L'Oise Agricole 16 février 2019 à 14h00 | Par Alix Penichou

Pour ses porcs, la Cobevial mise sur la segmentation du marché

Le 6 février, la coopérative Cobevial invitait les éleveurs porcins pour un point d’actualité de la filière et du groupement.

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Pour la commercialisation de ses porcs, la Cobevial développe des filières, comme celle du Porc d’antant, qui implique
des animaux élevés sur paille.
Pour la commercialisation de ses porcs, la Cobevial développe des filières, comme celle du Porc d’antant, qui implique des animaux élevés sur paille. - © Agence de presse

380 930 : c’est le nombre de porcs qu’a fait abattre la Cobevial en 2018, soit sensiblement le même nombre que l’année précédente. Mais rien ne sert de focaliser sur les volumes : «Certes, plus on a de volume, plus c’est facile à travailler, mais le plus important est de pouvoir optimiser le commerce», annonce Eric Bettens, directeur du groupement. D’autant plus dans une conjoncture tendue (cf. encadré). Alors pour tirer son épingle du jeu, la Cobevial a misé sur la segmentation. Entendez le développement de différentes filières.

Le plus gros volume (231 567 porcs) a été abattu chez Bigard, à Saint-Pol-sur-Ternoise, et est valorisé via trois filières. Parmi ces abattages, 98 643 porcs, à hauteur de 1 900 bêtes pa semaine, sont commercialisés sous l’«Engagement qualité Carrefour», qui garantit des porcs nourris sans OGM. «Notre objectif 2019 est de développer ce volume à hauteur de 2 900 porcs par semaine», précise Eric Bettens.

92 325 autres sont estampillés «Le Porc français», pour des porcs élevés en France. Et 40 599 sont vendus sous le sigle «Le Porcilin», marque du groupe Auchan, dont les porcs ont été nourris à la graine de lin. 67 115 porcs, à hauteur de 1 300 porcs par semaine, sont aussi valorisés en jambon, par la filière préférence de la marque Herta, qui a mis en place un cahier des charges basé sur le bien-être animal. «Là encore, nous aimerions développer les volumes et passer à 2 700 porcs par semaine.»

Les filières tracées à la mode

Les filières chevilles et locales représentent, elles, 84 712 porcs abattus, soit 10 000 têtes de plus qu’en 2017. Il s’agit, par exemple, du Porc des Hauts Pays et Oméga, du Porc d’antant, élevé sur paille, ou encore du Porc tri, les meilleurs femelles, peu grasses avec beaucoup de rendement, que sélectionnent les bouchers. «Nous notons un développement intéressant des filières tracées, comme les Salaisons du terroir, de Villers-Bretonneux, où les éleveurs sont mis en avant sur le packaging.»

Eric Bettens appelle cependant à la prudence en ce qui concerne la filière bio (1 661 porcs bio abattus en 2018). «Un porc bio coûte trois fois plus cher à produire, et se vend donc aussi trois fois plus cher. Hors, le marché coince lorsqu’on annonce ce prix.» Enfin, les autres filières (export et autres abattoirs français, comme Orléna, Socopa Evron et Strasbourg) représentent 64 651 porcs.

La Cobevial a surtout augmenté ses abattages de porcelets, «grâce à un contrat que nous avons avec JB viande, à Arras, depuis juillet dernier. En 2018, nous leur avons vendu plus de 41 000 porcelets, de 25 à 32 kg vif, soit 7 800 de plus qu’en 2017. Il s’agit d’un contrat spécifique, pour les rôtisseries par exemple». L’engagement est réalisé sur six mois, renouvelable, conclu avec douze éleveurs de la région. Le prix d’achat est entre 45 et 60 € par porcelet.

Des avantages pour les adhérents

Cela a toujours été sa politique, la Cobevial offre quelques avantages financiers à ses adhérents. Des compléments de prix sont versés aux éleveurs qui livrent la totalité de leur production à la Cobevial : 1 € pour les porcs charcutiers, 5 € pour les coches de réforme.

Les investisseurs (création ou extension d’élevage) peuvent aussi bénéficier de la caisse de sécurité. Une sorte de fonds de garantie, qui permet à l’éleveur de maintenir son coût de production constant pendant sept ans. «En fait, au pire, l’éleveur est assuré d’être payé le prix du marché.» Le cheptel est aussi financé à hauteur de 300 € par truie, 40 € le poste de sevrage et 40 € le poste d’engraissement. «C’est souvent une garantie pour les banques.» Deux éleveurs en ont bénéficié dernièrement.

Conjoncture nationale : vers une amélioration du marché ?

A 1,96 €/kg en 2018, le prix du porc a connu une baisse de 12,7 % en 2017. «L’amplitude entre le prix minimum et le prix maximum a été très faible. On est même resté quatre mois d’affilée à 1,22 €/kg (alors que le coût de revient est affiché à 1,52 €/kg, ndlr). C’est très faible», commente Eric Bettens, directeur de la Cobevial. Tout le bassin européen aurait connu cette baisse. Et la production aurait, elle aussi, globalement diminué, y compris en Allemagne, pays pourtant leader européen de la production de viande porcine. Seule l’Espagne aurait vu ses abattages augmenter de 5,19 %.

La France, elle, ne s’en sortirait pas si mal avec 19 037 000 porcs abattus en 2018, dans la zone d’Uniporc Ouest, soit - 0,3 % par rapport à 2017, à périmètre constant. Mais la situation actuelle reste tendue : «Nous avons beaucoup de reports. Les éleveurs sont contraints de garder leurs porcs plusieurs jours supplémentaires, les poids s’alourdissent, et cela entraîne une perte de plus-value.» La raison principale : une baisse de consommation de la viande de porc, de l’ordre de - 2 % environ.

Malgré cette tendance, et des actions telles que le «lundi vert», «qui causent beaucoup de tort à notre filière», Eric Bettens veut rester optimiste. «La Chine ne maîtrise plus la peste porcine africaine, et va donc devoir importer. Les relations Chine et Etats-Unis sont tendues, et le pays pourrait donc privilégier des importations de l’Europe.» Autant de signes qui laissent espérer une reprise des cours en 2019.

Peste porcine africaine : formation biosécurité obligatoire

La PPA (peste prorcine africaine) est apparue à l’est de l’Union européenne en 2014, chez les sangliers sauvages et dans des élevages de petite taille destinés à l’autoconsommation. Maladie virale extrêmement contagieuse qui touche les porcs domestiques et les sangliers, il n’existe ni traitement, ni vaccin. Alors que des cas sont récemment apparus en Belgique, la France a mis en place des mesures de prévention pour protéger ses élevages et ne pas perdre le statut «indemne de peste porcine», qui entraînerait des pertes économiques majeures en raison des restrictions commerciales imposées aux pays touchés.

En plus des mesures de prévention prises en coordination avec la Belgique, l’arrêté du 16 octobre 2018 définit un ensemble de mesures de biosécurité applicables dans les exploitations détenant des porcs ou sangliers. Il prévoit notamment la mise en place d’un plan de biosécurité dans toutes les exploitations concernées d’ici le 1er janvier 2020. Il rend aussi obligatoire le suivi d’une formation à la gestion du plan de biosécurité en exploitation et aux bonnes pratiques d’hygiène pour une personne de l’exploitation (désignation d’un référent par exploitation). Les objectifs principaux : connaître les bases scientifiques et épidémiologiques de la peste porcine africaine, être capable de concevoir et de gérer un plan de biosécurité, être capable de mettre en oeuvre les bonnes pratiques d’hygiène. La Cobevial organise cette formation pour ses adhérents. Les quatre prochaines dates, en mars, sont toutes complètes, mais d’autres dates devraient être proposées dans les mois suivants.

Cobevial, en chiffres

  • 132 éleveurs sont adhérents du groupement
  • 72 % de ces adhérents sont dans le Nord-Pas-de-Calais, principalement dans les Flandres,
  • 25 % sont en ex-Picardie et 3 % sont en Seine-Maritime
  • 380 930 porcs ont été abattus en 2018

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