L'Oise Agricole 26 mars 2020 à 09h00 | Par A.G.

La réponse européenne au coronavirus s’organise

La Commission européenne tente, pour faire face au risque de pénurie alimentaire que fait planer l’épidémie de coronavirus qui frappe l’UE, de fluidifier au maximum les échanges intra-communautaires de produits agricoles.

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L’un des objectifs de la Commission est de faciliter les transports pour éviter les ruptures d’approvisionnements.
L’un des objectifs de la Commission est de faciliter les transports pour éviter les ruptures d’approvisionnements. - © Sanders

Maintenant que l’UE est devenue le principal foyer mondial de l’épidémie de coronavirus, les secteurs agricole et agroalimen- taire européens sont en première ligne pour éviter des pénuries de nourriture. La Commission européenne cherche, au jour le jour, à limiter les conséquences négatives de la crise. La présidence croate du Conseil de l’UE prévoyait donc d’organiser entre le 23 et le 25 mars une vidéoconférence sur l’impact de l’épidémie de coronavirus sur le secteur alimentaire entre les ministres de l’Agriculture et de la Pêche. Objectif : rassurer le public sur les approvisionnements alimentaires et le bon fonctionnement de la chaîne de production. Le but affiché n’était pas de discuter de mesures de marché et d’intervention publique, mais plutôt d’aborder les questions de flexibilité en termes d’investissements dans le cadre actuel sans entraver les règles de la Pac.

Fluidifier le trafic pour les denrées alimentaires

La Commission européenne a déjà appelé, le 16 mars dans des recommandations à l’attention des États membres, à éviter la formation d’embouteillages aux frontières intérieures de l’UE et à permettre le transport de biens malgré les contrôles destinés à lutter contre le coronavirus. L’objectif est de fluidifier la circulation des camions transportant des marchandises essentielles, telles que les médicaments et les aliments, et de permettre aux citoyens européens de rentrer chez eux. Le 18 mars, la Commission avait reçu les notifications de restrictions au franchissement de frontière de onze pays membres de l’espace Schengen et de deux pays hors UE associés à Schengen. À la suite d’une visioconférence, les ministres des Transports des Vingt-sept ont convenu le 18 mars «qu’il est important de maintenir la circulation du fret, y compris au-delà des frontières, afin de garantir que les biens essentiels et les fournitures médicales parviennent à nos citoyens».

Flexibilité budgétaire

La Commission européenne a par ailleurs proposé, le 13 mars, une Initiative d’investissement dans la lutte contre le coronavirus dotée de 37 milliards d’euros constitués de fonds dormants. Ursula von der Leyen a, à cette occasion, promis une «flexibilité maximale» dans l’application des traités, face aux potentielles entorses des pays européens aux règles budgétaires - notamment ce qui concerne la limite de 3 % de déficit - ou à celles liées aux aides d’État. Cela doit permettre aux États membres d’accroître leurs dépenses afin de «contenir l’épidémie» et d’en «atténuer les effets socio-économiques négatifs».

Les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) et le Conseil européen des jeunes agriculteurs (Ceja) ont écrit, le 18 mars, à la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, pour demander que «toutes les mesures qui peuvent sauvegarder et garantir le fonctionnement de l’activité agricole et sa trésorerie» soient introduites face à la pandémie de coronavirus. Les présidents Joachim Rukwied (Copa), Ramon Armengol (Cogeca) et Jannes Maes (Ceja) demandent à l’exécutif de l’UE d’agir pour que «le marché unique, et en particulier l’agriculture de l’UE continue à fonctionner sans heurts». «Dans ces circonstances exceptionnelles, l’aide devrait provenir d’une source extérieure au budget agricole», préviennent-ils.

Inquiétudes sur la disponibilité de la main-d’oeuvre

Dans un communiqué commun, le Copa-Cogeca, le CELCAA (commerce agroalimentaire) et FoodDrinkEurope s’inquiètent des retards et des perturbations aux frontières nationales observés pour la livraison de certains produits agricoles et manufacturés, ainsi que pour la circulation des travailleurs qui fait craindre d’éventuelles pénuries de main-d’oeuvre. «Notre capacité à fournir de la nourriture pour tous dépendra de la préservation du marché unique de l’UE», préviennent-elles. Et de demander à la Commission «de surveiller le prix des matières premières et du transport, ainsi que les pratiques commerciales déloyales». L’Association européenne de l’industrie laitière (EDA) souhaite pour sa part que soient activées des mesures d’aide au stockage privé pour le beurre, le lait écrémé en poudre et tous les types de fromage. L’EDA souhaiterait également l’établissement d’un programme permettant un accès prioritaire aux capacités de fret pour les pro- duits classés comme essentiels, tels que le lait et les produits laitiers.

Et les aliments pour animaux ?

Les organisations professionnelles de la chaîne de valeur des céréales (Coceral), des oléagineux (Fediol) et des aliments pour animaux (Fefac) ont, elles aussi, demandé à la Commission européenne, de prendre des mesures urgentes pour éviter une rupture de l’approvisionnement en denrées alimentaires et en aliments pour animaux en Europe. Selon ces organisations, la situation est critique, car, plus les restrictions persistent, plus le risque de pénurie pour les entreprises du secteur alimentaire est susceptible de se matérialiser à n’importe quel niveau de la chaîne alimentaire, de l’alimentation animale et de l’élevage, «mettant ainsi en péril l’accès de la population européenne à un approvisionnement régulier en denrées alimentaires». C’est pourquoi ces organisations demandent l’inclusion des aliments pour animaux à côté des denrées alimentaires dans la liste des biens essentiels mentionnés dans les lignes directrices de la Commission européenne sur la gestion des frontières. En outre, ces organisations estiment que la décision de fermer l’UE hors de ses frontières, prise pour contenir la propagation du virus, «ne devrait pas s’appliquer aux navires transportant les matières premières alimentaires et fourragères qui sont en pénurie dans l’UE».

Bruxelles ouvre la voie à un report d’un mois des demandes d’aides Pac

Pour faire face à l’épidémie de coronavirus, la Commission européenne a décidé, le 17 mars, d’autoriser les États membres à accorder une prolongation d’un mois du délai imparti aux agriculteurs pour présenter leurs demandes de paiements directs et de certains paiements au titre du développement rural. Bruxelles en avait déjà fait de même pour l’Italie dès le 13 mars. Les agriculteurs - si toutefois les États membres le décident - vont voir la date limite du 15 mai pour déposer leurs demandes d’aides Pac repoussée au 15 juin. La Commission européenne précise qu’elle «prépare actuellement les mesures juridiques à prendre pour permettre cette dérogation aux règles actuelles».

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