il détaille ensuite le travail mené par les JA 60 : «Le dossier majeur est celui de l’installation. En 2018, 25 dossiers d’installation ont été traités, dont trois agricultrices. Nous sommes heureux pour ces jeunes femmes car elles permettent de féminiser cette profession, mais aussi de donner une nouvelle vision. 14 dossiers concernent les grandes cultures, 11 dossiers portent sur l’élevage, 3 dossiers s’impliquent dans le bio et 3 autres sur des circuits courts.»

Par la suite, un focus a été dédié sur le Salon de l’agriculture. Véritable vitrine du savoir-faire agricole français, toutes filières et territoires confondus, c’est un lieu d’échange entre les mondes rural et urbain, répondant chacun à différents modes de vie, usages, temporalités et des géographies différents.

Une étude de référence de The Economist Intelligence Unit et de la fondation Barilla place la durabilité de l’agriculture française au premier rang mondial, pour la troisième année consécutive. «Le Salon de l’agriculture permet aux visiteurs et aux agriculteurs d’échanger sur notre métier. Et bizarrement, ils sont ravis… Alors pourquoi l’État nous met-il des bâtons dans les roues ? Pourquoi l’État préfère importer des produits qui n’ont pas les normes et la qualité françaises ? fustige Pierre Potier. Certes, nous ne sommes pas autonomes dans certaines productions. Mais comment voulez vous que nous le soyons avec des règles qui deviennent plus strictes et que le gouvernement préfère les produits étrangers car ils sont moins chers ? Dès lors, la question se pose : l’État préfère-t-il sacrifier l’alimentation made in France et vendre des Airbus ou bien sauver son agriculture ?»

Pierre Potier termine son discours sur les graves dossiers que sont la fermeture de l’abattoir de Montdidier et la sucrerie d’Eppeville.

Valoriser avec la diversification

Les Jeunes Agriculteurs ont décidé de débattre autour d’une table ronde sur le thème : apporter de la valeur ajoutée pour sécuriser mon installation. Ce sujet traite d’une situation importante dans le milieu agricole, car cette profession est en proie au non renouvellement de générations. L’agriculture se caractérise aujourd’hui par une pression foncière qui limite les agrandissements des structures, un revenu des agriculteurs de plus en plus conditionné aux aides Pac, et des cours qui fluctuent et dépendent des marchés à terme, un changement climatique, la puissance du numérique et des spéculations.

Quelles sont les solutions alternatives pour faire face à cete situation ? Il est bien clair que la piste de la diversification ne doit pas avoir pour finalité l’arrêt pur et simple de l’activité de base, raison d’être de l’exploitation, mais bien la création d’une activité permettant de compléter l’exploitation sur un plan économique et donc d’assurer la pérennité de celle-ci et des emplois liés.

Pour mieux préparer l’avenir et se garantir un niveau de la sécurité économique, de nombreux exploitants agricoles se sont donc engagés dans des actions de diversification, que ce soit dans le cadre direct de leur exploitation ou hors de celle-ci.

Il faut entendre par diversification agricole les activités lucratives indissociables de l’exploitation, donc réalisées avec les moyens humains, patrimoniaux et matériels de l’exploitation.

Il faut différencier deux formes de base dans la diversification de l’activité agricole : la diversification purement agricole et la diversification structurelle ou entrepreneuriale. La première comprend la culture et l’élevage non conventionnels dans la zone considérée par effet de transposition d’un modèle ou d’une filière de production extérieure au secteur. Elle peut faire preuve d’innovation comme de simple transposition géographique, conjoncturelle ou non, de filières de production agricole dite classique (culture, élevage...).

Concernant la deuxième, elle correspond au développement d’activités non agricoles basées sur l’exploitation même et exercée principalement par l’agriculteur et sa famille. Les filières principales de cette forme de diversification sont le tourisme agricole, la vente directe et l’élaboration, la transformation de produits agricoles, la gestion environnementale, la mise à disposition ou la location de terrains et édifices pour des usages non agricoles (chasse, pêche, tourisme, restauration, etc.), etc.

Toutes ces activités n’ont comme point commun que leur caractère non directement et techniquement agricole. «En 2010, une exploitation sur dix faisait de la diversification. Aujourd’hui, il s’agit d’une exploitation sur cinq» détaille Laurence Lamaison, conseillère à la Chambre de l’agriculture de l’Oise pour les filières de proximité et les circuits courts. «Sur les 600 exploitations qui font de la diversification, 400 font de la vente directe» poursuit-elle.

Quelles motivations à la diversification ?

«124 personnes sont venues vers nous pour monter un projet d’installation dans l’Oise et elles ont des profils bien différents. Dans ces 124, il y a de plus en plus de projets de diversification, autant de projet d’installation en grandes cultures qu’en maraîchage» annonce Johanna Lomont, animatrice chez les Jeunes Agriculteurs de l’Oise.

Les objectifs de la diversification sont multiples et peuvent être de deux ordres. Elle permet de répondre, soit à la volonté d’assurer la survie économique de l’exploitation, soit à la recherche de nouveaux débouchés et de développement économique et financier de l’exploitant.

Cependant, il est à remarquer que les objectifs et motivations sont différents selon la filière de diversification choisie. On y trouve l’objectif économique, il est fondamental dans la mise en place d’une activité de vente directe ou de transformation, révélatrice d’une recherche de valorisation de ses produits.

On a aussi la logique patrimoniale, elle est la principale motivation des exploitants qui se lancent dans le tourisme rural et l’hébergement (gîtes, chambres d’hôtes...). Elle permet d’assurer une valorisation du patrimoine foncier et immobilier de l’exploitant. On a également la recherche d’un complément de revenu pour répondre à la volonté de faire face à l’arrivée d’un nouvel associé ou pour compenser une rentabilité insuffisante sur l’exploitation.

De plus, la diversification permet la recherche d’alternatives de travail qui est destinée à assurer un emploi aux membres de la famille, dans les structures familiales en surnombre par rapport au créneau économique d’activité initial.

Et pour finir, la diversification est une solution aux problèmes de succession car elle présente de nouvelles activités permettant de garantir le maintien, dans l’exploitation, de la nouvelle génération disposant souvent d’ailleurs d’une formation plus élevée et pouvant mieux répondre aux exigences techniques des filières de diversification. «Le potentiel est énorme. On ne s’en rend pas bien compte? On a un bassin de 6 millions d’habitants en Hauts-de-France. En 2030, il y aura 5,8 millions d’habitants en Île-de-France… Et nous, on est entre les deux… Cela représente un marché plus qu’incroyable !» affirme Laurence Lamaison.

 

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