L'Oise Agricole 17 juillet 2020 à 15h00 | Par Aghate Villemagne

«La rentrée, ça se joue maintenant»

Mais oui, l’école est finie. Dans quelles conditions l’année s’est-elle terminée, et quelles perspectives pour la rentrée ? Le point avec Philippe Poussin, secrétaire général du Cneap.

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Philippe Poussin.
Philippe Poussin. - © Agence de presse

Philippe Poussin est secrétaire général du Conseil national de l’enseignement agricole privé (Cneap). Ses missions : représenter l’intérêt des 180 établissements français du réseau, auprès des élus locaux comme des plus hautes sphères politiques, et animer ce microcosme qui représente un tiers des établissements agricoles en France. À celui de lobby, Philippe Poussin préfère largement le titre de «négociateur». Rencontre.

L’enseignement sort d’une période totalement inédite, rude. Quel bilan pour l’enseignement agricole privé ?

Dans le réseau, on a constaté deux périodes. Celle des premiers jours a été chaotique. L’ensemble des équipes était en plein désarroi. Passé l’effet de surprise, les équipes se sont mises en contact avec les élèves via les espaces numériques de travail (ENT) qui existaient déjà ou en ont créé d’autres. Il y a eu une véritable effervescence de cours en ligne. J’étais assez dubitatif, mais les enseignants ont joué le jeu. Il a fallu rebâtir les supports de cours. C’était presque un autre métier pour eux ! Le taux de décrocheur (comme souligné par Didier Guillaume, ndlr) a été plutôt satisfaisant.

Il en a été autrement après les vacances de Pâques, le retour a été plus compliqué. Pour autant, cette période aura permis, pour beaucoup de jeunes, de se mettre en situation de stage au sein de l’exploitation familiale. Et, on le sait, la pratique est tout aussi importante dans l’enseignement agricole.

Cette année, pas d’examen physique pour les diplômes type bac, bac pro, BTSA, Capa… Doiton craindre une baisse générale du niveau ?

L’enseignement agricole a cette chance, par rapport à l’enseignement général, de s’être mis depuis déjà 25 ans au contrôle continu via le contrôle en cours de formation (CCF). Pour nous, ce système était déjà acquis. Par contre, ça n’existe pas pour les terminales. On peut peut-être craindre un manque d’acquis pour les futurs étudiants, mais les deux ministères (Agriculture et Éducation nationale) mettent en place un système de «vacances apprenantes» pour donner des séances de rattrapage aux jeunes.

À quelques semaines des vacances, de nombreux établissements ont rouvert leurs portes. Dans quelles conditions ? Seront-ils prêts pour septembre ?

Il y a eu des stratégies de reprise différentes. Certains établissements ont accueilli un élève sur deux, ça a démultiplié le travail… Certains grands établissements comme Genech ont choisi de continuer en distanciel. Par contre, tous ont proposé un temps d’accueil aux élèves pour se revoir une dernière fois, une façon de se dire «au revoir». Le relationnel, c’est le point fort de l’enseignement agricole. Le lien humain a été maintenu.

Pour la rentrée, on part de l’idée que la crise sera terminée et qu’on va vivre une rentrée normale mais, on considère que ce mois de juin aura servi de galop d’essai s’il faut maintenir des règles de distanciation sociale. Le vrai sujet, ce sera l’internat : chez nous près de 60 % des jeunes sont internes… Nous n’aurons pas d’autre choix que de mettre en place une alternance entre les internes en place pour en avoir un par chambre.

Autre inquiétude pour la rentrée, qu’en est-il du recrutement des élèves ?

Il y a eu un décalage des inscriptions dans le temps. Tout se joue maintenant. On organise des visios, des coups de téléphone pour renseigner les familles. Le réseau n’est pas aussi pessimiste que ça… La baisse structurelle d’inscriptions sera un peu plus importante que ce qu’elle aurait été normalement (1,5 %). Par contre, après une enquête nationale, on a détecté 18 établissements en proie à de vraies difficultés, leurs cas sont transmis au ministère de l’Agriculture pour demander des aides exceptionnelles auprès de Bercy. On a un vrai souci sur l’apprentissage. Cette année, ce ne sera pas une priorité pour les entreprises de recruter des apprentis… Mais nous, on s’engage à trouver une formation initiale équivalente aux élèves s’ils n’ont pas de patron afin d’éviter les situations d’abandon....

Dates clefs

  • 1992. Enseignant en sciences économiques, il est directeur d’établissement à Compiègne.

 

  • 2003. Il prend la direction d’un groupe scolaire en Seine-Saint-Denis.

 

  • 2010. Il devient secrétaire général du Cneap.

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