L'Oise Agricole 05 avril 2020 à 11h00 | Par Agence de presse

Pas de risques de pénuries immédiats en Afrique

La fermeture des frontières et les achats paniques liés à la survenance de l’épidémie de coronavirus sur le sol africain, n’ont pour l’instant pas eu d’impacts négatifs sur le niveau des stocks des denrées alimentaires de grande consommation.

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La plupart des dirigeants de pays africains s’accordent aujourd’hui pour dire que leurs stocks de produits alimentaires restent suffisants pour faire face
à la limitation des importations.
La plupart des dirigeants de pays africains s’accordent aujourd’hui pour dire que leurs stocks de produits alimentaires restent suffisants pour faire face à la limitation des importations. - © Pixabay

Malgré la crainte de la population africaine de voir se raréfier les denrées alimentaires de base en raison de la fermeture des frontières, Boubaker Ben-Belhassen, directeur de la division du commerce et des marchés, au sein de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), se veut rassurant et explique que «pour l’instant, les perturbations sont minimes, les approvisionnements en produits alimentaires de base sont adéquats et les marchés sont restés stables». Il précise que «le niveau des stocks mondiaux de céréales est encore bon et les prévisions sur les récoltes du blé et les principales cultures sont positives pour 2020». Toutefois, ces craintes sont justifiées puisque les principaux pays du continent africain sont contraints d’importer massivement de produits alimentaires de grande consommation, tels que le riz, les pâtes, les poissons, le lait, le sucre ou encore le blé, afin de subvenir aux besoins de leur population. Pour contenir ainsi les achats paniques ainsi que toute forme de spéculation et de hausse des prix, les gouvernements des pays africains sont intervenus de façon réactive pour rassurer les populations contre tout risque de pénuries alimentaires.

Niveau suffisant des stocks

Au Cameroun, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a souhaité d’emblée rassurer sa population, en déclarant dès le 11 mars, que «rien ne justifierait une pénurie ni une spéculation des prix pendant les trois prochains mois». À la suite d’une rencontre avec les acteurs de la filière agroalimentaire et de la distribution, le ministère du Commerce a précisé le même jour, que «les stocks des produits de grande consommation disponibles pourraient couvrir une période de trois, voire quatre mois, soit 19 1265 tonnes de riz, 40 178 tonnes de poisson, 100 302 tonnes de pâtes alimentaires et 2 165 tonnes de lait».

De son côté, les autorités gabonaises, ont mis en place un numéro vert destiné aux importateurs de denrées. Celui-ci permettrait ainsi au gouvernement de prendre en amont des mesures appropriées en cas de graves perturbations sur les marchés. Chaque année, selon la FAO, le Gabon consacre environ 300 Mrds de FCFA aux importations de vivres (viande, volaille, fruits et légumes...). Alors que la situation semble maîtrisée pour l’instant, l’association des commerçants et industriels du Sénégal a fait part de sa crainte de voir dans les prochains mois le marché sénégalais être confronté à une pénurie de stocks allant même jusqu’à une rupture générale. Pour anticiper toute crise alimentaire, le président Macky Sall a indiqué le 23 mars qu’«une enveloppe de 50 Mrds de francs CFA (soit 75 Mio E) sera consacrée à l’achat de vivres pour l’aide alimentaire d’urgence».

Des stocks confortables au Maghreb

Concernant les pays du Maghreb, les stocks de denrées alimentaires sont à un niveau très confortable. Au Maroc, le ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Economie verte et numérique, Moulay Hafid Elalamy, expliquait le 20 mars que «l’ensemble des produits de consommation sont disponibles avec des quantités largement suffisantes. Les stocks sont à des niveaux très confortables et peuvent couvrir les besoins de consommation des ménages durant cette période particulière». Le ministère du Commerce précise aussi que «l’approvisionnement en produits importés ne connaît aucune perturbation, étant donné que les flux de marchandises se poursuivent normalement à l’import comme à l’export». Sur ce point, Omar Bessaoud, administrateur scientifique principal au sein du Centre international de Hautes études agronomique (CIHEAM) de Montpellier, indique que «le Groupe Crédit Agricole du Maroc (GCAM) a été invité à faciliter les opérations pour financer des importations de blé et d’aliments de bétail par les sociétés importatrices».

En Algérie, même son de cloche : «Les produits alimentaires disponibles sur le marché et en stocks couvriront les besoins de plus d’une année», a assuré le ministre du Commerce, Kamel Rezig. En Tunisie, des dispositions identiques ont été mises en place pour assurer un approvisionnement optimal et ainsi couvrir l’ensemble des besoins. «La Banque centrale de Tunisie a même annoncé que les réserves en devises du pays avaient dépassé le seuil des 20 Mrds de dinars soit 7 Mrds $ pour la première fois depuis plusieurs mois, permettant ainsi de couvrir 115 jours d’importation», indique Omar Bessaoud.

Pas de risque d’inflation à court terme

«Au niveau des pays, rien n’indique que la pandémie Covid-19 a déjà affecté les prix des produits de base, mais le risque d’achats de panique et de thésaurisation couplé à des perturbations du commerce à la fois interne entre les zones rurales et urbaines et au niveau international, pourraient entraîner des augmentations des prix temporaires. Cela limitera l’accès à la nourriture, en particulier pour les ménages les plus pauvres dont les revenus sont principalement destinés aux achats de nourriture», souligne Boubaker Ben-Belhassen. L’expert de la FAO ajoute que «jusqu’à la mi-mars, les prix sur les marchés internationaux des céréales n’avaient pas réagi de manière significative. Cela est dû en grande partie à de bonnes perspectives de la production mondiale et d’approvisionnement ainsi qu’à la demande relativement inélastique des aliments de base». Toutefois pour l’expert de la FAO, la récession mondiale qui est à prévoir pour 2020 «pourrait affecter les économies locales, réduisant la capacité des pays à importer des produits alimentaires». Et il assure que «si l’épidémie est amenée à moyen terme à affecter les réseaux de logistique et de distribution et que les pays exportateurs décident de limiter leurs flux commerciaux, les pays importateurs pourraient connaître des pénuries temporaires de produits alimentaires».

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