L'Oise Agricole 30 avril 2020 à 09h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

Ils ramènent leurs fraises dans le Vexin, mais pas seulement...

Rien ne prédestinait Timothée, Valentin et Théo Gillouard, de Chaumont-en-Vexin, à implanter 4.000 m2 de serres au milieu de la plaine, traditionnellement vouée aux grandes cultures.

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Valentin, Théo et Timothée Gillouard, présentent leur production de fraises de Rebetz, cultivées en hors sol.
Valentin, Théo et Timothée Gillouard, présentent leur production de fraises de Rebetz, cultivées en hors sol. - © Dominique Lapeyre-Cave

Si Théo, 26 ans, a toujours su qu’il se destinait à l’agriculture et a suivi un BTA et un BTS Acse à Genech (59), Timothée et Valentin ont d’abord étudié en école de commerce à Lille avant de travailler dans d’autres secteurs. Mais l’envie de s’installer a été plus forte et ils ont fait une année d’étude en agriculture pour avoir la capacité agricole. Théo et Valentin se sont d’abord installés avec leur père en grandes cultures. «Quand je me suis décidé à les rejoindre, nous avions le projet de développer une nouvelle culture sur l’exploitation, dont nous maîtriserions le prix de vente et la commercialisation», explique Timothée.

«À Genech, il y avait une serre de fraises et c’est une culture assez développée dans le Nord ; alors, nous avons creusé l’idée, avons fait des recherches sur la culture, visité des exploitations», détaille Théo.

En 2017, à la sortie de Chaumont-en-Vexin, dans le hameau de Rebetz, à côté des hangars de l’exploitation familiale, une serre de 2.000 m2 est montée par les trois frères, avec un financement du Crédit agricole Brie-Picardie. «Ce n’est pas une installation haut de gamme, nous voulions quelque chose de simple et fonctionnel. Les fraises sont plantées hors sol, à hauteur d’homme, sur des sacs de substrat composé de 50 % de tourbe et de 50 % de coco. L’eau de pluie est récupérée et sert à l’irrigation au goutte-à-goutte. Sont ajoutés à l’eau des engrais NPK et des oligo-éléments», racontent avec enthousiasme les trois frères. Après deux récoltes en 2018 et 2019, ils décident de monter une deuxième serre identique, portant à 4.000 m2 la surface totale.

Conduite raisonnée

Quatre variétés occupent les serres cette année : Dream, Darselect, Duchesse, une nouveauté, et Magnum. Les 28.000 plants sont achetés à Pépimat, près de Noyon. Il y a deux périodes de plantation. «Soit les plants sont installés à la fin de l’été pour une récolte l’année suivante, c’est le cas de la variété Dream, soit les fraisiers sont plantés au 15 février ou au 15 mars, pour un étalement de la récolte du 20 avril au 15 juin. Planter l’été précédent donne plus de travail, mais aussi un meilleur rendement», constate Théo. Chez les frères, pas de variétés remontantes, qui donnent une deuxième récolte à la fin de l’été : elles sont plus sensibles aux maladies et aux insectes.

L’itinéraire technique vise à n’utiliser les produits phytosanitaires qu’en curatif. Tout est mis en œuvre pour ne rien avoir à faire : désherbage manuel des substrats qui sont changés tous les ans, lutte contre les ravageurs avec des auxiliaires de cultures. Des sachets contenant des œufs d’auxiliaires sont installés tous les trois mètres du linéaire, qui représente quand même 5,5 km ! Les seules maladies sont l’oïdium qui touche les feuilles et le botrytris qui s’installe au cœur des fraises. «Avoir des fraises hors sol est un plus gros investissement au départ, mais cela permet d’avoir des fraisiers en bonne santé et le travail est facilité», développe Timothée. Alors que les fraisiers fleurissent, il faut les peigner, c’est-à-dire ramener toutes les hampes florales d’un côté ou de l’autre du pied. Cela permettra aux fruits de mieux profiter du soleil et facilitera la cueillette. Les stolons sont retirés lors de l’opération.

Main-d’œuvre et commercialisation

En 2018, 4,5 tonnes ont été produites et 6 tonnes en 2019, l’objectif étant de récolter 500 g par plant. Les barquettes sont commercialisées dans des magasins de primeurs, essentiellement en région parisienne, lors d’événements locaux (séminaires, fêtes, marchés du terroir), au marché de Gisors le dimanche et grâce au distributeur installé au bord de la route, à la sortie de Chaumont-en-Vexin. Des contacts sont établis avec des supermarchés pour une commercialisation locale.

«Nous vendons nos fraises entre 10 et 11 euros le kilo. Un quart de la production environ est vendu par le distributeur automatique que nous réapprovisionnons 5 ou 6 fois par jour. Nous vendons aussi du sirop et de la confiture fabriqués avec nos fraises», annonce Timothée.

Avec le contexte sanitaire du moment, quatre personnes travaillent sous les serres. Le matin, aux heures les plus fraîches, est consacré à la cueillette, le peignage se pratique plutôt l’après-midi, à raison de deux interventions dans la saison. «La fraise se conserve mieux si elle est cueillie froide, la température sous la serre est supérieure de 10 degrés à l’extérieur, la récolte est plus confortable tôt le matin, dès 6 heures», expliquent les frères. Ils n’ont eu aucun mal à embaucher avec la médiatisation des besoins de l’agriculture. Ils envisagent d’autres embauches à terme. Les gestes barrière sont respectés : chaque salarié a de quoi se laver les mains, masques et gants sont disponibles, l’écartement entre les rangs permet le respect des distances.

Pour l’instant, les frères attendent la réouverture des marchés des alentours, développent de nouveaux circuits de distribution et ont commencé depuis une semaine la récolte 2020. Gageons que les fraises de Rebetz vont devenir sans tarder une production incontournable du Vexin.

Le distributeur regroupe une large offre de produits fermiers locaux de l’Oise, de l’Eure, de la Seine maritime et du Val-d’Oise essentiellement.
Le distributeur regroupe une large offre de produits fermiers locaux de l’Oise, de l’Eure, de la Seine maritime et du Val-d’Oise essentiellement. - © Dominique Lapeyre-Cave

Un distributeur automatique particulièrement bien achalandé

Dès la première année, les frères Gillouard ont aménagé un local recevant leur distributeur automatique, avec un parking, accessible en bord de route. «Notre idée était que le consommateur ne doit pas venir que pour les fraises, mais doit trouver un maximum de produits locaux variés pour faire son marché», explique Timothée. Les 75 premières cases accueillent les produits laitiers d’Anaïs Lucien, les lentilles bio de François Mellon, les fromages de chèvres de Flavacourt, les miels de Neuville-Bosc, les asperges de Benoît Biberon, mais aussi des pommes, des jus de pommes, des chips, des œufs, de la moutarde...

Les produits sont achetés aux autres producteurs par une structure commerciale, puis revendus via le distributeur. «Cela nécessite une logistique assez lourde car nous allons chercher chez nos partenaires tous les produits nécessaires au remplissage des casiers», tempère Théo. Mais le succès est au rendez-vous puisque 32 nouveaux casiers réfrigérés sont venus dès 2019 compléter l’offre des plus appétissantes.

Les fraises de Rebetz

Pour connaître la longue liste des produits en vente au distributeur, fraises de Rebetz et autres produits : https://lesfraisesderebetz.fr/

  • Le distributeur est ouvert de 8 h à 22 h l’été et de 8 h à 20 h l’hiver. Paiement uniquement en carte bancaire.
  • Les fraises de Rebetz, Rue d’Enencourt, 60240 Chaumont-en-Vexin, Départementale 6, direction Énencourt-le-Sec

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