L'Oise Agricole 04 juin 2020 à 09h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

La cueillette de Mortefontaine : convivialité et qualité

En cette fin mai, il suffit de suivre les panneaux «fraises à cueillir» pour arriver jusqu’à l’exploitation de Ghislain Jonnart, à Mortefontaine, près d’Ermenonville.

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Ghislain Jonnart propose de cueillir en saison les pommes de ses vergers de treize variétés différentes.
Ghislain Jonnart propose de cueillir en saison les pommes de ses vergers de treize variétés différentes. - © Dominique Lapeyre-Cave

Le parking est presque complet et arrivé à l’accueil, Ghislain Jonnart vous rappelle les gestes barrières (distances, sens de circulation...) en vigueur et détaille les fruits et légumes bons à cueillir. Pour l’instant, c’est la fraise la star de la cueillette et tous les clients repartent avec des barquettes pleines de Mariguettes, un croisement entre la Mara des bois et la Gariguette. Vendue cette année à 5,90 €/kg, c’est un produit d’appel qui attire des clients habituels ou ceux que le fléchage et la gourmandise ont amenés sur cette cueillette en bordure de Mortefontaine.

«Je me suis installé en 1995 sur une toute petite partie de l’exploitation familiale, 19 ha sur 240. Il y avait déjà des pommiers que mon père avait plantés et j’avais l’idée de faire une cueillette sur cette surface. Aujourd’hui, il y a entre 4 et 5 ha dédiés aux petits fruits rouges et légumes, 4 ha sont plantés de pommiers de treize variétés différentes, dont la Jonagold, très appréciée», témoigne l’exploitant dont le téléphone portable n’arrête pas de sonner : les clients veulent savoir s’il y a des fraises à cueillir ! La crise sanitaire n’a pas retardé l’ouverture de la cueillette qui accueille ses premiers clients à cette époque habituellement.

«La crise m’a impacté, je n’ai pas sollicité le prêt d’État car je ne rentrais pas dans les clous. Dommage car ma trésorerie est au plus bas après le gel que j’ai subi sur mes pommiers en 2017 et 2019, où j’ai perdu 95 % et 80 % de ma production», se désole Ghislain Jonnart. Il a pu prétendre à l’indemnisation calamité agricole en 2017 et a déposé un dossier pour le gel de 2019, dont il espère une indemnisation qui pourrait arriver en août.

Des productions estivales

Les clients peuvent trouver à la cueillette de Mortefontaine, ouverte de mai à novembre, des fraises, des groseilles, des framboises, des pommes et, côté légumes, des tomates, des courgettes, des poivrons, des aubergines, des artichauts, des concombres, des potirons, des potimarrons et des courges butternut. «J’ai attendu les Saints de glace pour planter les légumes d’été qui, grâce à l’irrigation, vont donner essentiellement en août et septembre, une grosse période d’activité pour moi. L’essentiel de mes ventes se fait sur les pommes, mon produit phare, la base de ma cueillette».

Pour cultiver tous ces légumes de plein champ, Ghislain Jonnart emploie un salarié à plein temps et deux autres pour deux bons mi-temps. Il faut en effet planter, désherber et assurer l’accueil de la clientèle. Seule une partie des pommes est vendue directement à une grande surface du secteur, en sachets de 2 kg. Une autre est transformée en jus de pomme vendu à l’accueil, avec d’autres produits locaux, miels et bières.

Clientèle locale

La plupart des clients cueilleurs viennent de 15 km autour de Mortefontaine. «Il y aussi des visiteurs de la région parisienne qui viennent à la Mer de sable ou se promener en forêt d’Ermenonville et qui, voyant les panneaux, arrivent jusqu’ici. Globalement, j’ai la chance d’avoir une clientèle respectueuse des produits, contrairement aux grandes cueillettes où les incivilités sont légion», note Ghislain Jonnart.

«Je porte plein d’espoir en cette année 2020 car après les mauvaises années dues au gel, c’est très difficile de s’en sortir. C’est le désherbage manuel qui représente le coût de production le plus important, ainsi que le remplacement des plants de fraisiers devenus trop vieux et donc moins productifs». En pleine production comme actuellement, il peut vendre entre 150 et 300 kg par jour, mais seulement sur quelques journées, malheureusement.

Pour cela, Ghislain Jonnart soigne ses relations commerciales avec les consommateurs : page Facebook, envoi d’une newsletter pour informer des produits bons à cueillir...

À 53 ans, célibataire et sans enfant, il avoue que cette cueillette ne représente qu’une partie de ses activités. Comme il n’a pas souhaité reprendre toute l’exploitation familiale, on devine que son intérêt pour la production agricole est limité. C’est en voyant l’affiche à l’entrée de la cueillette que l’on comprend que de l’agriculture à la culture, il n’y a qu’un pas que Ghislain Jonnart franchit allègrement. Sa passion, ce sont la comédie, le théâtre, le cinéma et le chant. L’affiche du spectacle qu’il a donné autour des chansons de Jacques Brel explique l’aisance et le sourire avec lesquels chaque client est accueilli.

Venir à la cueillette de Mortefontaine, c’est s’assurer de trouver des fruits et légumes mûris au soleil et peut-être aller au spectacle voir l’agriculteur-artiste.

Un agriculteur atypique

Même s’il a les pieds dans la terre de la région de Senlis, Ghislain Jonnart est assurément un agriculteur qui rêve à une autre carrière, dans les arts. «Mon père, ingénieur agronome, aurait aimé être architecte et, dans la famille, pourtant terrienne, on a toujours eu une sensibilité artistique», confesse Ghislain Jonnart. Passionné de théâtre depuis toujours, il a suivi des cours privés de théâtre, à l’Atelier Blanche-Salant d’où sont sortis Vincent Cassel, François Cluzet ou Karin Viard.

Il a monté en 2017 un spectacle Le cul-terreux enchanté, avec des textes écrits pour lui et dans lequel il reprenait des chansons de Brel ou de Léo Ferré. «Je prends aussi des cours de chant et, comme j’ai la chance d’avoir rencontré un excellent pianiste, j’ai mis au point un tour de chant autour de Jacques Brel», détaille l’artiste paysan. Malheureusement, il n’a pu se produire que deux fois avant que la crise sanitaire n’annule les représentations prévues.

Mais cela ne décourage pas notre agriculteur artiste qui, dès qu’il en aura fini avec ses fraises et légumes, se dépêchera de remonter sur scène. «Brel disait que l’homme est un nomade. Le contraire d’un agriculteur en somme», sourit-il.

La cueillette de Mortefontaine

Cueillette de fraises, pommes et légumes de saison de fin mai-début juin au 11 novembre à Mortefontaine (60128)

Tél. 06 83 27 39 89 - ghislain.jonnart@wanadoo.fr

Sur Facebook : page «cueillette Mortefontaine».

En pleine saison, ouvert du mardi au vendredi de 14 h à 18 ou 19 h ; toute la journée le week-end.

Se renseigner avant de venir.

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