L'Oise Agricole 30 avril 2019 à 15h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

Produire de l'électricité bleue à moindre coût, c'est possible !

C'est l'histoire d'une idée innovante née dans la tête d'un jeune Ivoirien, Minkaïla Salami : créer une machine capable de produire de l'électricité à un coût raisonnable, sans impact sur l'environnement et sans infrastructures lourdes.

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Minkaïla Salami est très fier du prix reçu par le Crédit agricole Brie-Picardie.
Minkaïla Salami est très fier du prix reçu par le Crédit agricole Brie-Picardie. - © Dominique Lapeyre-Cavé

«Mon oncle avait une entreprise d'équipements électriques et j'ai toujours baigné dans ce milieu. J'ai d'ailleurs suivi une formation en électro-technique» détaille-t-il. Alors qu'il est approché par le gérant d'un barrage électrique de la CIE (Compagnie ivoirienne d'électricité), l'équivalent d'EDF, son idée prend forme : imaginer une machine flottante, sans attache, qui fonctionne en aval des barrages pour apporter à un moindre coût l'électricité dans les zones les plus reculées de l'Afrique, à partir d'une énergie propre, l'eau des fleuves et rivières.

Minkaïla Salami a un ami canadien, Georges Beauregard, branché sur le même sujet, avec lequel il développe son concept. Ils s'appuient sur les ingénieurs de la CIE pour co-construire le projet et son cahier des charges entre 2014 et 2016. Le concept aboutit et un premier brevet est déposé au Canada.

En 2017, les deux amis participent à un évènement organisé par la Banque publique d'investissement (BPI) où ils présentent leur idée. Ils sont alors repérés par un groupe d'investisseurs. «Cela a été un moment déterminant pour nous car ces personnes nous ont apporté des domaines de compétences nécessaires à l'avancée de notre projet» se réjouit Minkaïla Salami.

Le 1er mars 2018, avec son épouse, qui gérait l'eau pour la ville de Meaux, un autre ami, Maxime Gnago, et deux investisseurs, Minkaïla Salami et Georges Beauregard lancent la start up Océan Solution énergie, installée dans un espace de co-working à Senlis. «A partir de là, nous avons pu entamer toutes les études concrètes pour la réalisation de notre machine, et notamment sa conception numérique. Nous avons sous-traité certaines études à un cabinet d'ingéniérie, Innosea, et nous nous sommes rapprochés de l'usine CMC, à Chamant, qui fabriquera notre machine.»

Une machine innovante

La Kinna 1000 est une petite centrale hydroélectrique flottante de 1 méga watts, d'environ 6 mètres sur 7. Elle se place en aval d'un barrage et n'utilise que la force du courant fluvial. Elle est construite en matériaux recyclables (aluminium et métaux), en résine époxy et n'utilise que de la graisse végétale. Selon la largeur, la profondeur et le débit du cours d'eau, plusieurs machines peuvent être montées en série.

Son prix est de 1 million d'euros et elle permet de produire de l'électricité à un coût minime, équivalent à celui d'un barrage amorti. Sa durée de vie est de 20 ans et elle peut être déplacée. Contrairement à l'éolien et au solaire qui sont des ressources intermittantes, la Kinna 1000 fonctionne en continu.

De plus, au regard des objectifs du développement durable, elle présente de nombreux intérêts : avec l'électricité qu'elle fournit, elle permet le développement des activités et fixe donc les populations sur leur territoire, limitant la crise migratoire. Car elle correspond aux besoins de nombreux pays en voie de développement. Elle est vertueuse car n'utilise qu'une énergie naturelle, celle de l'eau, sans lourdes infrastructures et à moindre coût. Elle permet en cela de lutter contre le réchauffement climatique.

Des soutiens bienvenus

Avec de telles qualités, ce concept ne pouvait qu'intéresser les acteurs du développement et de l'innovation. «Nous avons le soutien de la BPI, qui nous met en contact avec des investisseurs et de l'Agence régionale de l'innovation. Nous leur sommes très reconnaissants». De même, par l'intermédiaire de France active, un réseau d'entrepreneurs, OSE participe au concours du Crédit agricole Brie-Picardie, «J'aime mon territoire» (voir page 5). Intéressée par l'impact environnemental nul, le développement économique et social induit par le projet, la banque décerne le premier prix à OSE, accompagné d'un chèque de 17.500 euros. «C'est un véritable coup de pouce que nous a apporté le Crédit Agricole. Alors que nous sommes en phase de développement, ce prix est un tremplin qui va nous permettre de financer des études et tests nécessaires à l'avancée du projet.» se réjouit Minkaïla Salami.

Made in Hauts-de-France

Le associés d'OSE ont voulu que leur projet soit imaginé, monté et développé le plus localement possible. «CMC à Chamant s'est impliqué très tôt dans le projet. Leurs ingénieurs et leurs partenaires ont apporté les compétences nécessaires à la fabrication de la centrale hydroélectrique. Et ces compétences, elles se situent dans la région. De ce fait, notre machine sera vraiment conçue et réalisée en Hauts-de-France. J'en suis particulièrement fier car c'est la région qui m'a accueilli après les évènements dramatiques de Côte d'Ivoire» confie le jeune entrepreneur. Le Conseil régional suit d'ailleurs ce projet qui permettra le rayonnement des Hauts-de-France à l'international, notamment dans le cadre de partenariat gagnant-gagnant avec l'Afrique.

La première Kinna 1000 devrait sortir dans 18 mois et elle sera installée en Côte d'Ivoire avec la CIE. La Banque africaine de développment s'intéressant au projet, gageons que d'autres exemplaires devraient permettre de changer durablement la vie de milliers de personnes.

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