L'Oise Agricole 12 février 2020 à 09h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé, D.

L’union fait la force ! Mot d’ordre lors de la journée de l’adhérent de la FDSEA de l’Oise

Le lundi 10 février, la FDSEA 60 a organisé la journée de l’adhérent au Crédit agricole à Beauvais. Cet événement a été l’occasion pour faire le point sur l’actualité agricole et syndicale.

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Regis Desrumaux, nouveau président de la FDSEA 60.
Regis Desrumaux, nouveau président de la FDSEA 60. - © D.

Durant l’assemblée générale de la FDSEA 60, un temps fort a particulièrement marqué les esprits, l’hommage rendu à Luc Roland, décédé brutalement le 12 avril. «Travailleur acharné, il a appris, au fil des ans, à connaître le statut du fermage sur le bout des doigts, tout en mettant rapidement son expertise au service du Tribunal paritaire des baux ruraux de Senlis, dont il a été assesseur fermier et de la SNFM, dont il a pris la présidence en 2017. Christiane Lambert a rappelé que Luc a toujours œuvré dans un souci de justice et d’une issue équilibrée pour toutes les parties et qu’il s’était engagé dans ce combat, selon les propres mots de Luc, pour faire valoir les droits, les intérêts, les enjeux des fermiers sans angélisme et sans sectarisme» a souligné Thierry Bourbier, tout juste ancien président de la FDSEA de l’Oise.

En effet, c’est le 7 février que Régis Desrumaux a été élu à la présidence du syndicat agricole. A également été réorganisée l’équipe qui le suivra durant son mandat. Luc Smessaert est premier vice-président et Didier Verbeke second vice-président. Thierry Leysens est le nouveau secrétaire général et Alice Avisse son adjointe. En charge de la trésorerie, Pascal Foucault qui est accompagné d’Olivier Delignières. Concernant les présidents d’arrondissements, Alice Avisse se chargera de Senlis, Pascal Foucault de Beauvais Nord, Adrien Dupuy de Beauvais Sud, Roger Vannier de Clermont, et Éric Labarre de Compiègne. Les autres membres du bureau sont Cédric Soenen, François Mellon, Grégoire Omont, Rémi Minart, Hervé Ancellin (président de la Chambre d’agriculture de l’Oise), Anaïs Lucien (présidente des Jeunes Agriculteurs) et Bernadette Brehon.

Après cette présentation, la FDSEA de l’Oise a déroulé l’actualité marquante de 2019. Le début de l’année a été marqué par les élections à la Chambre d’agriculture. «Les électeurs de l’Oise ont exprimé un choix clair puisque la liste FDSEA 60 + JA 60 recueille 71 % des voix pour le collège 1. Hervé Ancelin est élu président de la Chambre d’agriculture. Une fois de plus, le syndicalisme majoritaire, FNSEA + JA, prouve que, grâce à un réseau fort, il a toute sa légitimité à la tête des Chambres.» explique Régis Desrumaux.

Deux actualités ont enflammé le département, la première est celle des incendies lors de la moisson 2019 au cours duquel plus de 3.000 hectares de cultures ont brûlé. Au plus fort de la canicule, 1.000 hectares ont brûlé en une seule journée, le jeudi 25 juillet. Ce jour-là, jusqu’à une trentaine de feux simultanés dans le département ont été enregistrés et une personne a perdu la vie.

«La création d’une cellule départementale dédiée au traitement des feux de récoltes permettra d’aborder la prochaine saison en ajustant au mieux les moyens disponibles aux besoins. Cette cellule sera ouverte aux élus, à la profession agricole, aux services d’incendie et de secours, aux forces de l’ordre et à Météo France notamment. Durant la période des battages en juillet, cette cellule se réunira chaque jour pour prépositionner pour le lendemain les moyens d’intervention en fonction des indications météorologiques», détaillera en conclusion de la journée Louis Le Franc, préfet de l’Oise. Un tonnerre d’applaudissement a retenti pour féliciter le travail du Sdis.

L’autre actualité brûlante a été l’incendie de Lubrizol. Près d’une centaine de communes réparties sur 4 des 5 départements des Hauts-de-France ont été touchées par les retombées de suies du nuage de fumée. 1.962 élevages et fermes de cultures ont eu au moins une parcelle dans l’une des communes touchées par les arrêtés préfectoraux dans la région. Parmi ces fermes, 312 font partie des élevages laitiers qui vont être indemnisés. «Le fonds national agricole de mutualisation du risque sanitaire et environnemental (FMSE) a permis d’indemniser les sinistrés. Il faut saluer le travail et la force de notre réseau et les syndicats qui sont intervenus pour aider les agriculteurs. Nous avons prouvé qu’à travers une terrible crise, nous devons avancer main dans la main pour trouver des solutions rapidement. Et nous l’avons montrés. Nous devons donc rester soudés et nous entraider devant chaque osbtacle», affirme Hervé Lapie, l’invité national du jour, membre du bureau de la FNSEA et président de la FDSEA de la Marne.

Autre dossier impactant dans l’Oise : le 23 novembre, le Président de la République, Emmanuel Macron, a confirmé l’engagement de l’État d’1,1 milliard d’euros dans le financement du projet de canal Seine-Nord Europe, ce qui rend sa construction «irréversible». Long de 107 km, depuis Compiègne (Oise) jusqu’à Aubencheul-au-Bac (Nord), le canal reliera directement les bassins de la Seine et de l’Oise au réseau fluvial du nord de la France et du Benelux.

«Paris, entends tes paysans!», il s’agit du ras-le-bol du monde agricole. Fatigués, furieux, désabusés, les agriculteurs de l’Oise et de toute la France sont venus exprimer leur mécontentement à la ville des lumières le mercredi 27 novembre à Paris. Ceta, Mercosur, zone de non-traitement sans étude scientifique (ZNT), agribashing... c’est bien de la colère que les agriculteurs avaient l’intention de porter jusque dans les beaux quartiers de la capitale. 1.000 tracteurs ont bloqué la ville et les Champs-Elysées, 100 venaient de l’Oise. «Nous devons stopper les distorsions de concurrences ! De plus, concernant les ZNT, si la science dit qu’on peut aller à zéro mètre, le gouvernement suivra : c’est ce qu’ont dit le ministre de l’Agriculture et la représentante du Président de la République. Et nous continuerons ce combat enfin de le mener à bien. Il faut ramener du pragmatisme, il y a de la chimie dans les maisons. La discussion doit être différente entre les politiques et l’opinion publique. Nous devons également stopper l’agribashing... Il plane un sentiment de haine et de violence envers nous... Nous devons communiquer, que ce soit sur les reseaux sociaux ou bien au sein de nos exploitations» s’insurge Regis Desrumaux. À l’autre bout de la salle, Christophe Beeuwsaert, agriculteur dans l’Oise, s’attriste de penser «qu’il est un pollueur, un meurtrier alors que le métier d’agriculteur est bien évidemment tout le contraire». D’autres personnes dans la salle scandaient «Macron, pas de salon !».

Pour le préfet de l’Oise, il faut savoir travailler de manière intelligente et collectivement. «Il ne faut pas rendre justice soit même, sinon il arrivera une injustice... Je pense que dans l’Oise, nous arriverons à mettre à 0 mètres pour les ZNT. De plus, en partenariat avec la police et la gendarmerie, nous avons mis en place un observatoire départemental de l’agribashing afin de recenser toutes les atteintes, verbales, physiques ou matérielles. Il a été élaboré avec les syndicats ainsi que la chambre d’agriculture pour cibler les besoins et les attentes des agriculteurs. La stigmatisation des activités agricoles, d’élevage et de vente de produits conduit à une multiplication des actes d’incivilité, d’intimidation, voire de violence envers les professionnels en lien avec l’agriculture, notamment sous l’action de groupuscules parfois radicaux et violents. Avec cet observatoire, l’état prend en considération la vie des agriculteurs et notamment leur sécurité», exprime Louis Le Franc.

L’agriculture, l’arme géopolitique

Autre invité de l’après-midi, Arthur Portier, consultant Agritel. «On ne peut plus faire l’impasse dorénavant sur un facteur qui a un impact important sur les exploitations et sur les cours, je parle évidemment de la géopolitique». La géopolitique a pris une part de plus en plus importante dans l’évolution des matières premières agricoles et donc sur les exploitations et sur le revenu des agriculteurs. «La moindre petite chose dans le monde peut avoir un impact direct sur nos exploitations. On ne peut pas parler géopolitique sans parler de Donald Trump. Il faut savoir qu’un tweet de ce dernier a impact considérable sur le marché» poursuit-il.

Petite anecdote, deux stagiaires de la maison Blanche se sont fait renvoyer puisqu’ils prévenaient les investisseurs financiers lorsque Donald Trump allait au toilette… Le Président de l’une des plus grande puissance mondiale a la réputation de tweeter énormément aux toilettes !«Donald Trump annonce dans les médias vouloir taxer les importations de lave-vaisselles chinois. Cette déclaration a fait gagner 40 € la tonne pour l’orge fourragère.» La raison ? Les Chinois nourrissent leur bétail soit avec du sorgo américain, de l’orge fourragère ou du maïs local. Lorsque Donald Trump fait son annonce, la Chine arrête d’importer du sorgho américain. Il reste donc que deux possibilités pour alimenter le bétail. L’orge fourragère provient de trois pays, le Canada, l’Australie ou la France. Il s’avère que la Chine a certaines tensions avec le Canada et les Australiens, il ne reste plus que l’orge française qui est également très compétitive, d’où une hausse des cours.

«Concernant le blé, la norme et la valeur des prix ne sont plus à Chicago mais à Moscou et à Kiev. Autre point d’actualité, le Brexit ! Le Royaume-Uni exporte 300.000 tonnes d’orge brassicole vers l’Europe chaque année. Il s’avère jusqu’au 31 décembre 2020, rien ne va changer durant cette période de négociation. Imaginez, un producteur anglais qui va récolter de l’orge brassicole en juillet/août et qui va être par la suite taxé sur ses exportations. Il va donc casser les prix sur ses orges pour pouvoir les vendre vite, cela va donc faire baisser le prix de l’orge brassicole cette année.»

Autre actualité impactante, le coronavirus. L’inquiétude se porte sur le ralentissement de la croissance mondiale. La Chine a arrêté d’importer de l’huile de palme de Malaisie, son cours s’est effondré, ce qui a engendré une chute de 30 euros la tonne pour l’huile de colza. «Tout est lié malheureusement», souligne Arthur Portier.

Il rappelle que «50 % du blé français est exporté. Le blé est la meilleure arme géopolitique du monde. Aujourd’hui, on est dans des débats de riches. Il faut savoir que l’Algérie, le Maroc et l’Egypte achètent notre blé. Un meunier algérien écrase plus de blé qu’un meunier Français. Cependant, les gilets jaunes ont eu un impact sur le marché du blé, tout comme les grèves actuelles des dockers. L’Office tunisien des céréales a demandé à l’un de ses principaux fournisseurs d’éviter d’importer du blé français en raison des grèves continues dans les ports français qui ont entravé les récentes expéditions.»

Chaque action a un effet boule de neige sur le marché et l’agriculture mondiale. Elle est depuis toujours géopolitique. Elle façonne les espaces et les territoires. Sa fonction première - nourrir les hommes - détermine fortement la stabilité et le développement d’une société ou d’une nation. C’était vrai hier, cela le reste aujourd’hui et pourrait même s’accentuer encore à l’avenir vu les tensions alimentaires mondiales qui s’accroissent. D’ailleurs, les Russes ne s’en privent pas. Bénéficiaires du réchauffement climatique qui leur permet d’augmenter les surfaces cultivées et de ne plus craindre les gelées tardives, la production a considérablement augmenté et, avec un coût de production de 80 €/t, soit deux fois moins qu’en France, elle est compétitive. D’autant plus que Poutine déploie des investissements dans la génétique et les infrastructures portuaires.

Le seul inconvénient est le transport, pénalisé par le faible tirant d’eau de la mer d’Azov, qui empêche les Panamax d’arriver jusqu’aux ports et oblige à transborder en mer. Au final, arrivé en Égypte, son coût est identique au blé français. Mais les Russes sont très offensifs sur le plan commercial car leurs dirigeants ont des intérêts dans l’agriculture.

Enfin, pour conclure son intervention, Arthur Portier s’est montré plutôt optimiste quant à la reprise des cours du sucre. Le plus gros producteur de canne à sucre, le Brésil, oriente sa production vers le sucre ou l’éthanol selon les cours du pétrole car le Brésil roule à l’éthanol. De ce fait, les cours du pétrole et du sucre sont corrélés. Comme la production est de sucre est inférieure à la consommation, les cours devraient remonter.

Une note optimiste pour une journée de l’adhérent qui aura redonné du baume au cœur.

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