L'Oise Agricole 14 mai 2020 à 09h00 | Par AG

«Fourche à la fourchette» et biodiversité 2030 attendues le 20 mai

Il n’y aura pas de nouveau report de la présentation des stratégies «de la fourche à la fourchette» et biodiversité à l’horizon 2030, a promis le vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans. Les deux textes sont en phase de finalisation au sein de l’exécutif européen.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Il est urgent de consacrer au moins 10 % de la surface agricole utilisée pour des paysages de grande diversité, souligne également ce projet.
Il est urgent de consacrer au moins 10 % de la surface agricole utilisée pour des paysages de grande diversité, souligne également ce projet. - © Pixabay

Le vice-président de la Commission européenne en charge du Green deal, Frans Timmermans, l’a réaffirmé le 7 mai devant la commission de l’Agriculture du Parlement européen (Comagri) : la présentation des stratégies «de la fourche à la fourchette» et pour la biodiversité à l’horizon 2030 ne sera pas reportée. Elles devraient donc bien être adoptées par la Commission le 20 mai.

Décision politique encore à venir

Frans Timmermans a confirmé que des objectifs de réduction des risques liés aux produits phytosanitaires et de l’usage des engrais allaient être fixés. Pourtant, selon le dernier projet de stratégie «de la fourche à la fourchette» dont la consultation interservices à Bruxelles vient de prendre fin, toute référence à des objectifs de réduction d’ici 2030 dans ces domaines reste en blanc. Une décision finale doit encore être prise au niveau politique en collaboration avec le secrétariat général de la Commission. De même, les objectifs de réduction des ventes d’antibiotiques pour les animaux d’élevage et dans l’aquaculture d’ici 2030 doivent toujours être finalisés. Néanmoins, Frans Timmermans a prévenu les eurodéputés que cette stratégie devra être assortie d’outils et de financements : «Pour cela nous devons réfléchir à l’utilisation que nous faisons des fonds de la Pac qui doit être passée à la loupe». En parallèle de la présentation de sa stratégie «de la fourche à la fourchette», l’exécutif européen publiera une analyse d’impact détaillant les mesures les plus efficaces. Pour Frans Timmermans, cela doit passer par la numérisation, les écorégimes du premier pilier qui doivent être introduits dans la future Pac, et des soutiens ciblés vers les petits producteurs plutôt que vers les grands propriétaires terriens. Autre remarque du vice-président de la Commission : «68 % des sols en Europe sont consacrés à l’élevage, je ne dis pas qu’il faut arrêter de manger de la viande mais il faut réfléchir à une meilleure répartition de l’utilisation des terres».

Des recommandations aux États membres

La dernière version de cette communication «Pour un système alimentaire équitable, sain et respectueux de l’environnement» prévoit donc parmi ses vingt-six initiatives clefs pour la chaîne d’approvisionnement alimentaire d’adopter «des recommandations» à chaque État membre concernant les neuf objectifs spécifiques de la future Pac avant qu’ils ne soumettent leurs projets de plans stratégiques à la Commission européenne. Le reste des initiatives à l’agenda n’a que peu évolué par rapport aux précédentes versions du texte. Entre autres : révision des directives pesticides (en 2022), harmonisation de l’étiquetage nutritionnel obligatoire sur les emballages (en 2023), ou encore un plan global pour la gestion intégrée des éléments nutritifs visant à réduire la pollution notamment celle due aux engrais dans l’agriculture (attendu pour 2022-2023). Une nouveauté quand même, en lien avec l’épidémie actuelle de coronavirus : un Observatoire de la sécurité alimentaire de l’UE pour «surveiller et faire rapport sur la capacité de l’Union à assurer la disponibilité des approvisionnements, couvrant la production alimentaire et les infrastructures critiques, assurant la transparence et la coordination en temps de défis de sécurité alimentaire» ; et un plan d’urgence «pour assurer l’approvisionnement et la sécurité alimentaires en cas de crise de toute nature». Pour ces deux outils, aucun calendrier n’a été fixé à ce stade.

25 % de bio

L’autre stratégie de la Commission européenne attendue pour le 20 mai, sur la biodiversité à l’horizon 2030, donne plus d’éléments chiffrés sur les objectifs que veut fixer Bruxelles pour l’UE. Le projet de communication, lui aussi en phase de finalisation, prévoit que d’ici 2030 au moins 25 % des terres agricoles de l’UE devront être consacrées à l’agriculture biologique. Un plan global pour le développement du secteur biologique en 2021-2026 sera présenté courant 2020 avec pour but «de stimuler un développement de l’offre et de la demande de produits bio».

Le projet de communication de vingt-sept pages, «Faire revenir la nature dans nos vies» évoque également un certain nombre d’autres objectifs : au moins 30 % des terres et 30 % de la mer (contre actuellement 26 % et 11 % respectivement) devront être protégée dans l’Union. Il est urgent de consacrer au moins 10 % de la surface agricole utilisée pour des paysages de grande diversité, souligne également ce projet, comme les bandes tampons, les jachères, ou les éléments du paysage (haies, arbres, mares...). Les États membres auront jusqu’à la fin de 2023 pour «démontrer des progrès significatifs» dans la désignation légale des nouvelles zones protégées requises et l’in- tégration de corridors écologiques dans le cadre d’un réseau naturel transeuropéen «véritablement cohérent».

La stratégie pour la biodiversité suggère une réduction de 50 % des risques liés à l’utilisation des pesticides chimiques et de 50 % de l’utilisation des pesticides à haut risque. Un objectif «pollution zéro» liée aux flux d’azote et de phosphore provenant des engrais, en réduisant les pertes d’éléments nutritifs d’au moins 50 % est proposé. Ce dernier objectif devrait se traduire par une diminution de l’utilisation d’azote d’au moins 20 %. L’exécutif de l’UE prévoit également d’élaborer un plan d’action pour la gestion intégrée des nutriments en 2022. En ce qui concerne la santé des sols, la Commission mettra à jour la stratégie thématique de l’UE pour les sols et dévoilera le plan d’action «zéro pollution» pour l’air, l’eau et les sols en 2021.

Toujours des réticences

Mais, pour certains, le moment n’est pas bien choisi pour présenter ces propositions ambitieuses. Herbert Dorfmann, porte-parole sur l’agriculture du groupe démocrate-chrétien (PPE) au Parlement européen a demandé le 7 mai à Frans Timmermans de reporter à l’automne le débat sur la stratégie «de la fourche à la fourchette», lorsque le Parlement européen fonctionnera de nouveau normalement. Et d’autres parlementaires comme Paolo De Castro (social-démocrates) ou Ulrike Müller (centriste) ont rappelé qu’il faudrait éviter avec ces mesures de réduire la production européenne et donc d’augmenter notre dépendance à l’égard des importations. Mais Frans Timmermans ne considère pas «cette transition comme une menace mais au contraire comme un avantage compétitif» : «Au moment de relancer l’économie européenne ce serait une erreur d’injecter de l’argent dans l’économie du XXe siècle, au contraire il faut investir dans celle du XXIe siècle car, malgré la pandémie de Covid-19, l’urgence climatique reste une priorité».

La commissaire européenne à la sûreté alimentaire, Stella Kyriakides, qui a la charge de la stratégie «de la fourche à la fourchette» est venue à son tour le 11 mai essayer de convaincre les eurodéputés de la Comagri du bien-fondé des propositions en préparation.

Climat : les eurodéputés pourraient plaider pour une réduction de 65 % des émissions en 2030

La rapporteure du Parlement européen sur la proposition de loi climat, Jytte Guteland, a annoncé, le 28 avril, qu’elle soutiendra une augmentation de l’objectif européen de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour 2030 à 65 %, conformément à ce que réclament les scientifiques. La Commission européenne prévoit de publier une étude d’impact, d’ici septembre, sur la possibilité de rehausser l’objectif 2030 de réduction des émissions de l’UE de 40 % aujourd’hui à 50 voire 55 % par rapport aux niveaux de 1990. Le rapport de Jytte Guteland sur la loi climat devrait être présenté devant la commission de l’Environnement du Parlement le 27 mai prochain. Par ailleurs, dans un avis rendu fin avril (à la demande du groupe politique conservateur ECR), le service juridique du Parlement européen estime que la Commission européenne qui dans le cadre de sa proposition de loi climat souhaite se donner le droit de fixer la trajectoire pour atteindre les objectifs de réduction des émissions, dépasse son mandat.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. L'Oise Agricole se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,