L'Oise Agricole 15 avril 2021 a 08h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé, D.

Les températures négatives gèlent les espoirs de bonne récolte

Les fortes gelées de la semaine dernière et celles, moins fortes, de ce début de semaine ont causé de nombreux dégâts qui nécessiteront deux semaines de délai pour être chiffrés.

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Pour lutter contre le gel, il existe plusieurs solutions dont les bougies et l’aspersion.
Pour lutter contre le gel, il existe plusieurs solutions dont les bougies et l’aspersion. - © pixabay

«Même si les gelées ont été sévères dans certains secteurs, avant de prendre toute décision de re-semis, il convient d’attendre au moins la semaine prochaine car les pluies du week-end dernier et les gelées de ce début de semaine peuvent encore faire évoluer la situation», temporise Yohan Debeauvais, délégué régional Somme-Oise de l’Institut technique de la betterave. De toute manière, les conditions actuelles ne sont pas favorables au travail en plaine et il est urgent d’attendre avant de pouvoir réaliser des comptages sur le terrain. En tout état de cause, à moins de 40.000 pieds homogènes par hectare, la question se pose de re-semer ou pas. Il faudra alors prendre en compte le coût de l’opération et la contrainte réglementaire quant à l’enrobage des semences avec des néonicotinoïdes. «Au-delà, il est inutile de ressemer», assure le conseiller ITB.

Les parcelles semées entre le 3 et le 9 mars étaient déjà levées et parfois bloquées sous une croûte de battance. Elles ont souffert, mais devraient présenter des populations suffisantes. Ce sont surtout les derniers semis, réalisés entre le 18 et le 23 mars, qui posent problème. Parfois, ils n’ont pas été assez plombés, avec une porosité permettant à l’air froid de pénétrer plus profond dans le sol, occasionnant des dégâts sur les plantules. Pour l’heure, pas d’annonces de surfaces gelées, il est encore trop tôt pour faire les comptes.

Pour les colzas qui commençaient à fleurir, Terres Inovia constate essentiellement des courbures de hampes principales (parties hautes) et des avortements de fleurs sur le haut.

Les pluies du week-end dernier ainsi que la remontée de température annoncée dans les prochains jours devraient permettre au colza de rentrer sereinement en floraison. Les plantes se revigorent assez bien dans l’ensemble.

Avec le temps froid, les insectes restant après les interventions ont été anesthésiés, mais des avortements de boutons, sans doute bien plus forts que ceux causés par le froid, seront à déplorer dans les quinze prochains jours (floraison délicate). L’état sanitaire et nutritionnel des plantes conditionnera la capacité du colza à compenser. La pluie sera une aide précieuse pour redresser le tir.

Catastrophe en arboriculture

Alexandre Prot et ses collègues agriculteurs gèrent environ 90 ha de pommiers et poiriers de table à Chevreville et ils viennent de prendre de plein fouet cette météo inattendue. «C’est une véritable catastrophe. Les températures sont descendues très rapidement, de l’ordre d’un degré toutes les 10 à 15 minutes, pour s’établir à - 5,5 °C, du jamais-vu à pareille époque», déplore le jeune arboriculteur. Tous les poiriers, arbres les plus avancés, sont gelés et les pommiers, même les variétés régionales adaptées comme la Boskoop, sont touchés. Peut-être à 90 %. Là aussi, il faudra attendre deux semaines pour dresser un bilan complet de la situation.

Pour lutter contre le gel, il n’y a que deux méthodes : les bougies, qui permettent seulement de gagner un degré, loin d’être suffisant, et l’aspersion, qui ne fait pas de miracles. «Aujourd’hui, il n’y a plus de bougies sur le marché et on s’est laissé surprendre pour l’aspersion qu’on n’a pas déclenchée à temps, puisque les températures ont très vite été négatives. Il était trop tard», reconnaît Alexandre Prot. Il garde espoir que certaines fleurs aient survécu et «une fleur, c’est une chance de fruit», veut-il croire. Il est assuré contre la grêle, mais pas contre le gel, évènement exceptionnel à pareille époque.

Du côté d’Hubert Corpet, producteur de cidre bio dans le Nord-Ouest de l’Oise, l’heure est à l’attente avant de pouvoir se prononcer. Les dégâts sont visibles. «Sur les grosses floraisons, je pense que le gel n’aura pas impacté. J’émets un doute sur toutes les autres», souligne-t-il. 20 % ? 70 % ? l’agriculteur ne sait pas encore de quel ordre seront les dégâts. Avec 100 hectares en arboriculture, Hubert Corpet redoute le gel annoncé en ce début de semaine. «Pourvu qu’il ne gèle pas trop ou sur une longue durée, espère cet optimiste-né. Le problème en arboriculture, c’est que l’on n’est pas assuré pour ce genre de dégâts. Il n’y a que les procédures de calamité agricole pour recevoir une aide.»

Enfin, les producteurs de fraises sous serres ont dû lutter contre le froid. Thomas Delahaye, de la ferme de Génancourt à Saint-Étienne-Roilaye, a pu chauffer ses serres où les plants de fraisiers étaient installés en gouttière depuis le 15 février. «J’espère avoir passé le cap. Mais les asperges ont pris beaucoup de retard et, si on a un coup de chaud, elles vont toutes arriver en production en même temps et cela va être difficile à gérer», témoigne-t-il.

Autre producteur, Fabien Frémin, installé à Campagne. Lui aussi a tenté de lutter contre le froid sous les tunnels, en chauffant ou par aspersion, mais les dégâts sont malheureusement là : «Un vrai coup dur car ces fraisiers, plantés en 2020 et entretenus afin qu’ils fassent leurs réserves, étaient en pleine floraison. Tous nos efforts n’ont malheureusement pas permis d’éviter le pire. Ne restent que les variétés plus tardives qui, j’espère, tiendront le coup car les gelées vont durer toute la semaine», se désole-t-il. 2021 est déjà une année à oublier.

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