L'Oise Agricole 22 mai 2019 à 14h00 | Par Dorian Alinaghi

La CGB 60 fait le point sur l’état de la betterave

À la suite des nombreux événements salés, les planteurs sont inquiets de la situation du sucre. La betterave est elle toujours une culture d’avenir ? La CGB 60 fait le point

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(De gauche à droite) Nicolas Rialland, directeur des affaires publiques de la CGB, Hans Dekkers, président de la CGB dans l’Oise, Franck Sanders, président de la CGB, Emmanuel Pigeon, directeur régional des Syndicats betteraviers des Hauts-de-France, et Pierre Vatin, député LR de la 5e circonscription de l’Oise.
(De gauche à droite) Nicolas Rialland, directeur des affaires publiques de la CGB, Hans Dekkers, président de la CGB dans l’Oise, Franck Sanders, président de la CGB, Emmanuel Pigeon, directeur régional des Syndicats betteraviers des Hauts-de-France, et Pierre Vatin, député LR de la 5e circonscription de l’Oise. - © Dorian Alinaghi

Le 21 mai, la CGB Oise a organisé son assemblée générale à Estrées-Saint-Denis dans l’Oise. À l’occasion du huis clos, Olivier Grard, trésorier, a présenté les comptes du syndicat betteravier, qui ont été approuvés. Ensuite, c’est avec un film que le rapport d’activité a été présenté et commenté par Hans Dekkers. La fin des quotas a terriblement fragilisé les planteurs et la filière ; aussi, la CGB met tout en œuvre pour que les planteurs soient les mieux armés afin d’affronter un environnement plus concurrentiel et plus risqué, dans le cadre d’une remise en question globale des politiques agricoles et de leurs objectifs.

Les cinq axes prioritaires de la CGB de l’Oise et nationale sont le développement des moyens de productions des agriculteurs, la contractualisation, la gestion des risques, la valorisation et la promotion des productions issues de la betterave, et l’information aux adhérents.

Concernant la récolte passée, les planteurs de betteraves constatent que les rendements de la campagne 2018-2019 sont faibles, avec des grandes hétérogénéités, Ils ont été impactés de façon significative par la sécheresse estivale. Le rendement moyen dans l’Oise est estimé à 82 tonnes par hectare de betteraves à 16°, correspondant à 12,1 t de sucre blanc extrait par hectare. Ce rendement est inférieur à la moyenne des cinq dernières années. Au moment ou l’actualité est dense et intense, Hans Dekkers a insisté sur le fait que tous les planteurs puissent s’exprimer. Ainsi, chacun a pu faire valoir son point de vue.

Autre point fort de la seconde partie de la réunion, la CGB a présenté une proposition de reprise des deux sucreries Saint Louis Sucre de Cagny et d’Eppeville, qui pourrait faire économiser 100 millions d’euros au groupe allemand. «Nous avons proposé une offre de reprise de 30 millions d’euros pour les deux usines de Cagny et Eppeville, à raison de 10 €/t pour 3 millions de tonnes de betteraves broyées», a détaillé Franck Sander, le président de la CGB. «Südzucker s’est dit prêt à réfléchir et a demandé à recevoir dans les prochains jours par écrit notre offre de reprise et à y répondre sous trois semaines». La porte n’est pas totalement fermée pour les planteurs. «Nous estimons que le coût pour les deux usines françaises serait de 70 millions d’euros. La proposition que nous leur avons faite leur permettrait donc d’économiser 100 millions d’euros» ajoute-t-il.

Nicolas Rialland, directeur des affaires publiques de la CGB, a poursuivit en donnant l’étape à suivre pour les planteurs. «Il faut apprendre à vivre avec la volatilité de la betterave et pourtant, le bilan est tendu en Europe. Le mode de contractualisation sucrier ne permet pas une réactivité du marché à l’offre réelle et donc un ajustement par le marché. Les surfaces n’ont pas évolué à temps et là, je pense aux semis 2018… La bonne nouvelle est que l’on peut espérer une remontée des prix. Le mode de contractualisation actuel a conduit à des prix de betteraves qui ne sont pas rémunérateurs. Le point important à souligner, c’est qu’il n’y a pas d’excédent de sucre en Europe. Il faudra adapter nos surfaces au marché !»

La CGB travaille donc sur plusieurs points : un prix minimum de la betterave, défini par le fabricant pour lui permettre de sécuriser un volume minimal de fonctionnement ; et complété, après campagne, d’un supplément de prix dont la construction est clairement définie avant les semis ; pour aller plus loin, le fabricant propose, avant le semis et jusqu’à une date prédéfinie, des arrêts de prix de betteraves, pour un volume défini, indexés sur les marchés à terme. En fonction des coûts de production des planteurs, ces derniers pourraient alors décider individuellement des volumes à engager.

Pour sécuriser le revenu, il faut aussi pouvoir se constituer une épargne de précaution. Et metter en place d’autres instruments de stabilisation des revenus tels que l’assurance climatique par exemple. Pour finir, pour gérer les crises graves et exceptionnelles à grande échelle, il faut penser aux fonds de gestion de crises européens.

 

E85, un biocarburant qui décolle

Ce biocarburant est peut-être une alternative à la crise sucrière. Les ventes du superéthanol E85 ont augmenté de 55 % en 2018 en France. L’E85 représente 1,7 % du marché des essences en 2018, contre 1,2 % en 2017. Cela peut se comprendre vu son prix très attractif ; avec un tarif moyen de 68 centimes le litre, le carburant devance largement le diesel et le SP95-E10. Sans compter qu’un arrêté de fin décembre 2017 a officiellement autorisé le recours aux boîtiers de conversion des véhicules essence à l’E85. Car faire fonctionner son véhicule grâce à cette solution suppose quelques adaptations, le superéthanol affichant une concentration énergétique moindre par rapport à l’essence. Le recours à un boîtier de conversion permet ainsi d’adapter le véhicule aux caractéristiques spécifiques du nouveau carburant. À ce jour, la consommation de bioéthanol va de record en record avec 185.500 m3 en 2018, et déjà 26.487 m3 pour le mois d’avril 2019 (soit 3 % des essences). Pour le moment, 8 modèles de boitier de conversion homologués existent, avec une prévision de vente de 40.000 pour 2019.

De plus, Ford dégaine le premier en annonçant son retour dans le secteur du super-éthanol. La tendance étant désormais au SUV, c’est le Kuga qui a été choisi par le constructeur américain et on trouve déjà des précommandes. 1.220 stations essences sont déjà équipées de bioéthanol. Qui plus est, la CGB est partenaire avec la compagnie Biomotors permettant pour les adhérents d’avoir des réductions significatives sur le prix des boitiers. «Les perspectives de consommation d’éthanol en France sont très prometteuses à moyen terme, tous les voyants sont au vert. En cette période de prix déprimés du sucre, ce débouché historique s’affirme comme une diversification stratégique bienvenue dans le contexte sucrier actuel. Les capacités industrielles sont toutefois largement utilisées par les acteurs concernés et l’éthanol ne pourra pas à lui seul résoudre la crise. Il faut savoir que l’E85 permet d’économiser 500 euros tous les 13.000 kilomètres…» explique Nicolas Rialland. La betterave commence déjà à tracer donc sa route.

«Osons la compétitivité !» conclut Franck Sanders. «Le ministre de l’Agriculture a eu écho des projets sur lesquels nous travaillons. Le premier concerne l’amélioration de la compétitivité sur les exploitation : accentuer la recherche et le développement, avancer sur le projet Aker… Nous avons une filière d’avenir et j’espère de confiance, nous devons nous adapter !»

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