L'Oise Agricole 18 juillet 2019 à 09h00 | Par Dorian Alinaghi, Dominique Lapeyre-Cavé

Les feux en plaine se multiplient

Depuis le début de la moisson, des départs de feu ont lieu tous les jours. Le vent, la sécheresse et la chaleur attisent la moindre étincelle.

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- © Aurelien Dheilly

C’est tous les jours et même plusieurs fois par jour que les pompiers sont sollicités par des agriculteurs dont les chaumes, les matériels ou les récoltes sur pieds s’embrasent. Nicolas Mougin, à l’état major du Sdis (Service départemental d’incendie et de secours), dresse le bilan au 9 juillet : depuis le début de l’année, 59 feux de broussaille, 18 feux de chaume, 1 feu de forêt, 53 feux de haies, 7 feux de meules, 29 feux de récolte, 77 feux de végétation et 5 feux d’engins agricoles.

La plupart de ces incendies se sont déclarés dans les quinze derniers jours, depuis que la moisson a démarré. «Avec le vent, la sécheresse et la chaleur, le moindre frottement de silex sur une pièce métallique d’un engin agricole provoque une étincelle qui déclenche un départ de feu. Nous sommes sans cesse sollicités» explique Nicolas Mougin. Pas plus tard que vendredi dernier 12 juillet, ce sont 40 tonnes de paille en meule qui ont brûlé à Oudeuil et un feu de récolte a démarré à Sarcus le 15 juillet.

«Nous comptabilisons déjà 725 sorties d’engins (une intervention mobilise plusieurs engins, NDLR) et presque 12.500 heures en intervention sur l’agriculture.» Et le pire reste à venir. Les prévisions météorologiques n’annoncent pas de pluies dans les jours à venir et la moisson est très loin d’être terminée, la sole de blé est la plus importante à récolter. Autant dire que les pompiers auront sans doute beaucoup à faire. «Les agriculteurs sont des professionnels, ils font attention. On peut juste leur conseiller d’avoir un téléphone pour nous appeler en cas de départ de feu et, dans la mesure du possible, d’avoir une réserve d’eau à proximité, assure Nicolas Mougin. Mais avec de telles conditions, la prudence ne suffit malheureusement pas.» Parole de pompier.

Paul Coussement devant sa presse brûlée, un matériel qui vaut environ 40.000 euros.
Paul Coussement devant sa presse brûlée, un matériel qui vaut environ 40.000 euros. - © Dominique Lapyre-Cavé

«J’ai eu peur que mon tracteur ne brûle !»

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Paul Coussement, jeune agriculteur à Bouvresse, a eu chaud ! «J’ai cru un instant que je n’allais pas sauver mon tracteur de l’incendie ! À une quinzaine de secondes près, ce n’est pas seulement la presse qui brûlait, mais tout l’attelage !»

Ce mardi 9 juillet après-midi, Paul Coussement fait des ballots de paille d’escourgeon lorsque que de la fumée s’échappe de sa presse. Il descend, ouvre le capot et constate un début d’incendie. Les flammes gagnent les chaumes et le jeune agriculteur démarre au plus vite pour se diriger vers un champ de betteraves voisin où il a tout juste le temps de décrocher son tracteur avant d’utiliser son extincteur. La presse est en feu.

Il appelle les pompiers et se dépêche d’aller chercher un déchaumeur chez un voisin pour travailler la terre et tenter de circonscrire l’incendie. Mais peine perdue. Le feu gagne la parcelle du voisin qui est en andains, dans l’attente d’être pressée, et pour 7 ha non récoltée. Les pompiers arrivent et arrosent un côté de la parcelle, vers les habitations, Paul Coussement déchaume de l’autre, étale un tas de fumier pour limiter la propagation. Au final, plus d’une vingtaine d’hectares d’escourgeon partent en fumée : 7 ha sur pieds et le reste en andains.

«Le pire, c’est que la plus grande partie est à mon voisin ; moi, j’ai juste perdu 5 hectares. Sans compter les haies qui ont brûlé, les arbres voisins dont les feuilles ont roussi par la chaleur, un vrai désastre», se désole Paul Coussement. Plus de presse non plus, mais il espère qu’un concessionnaire lui en prêtera une. En tout cas, les assurances vont avoir du grain à moudre. Et puis les pompiers, qui sont quand même venus de Songeons, Beauvais, Saint-Just-en-Chaussée, Formerie et Poix, passent régulièrement pour vérifier que tout est éteint. Trois jours après l’incendie, des fumées s’échappaient encore du fumier et les lieux présentaient un triste état. Tout est noirci, les haies arborées voisines ont été touchées et il est difficile de savoir si les arbres s’en remettront.

«Je n’ai pas eu peur pour moi, mais pour mon tracteur. Ma presse sortait de révision et je l’avais vérifiée le matin même. Au début, j’ai cru que j’aurais le temps d’aller chercher le déchaumeur de mon voisin avant que l’incendie ne gagne sa parcelle mais, avec la chaleur, le vent et la sécheresse, tout est allé très vite» déplore Paul Coussement.

Cet incendie a fait l’objet d’un sujet au journal de 13 heures de TF1, le 11 juillet. «J’ai hésité avant de recevoir les équipes de télévision, puis je me suis dit que c’est toujours mieux quand les agriculteurs prennent la parole plutôt que de laisser les autres parler à leur place. Cela s’est finalement très bien passé. Par contre, je suis consterné par certains commentaires laissés sur les réseaux sociaux. Beaucoup d’agressivité et d’ignorance. Heureusement, d’autres commentaires sont quand même bienveillants» conclut le jeune exploitant.

Rémy Vandeputte a une exploitation de 200 hectares, notamment de pommes de terre et de légumes. Ses pois d’hiver ont brûlé.
Rémy Vandeputte a une exploitation de 200 hectares, notamment de pommes de terre et de légumes. Ses pois d’hiver ont brûlé. - © Dorian Alinaghi

Huit hectares brûlés à Longueil-Sainte-Marie

C’est la première fois que Rémy Vandeputte, agriculteur à Longueil-Sainte-Marie, subit un incendie. Le mercredi 10 juillet, aux alentours de 14 heures, ce fléau a ravagé huit hectares d’orges d’hiver. «Après avoir fait un aller-retour avec la machine et recolté quatre hectares, on s’est aperçu de l’incendie. On a commencé à voir de la fumée à plusieurs endroits. On a voulu s’attaquer au feu mais avec le vent, l’incendie s’est propagé très rapidement. Si cela avait été déclenché à un endroit bien précis, on aurait pu maîtriser l’incendie à l’aide de l’extincteur, mais cela couvrait une surface de 500 mètres carré» explique-t-il.

Le premier réflexe de cet agriculteur a été d’appeler directement les pompiers. Ensuite, c’est d’aller chercher un outil du travail du sol et de travailler la terre autour pour faire un pare-feu afin d’éviter que les cultures de blés voisines ne soient touchées. «La deuxième chose à laquelle j’ai pensé, c’est de prévenir les habitants qu’un incendie allait se propager pour qu’ils évacuent, car mes parcelles sont à proximité des lotissements. On se sent éventuellement coupable vis-à-vis d’eux. Est-ce que les gens ne vont pas appréhender dorénavant le fait de voir une moissonneuse-batteuse circuler près de chez eux ?»

Immense gâchis, déception, le travail d’une année envolée... Par chance, Rémy Vandeputte est assuré en cas d’incendie sur son exploitation. «Avec l’expert, on calcule à peu près la surface récoltée et le volume livré. Cela permet d’avoir une approche sur le rendement. Il calcule ensuite, à l’aide d’un GPS, la surface incendiée. Quand j’en parle à mon entourage, les agriculteurs ne savent pas s’ils sont assurés contre les incendies. Avec le climat très sec, je pense ce n’est pas une si mauvaise idée d’être assuré car on est dépendant de la météo. Surtout que l’on est bien obligé d’attendre les moments chauds de la journée pour moissonner…»

- © Groupama

Voici quelques règles simples afin de garantir votre sécurité et éviter un incendie pendant la récolte.

La prévention consiste à ne pas oublier qu’un incendie démarre systématiquement lorsqu’on met en présence un combustible, une source d’énergie et un comburant.

Les mesures de prévention doivent permettre d’éviter cette mise en présence simultanée à chaque étape de la moisson et par la suite lors du stockage.

Pour Groupama, il résulte que de nombreux incendies d’engins agricoles se déclarent suite à la conjonction de plusieurs facteurs techniques tels que l’architecture des échappements qui peuvent faciliter la pénétration et l’accumulation de débris végétaux, l’impossibilité d’extraire ou de nettoyer certaines zones, un manque d’étanchéité des capots et l’absence de déflecteur dans des zones chaudes, propice au départ d’incendie.

Les risques sur une moissonneuse-batteuse sont importants :

- feu de poussières/déchets accumulés à certains endroits

- feu de courroies qui se sont échauffées sur des roulements coincés faute d’un graissage suffisant

- feu de chaumes au contact de surfaces chaudes (roulements, pot d’échappement...).

La prévention peut s’effectuer a plusieurs niveaux avant et pendant la travail.

Préparation de la moissonneuse

Elle doit s’effectuer avant le début de la campagne et avant chaque utilisation, elle consiste à :

- graisser les roulements et les organes de transmission, veiller à bien respecter le plan de graissage du constructeur,

- dépoussiérer l’ensemble moteur/ventilateur et autour du moteur,

- éviter l’utilisation d’un nettoyeur à haute pression, il pourrait provoquer l’accumulation de déchets végétaux dans des endroits difficiles d’accès,

- vérifier la tension des chaînes et des courroies

- contrôler les niveaux d’huile ou de graisse préconisés

- installer un extincteur à eau pulvérisée + additif (A3f) de 6 l, complété si possible par un pulvérisateur à dos et/ou une réserve d’eau dans un bidon d’environ 20 litres.

Pendant la moisson

Lors d’un risque avéré, la moisson devra se faire avec une vigilance particulière notamment aux heures les plus chaudes de la journée et dans les parcelles situées en bordure de route, de voies ferrées, d’habitations, de bois et de lieux sensibles à un départ de feu.

Nettoyer la machine régulièrement (plusieurs fois par jour pendant les périodes de fortes activités) afin d’enlever les poussières, débris, paille qui s’accumulent sous le capot, derrière le bloc moteur et à proximité des pièces chaudes.

Dans les parcelles de superficie élevée, réalisez dès le début du chantier des bandes coupe-feu de 4 à 5 largeurs de machines. Autre possibilité : un tracteur attelé à un outil de déchaumage laissé à proximité du chantier pourra aider à limiter la propagation du feu.

Un réglage plus haut de la coupe de la machine évitera des frictions avec des silex pouvant générer des étincelles. Bien veiller également à remonter les palpeurs de la moissonneuse si celle-ci en dispose.

Prévoir une tonne à eau (ex : tonne à lisier) stationnée sur place qui permettra également de réagir rapidement en cas de départ de feu accidentel.

Appliquez ces quelques mesures de prévention, elles contribueront à éviter que votre récolte parte en fumée.

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