L'Oise Agricole 15 mai 2019 à 16h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

«Notre objectif est d’empêcher la fermeture des usines»

À quelques jours de l’assemblée générale du Syndicat betteravier de l’Oise, prévue le mardi 21 mai, Hans Dekkers, son président, dresse le bilan de la situation betteravière.

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Hans Dekkers, président du Syndicat betteravier de l’Oise
Hans Dekkers, président du Syndicat betteravier de l’Oise - © Agence de presse

Quel a été le bilan de la récolte 2018 dans l’Oise ?

Autant 2017 avait été une année excellente du point de vue technique, autant 2018 nous a appris qu’il n’y a pas de plancher à la baisse en ce qui concerne le prix. C’est évidemment une grosse déception après une année exceptionnelle. La sécheresse estivale a fortement pénalisé le rendement.

Il faut rappeler que les semis avaient été tardifs en 2018, impactant sans doute les potentialités dès le début de campagne. De plus, les arrachages ont démarré tôt, à une date incongrue, qui a privé de nombreux planteurs des possibilités de compensation grâce à la bonne pousse automnale.

Comme les industriels avaient peur de manquer de matière, les arrachages d’automne ont parfois été faits dans des conditions sèches, cassant les betteraves, les laissant en terre et diminuant de fait les rendements. La conclusion est qu’en deux ans, nous avons connu le meilleur et le pire.

Quel est le contexte actuel sur le marché sucrier mondial ?

Le marché sucré reprend des couleurs tout doucement, mais pas assez vite pour nous, les planteurs. Selon les experts, les cours devraient remonter car, avec l’effondrement des prix, de la canne à sucre n’a pas été replantée et les cannes anciennes sont moins productives.

On peut s’attendre à une baisse de production et donc à une remontée des cours. Mais à quel rythme ? difficile à dire tant les récoltes mondiales sont imprévisibles. Tout ce que nous pouvons espérer, c’est que le prix le plus bas est derrière nous !

Saint Louis Sucre a annoncé la fermeture de deux usines, Cagny et Eppeville. Cristal Union en a fait de même avec ses usines de Toury et Bourdon. Qu’est-ce que cela nous apprend de la stratégie des industriels ?

En ce qui concerne Südzucker, il s’agit de casser l’outil industriel français, le plus compétitif, afin de préserver l’allemand, pourtant moins rentable. En supprimant les meilleurs, on se rapproche de la tête de classe. En 2017, Saint Louis Sucre nous a poussés à emblaver des surfaces pour faire du sucre et, en 2018, il nous dit : «on ferme». Avouez qu’il y a de quoi être amers ! Casser l’outil français pour préserver l’allemand, en cette période d’élections européennes, on est loin de l’idéal européen ! Quant à Cristal Union, il s’agit d’améliorer la compétitivité industrielle des sites restants. Pour ce qui est de l’usine de Toury, la production sera sans doute reportée sur les autres sites, notamment à Pithiviers. C’est dommage car les meilleurs potentiels de production avec irrigation se trouvaient autour de Toury.

Pour Bourdon, en Limagne, la messe est dite. Il n’y aura sans doute plus de production de betteraves sucrières sur la plaine de la Limagne. C’est une vraie catastrophe pour l’agriculture et l’économie locales. Mais nous avons intérêt à ce que l’usine soit reprise car, techniquement, nous apprenons toujours de ce qui se passe plus au Sud, avec le réchauffement climatique. Mais je pense que les hommes et les femmes de la Limagne sauront réagir. Ils avaient rejoint le groupe Cristal Union ; avec l’appui des politiques, ils peuvent peut-être donner un nouveau destin à leur coopérative.

Que vont devenir les planteurs de Cagny et d’Eppeville qui sont loin des autres usines Saint Louis Sucre, Etrépagny et Roye ?

Notre objectif est d’empêcher la fermeture des usines. La productivité y est excellente. La bonne solution est de ne rien fermer. Si Roye et Eppeville sont proches, c’est parce qu’il y a un potentiel suffisant pour approvisionner deux sites. Tous les planteurs de l’Oise doivent s’engager car ils seront concernés par la fermeture d’Eppeville. Les planteurs de la plaine de Caen, avec leurs excellentes terres à betteraves, n’ont pas de solution de repli. Un plan de reprise doit être élaboré par les planteurs avec l’appui de la CGB. Enfin, la pire des solutions serait la fermeture définitive des deux usines, ce qui est inacceptable. Nous devons nous donner les moyens d’être toujours présents quand la consommation mondiale de sucre augmentera. Ce qui est rassurant, c’est que les politiques semblent avoir pris la mesure de la catastrophe que constituerait la perte, par la France, de sa capacité à produire du sucre. C’est une production stratégique.

De son côté, la crise qui traverse Tereos ne semble pas s’éteindre. Que pouvez-vous nous en dire ?

Cette crise montre que le débat interne au conseil de surveillance est devenu public au sein des planteurs. Les 12.000 planteurs ont pris conscience que cette crise ne va pas en rester là et la gouvernance va forcément aller vers plus de démocratie dans la coopérative. Certes, les grandes décisions se prendront toujours en comité restreint, mais les décideurs ne vont plus oublier leur obligation de transparence et d’efficacité envers les planteurs. C’est inéluctable.

L’assemblée générale du Syndicat betteravier a lieu le 21 mai. Quel en est le programme ?

Outre les sujets d’actualité, nous parlerons de l’éthanol dont les perspectives d’évolution devraient donner du baume au cœur des planteurs. Il y a là des opportunités à saisir, grâce au cadre réglementaire plus favorable. Frank Sander notre nouveau président de la CGB, pourra répondre à vos interrogations. J’invite tous les planteurs à venir à notre réunion.

Assemblée de la CGB Oise

Mardi 21 mai à Estrées-Saint-Denis

  • 13 h 45 : accueil et émargement
  • 14 h 15 : réservé aux adhérents, assemblée statutaire
  • 15 h 15 : assemblée d’information

- L’éthanol atout vert de la betterave

- Bilan de la réforme betterave/sucre et ambitions de la CGB, avec Franck Sander, président de la CGB

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