L'Oise Agricole 01 mars 2020 à 12h00 | Par Ivan Logvenoff

«La polarisation du commerce agricole mondial va se renforcer»

L’Inrae a présenté le 14 février les conclusions de son étude «L’agriculture en 2050», faisant le lien entre production agricole, démographie, et régimes alimentaires. L’un des auteurs, Hervé Guyomard, en présente les principaux résultats.

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Hervé Guyomard, directeur scientifique agriculture à l’Inrae
et co-auteur d’une étude sur l’agriculture en 2050.
Hervé Guyomard, directeur scientifique agriculture à l’Inrae et co-auteur d’une étude sur l’agriculture en 2050. - © Inra

Quels sont pour vous les principaux résultats de cette étude ?

La grande nouveauté, c’est de montrer que les situations en Europe sont contrastées, du fait de démographies différentes. En France, la démographie est assez forte, mais nous avons des terres disponibles. À l’inverse, certains pays d’Europe du Sud ne pourront pas répondre à leur demande intérieure. Et d’autres pays, comme la Pologne ou l’Allemagne, font face à des ralentissements de leur population, et auront des surplus de production. À l’horizon 2050, nous aurons donc plus que jamais besoin de garder une politique agricole européenne.

Comment les dynamiques techniques et démographiques influenceront-elles le marché international agricole à l’horizon 2050 ?

Aujourd’hui, les échanges agricoles sont concentrés, à la fois à l’exportation et à l’importation. De fait, un nombre limité de régions exportent : l’Amérique du Nord, l’Amérique latine, l’Europe et l’Océanie. En face, trois grandes zones importent : l’Afrique, le Proche-Orient, et l’Asie. Nos résultats montrent notamment que si l’Afrique poursuit son évolution démographique - et plus particulièrement si elle adopte un régime sain -, elle aura un déficit de terres que nous estimons entre 75 et 230 millions d’hectares. Et si ces terres ne sont pas conquises sur des forêts ou des milieux naturels, ces pays devront donc importer plus. La polarisation du commerce agricole va donc se renforcer.

L’adoption d’un régime sain pourrait donc augmenter le besoin en surfaces cultivées ?

Afin de respecter les recommandations de l’OMC, l’adoption d’un régime sain en Afrique de l’Ouest suppose d’augmenter le nombre de calories par rapport au régime tendanciel et, notamment, la part de produits carnés. Car, si la tendance actuelle se poursuit, à l’horizon 2050, ces pays pâtiront toujours d’un déficit de calories. Pour atteindre le régime souhaitable avant 2050, il leur faudra donc plus de terres pour nourrir leur population. Aux États-Unis ou au Canada, le phénomène est inverse : pour atteindre un régime sain, les habitants doivent réduire leur apport en calories. En Amérique du Nord, l’adoption de ce régime sain pourrait alors dégager près de 16 millions d’hectares de terres cultivables.

Comment avez-vous évalué l’évolution des rendements ?

Nous avons fait évoluer deux ensembles de facteurs. Le premier, c’est le changement climatique, en appliquant des variations de pluviométrie et de température selon les régions grâce à des modèles statistiques. Nous avons également considéré dans cet ensemble l’effet de fertilisation du CO2, qui peut avoir un effet positif sur la photosynthèse. Le deuxième ensemble de facteurs, ce sont les évolutions techniques, avec deux composantes : les intrants au sens large et le progrès technique. Nous avons donc construit deux hypothèses d’évolution des rendements : une dite basse dans laquelle les évolutions technologiques sont faibles, et où il n’y a pas d’effet de fertilisation du CO2. Et l’autre dite haute, où les évolutions technologiques sont fortes, accompagnés de forts effets de fertilisation du CO2.

Y a-t-il un cas dans lequel l’Europe pourrait atteindre l’indépendance en soja ?

D’après nos résultats, l’évolution démographique et technique européenne devrait entraîner un surplus de terre estimé entre 2 et 17 millions d’hectares. Ce surplus pourrait alors permettre de faire plusieurs choses : baisser les rendements en adoptant des pratiques moins intensives, sanctuariser certaines terres, ou cultiver des oléo-protéagineux. Dans ce dernier cas, l’Europe pourrait alors annuler ses importations de tourteaux de soja à l’horizon 2050. Ce sera d’autant plus facile dans le cas de l’adoption d’un régime sain, qui réduit les besoins en protéines.

Le rendement est-il encore un enjeu au niveau mondial ?

Le progrès technique en général reste un levier important. En jouant sur les rendements et sur l’efficience animale, la disponibilité des terres est tout à fait différente. C’est moins vrai en Europe, où nous sommes autosuffisants. Mais au niveau mondial, le rendement joue très fortement sur les besoins en surface. La question qui compte aujourd’hui, c’est donc comment vous allez augmenter ces rendements, par des engrais minéraux et des produits de synthèse ou par une meilleure efficience et de la génétique ?

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