L'Oise Agricole 12 septembre 2019 à 15h00 | Par Dorian Alinaghi, Dominique Lapeyre-Cavé

Saint Louis Sucre : des OP pour ne plus se faire sucrer

Appuyés en ce sens par les syndicats betteraviers de la région, les planteurs Saint Louis Sucre livrant à Roye-Eppeville et Étrépagny étaient conviés à des réunions d’informations de leurs Scica, qui leur ont précisé le sens et l’intérêt de leur structuration en Organisation de Producteurs, les raisons et modalités pour y adhérer.

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À Auneuil, pour les planteurs Étrépagny, Vincent Valognes, du Syndicat betteravier de l’Eure, Hans Dekkers, président du Syndicat betteravier de l’Oise, et Alexis Hache, président de la Sica des planteurs d’Étrépagny.
À Auneuil, pour les planteurs Étrépagny, Vincent Valognes, du Syndicat betteravier de l’Eure, Hans Dekkers, président du Syndicat betteravier de l’Oise, et Alexis Hache, président de la Sica des planteurs d’Étrépagny. - © Dominique Lapeyre-Cavé

Le 9 septembre, que ce soit à la réunion de Bresles pour les planteurs Roye-Eppeville ou à celle d’Auneuil pour ceux d’Etrépagny, Hans Dekkers, président du Syndicat betteravier de l’Oise, resituait le contexte de l’après-quota, avec deux années catastrophiques au niveau des prix et le triste constat du non fonctionnement de la CRV (commission de la répartition de la valeur) :

«Son seul mérite était d’exister et d’éviter que chaque planteur n’aille négocier son prix auprès de l’industriel. Mais nos marges de manoeuvre étaient réduites, pour ne pas dire inexistantes. Même si Saint Louis Sucre reconnaissait la validité de nos arguments, ses dirigeants demeuraient inflexibles. Au final, nous avons acquis la conviction qu’elle ne servait que l’intérêt de l’industriel, qui voulait la manoeuvrer dans son sens, et qu’il faut sortir de ce système».

En effet, au regard des trois premières campagnes betteravières post-quota, les structures à disposition de la profession betteravière permettant théoriquement de discuter des prix et des volumes, CRV et accord interprofessionnel, n’ont pas permis aux planteurs livrant le groupe Saint Louis Sucre d’obtenir des contrats betteraviers équilibrés assurant une détermination de prix de betteraves juste et aux modalités transparentes. En effet, force est de constater que le prix final appliqué est à la fois en carence de transparence sur sa référence au prix SZ4, mais que de surcroît, il est complémenté à présent d’un supplément de prix qui s’apparente au «fait du prince» en fin de campagne, supplément de prix qui pèse en 2018-2019 près de 25% du prix final, soit un volant de rémunération beaucoup trop aléatoire. «Les planteurs ne peuvent plus endurer pareille situation», souligne Hans Dekkers.

Et ce n’est pas les premières annonces concernant la campagne prochaine qui vont changer l’état d’esprit des planteurs : l’annonce d’un prix garanti à 23,90 E/T plante entière (équivalent 25,70 E/T en décolletées) sur 70% des volumes ne doit pas masquer les effets négatifs : l’obligation d’implantation sur une surface constante, la rémunération totalement opaque sur les 30 % restant… autant d’éléments sur lesquels les planteurs seront dans la contrainte alors que l’industriel gardera la main. Pas d’évolution non plus sur les betteraves excédentaires (forfaitisées à 75 % du prix du contrat, hors supplément). Sans oublier que le prix annoncé intègre les indemnités de campagne, une «prime de réalisation» de 3 E, qui est en fait une pénalité en cas de non réalisation. Enfin, s’il semble attractif pour des cours du sucre faible, en situation de cours plus porteurs, le prix proposé serait détérioré par rapport au contrat actuel. «Ce que nous proposons à présent pour nous défendre face au groupe sucrier, c’est l’organisation de producteurs, le terme ultime vers lequel peut tendre notre communauté de destin», a conclu Benoît Gerbaux, président de la Scica Roye Déshydratation.

Quel outil pour négocier le prix ?

En effet, suite à l’arrêt des quotas en 2017, l’Europe avait proposé aux planteurs deux modes d’organisation dans un acte délégué :

soit un accord interprofessionnel national et une commission de répartition de la valeur ajoutée, ce qui a été mis en place avec l’échec que l’on sait, soit l’organisation de producteurs, option qui semble le mieux à même de répondre aujourd’hui au désarroi des planteurs. Et pour aboutir à des OP opérationnelles rapidement et efficacement, les Scica sont des outils adaptés. Qu’elle soit la Scica Roye déshydratation ou la Sica des planteurs d’Etrépagny, elle est un outil économique et non pas syndical dont l’objet est de négocier, pour le compte de ses adhérents, les conditions de volumes, de prix, et les autres modalités contractuelles, avec l’industriel. Les deux présidents, Benoît Gerbaux et Alexis Hache, vont donc à la rencontre des planteurs pour préciser si besoin était le sens de leur démarche, et les aspects pratiques.

À Auneuil, Alexis Hache le rappelait suite à la présentation des prix par Vincent Valognes, du Syndicat betteravier de l’Eure. «Saint Louis Sucre est l’industriel européen qui a le plus mal payé ses planteurs en 2017 et 2018.» Quant à la récolte qui devrait démarrer rapidement, les surfaces emblavées sont en baisse et le rendement ne devrait pas être excellent, du fait de la sécheresse persistante. Pourtant, depuis mai, les industriels n’ont plus de sucre à vendre et les importations se font à prix élevé. Le sentiment est que les industriels se livrent à une forte concurrence sur le dos des planteurs.

La Scica de Roye avait pour sa part une raison de plus de réaliser cette mue : en ne renouvelant pas son bail emphytéotique, Saint Louis Sucre prendra possession de l’atelier de déshydratation au 1er mai 2020 moyennant le versement d’une indemnité qui reste à déterminer, au pire via un expert judiciaire. La Scica perdra alors son activité principale. Comptant 1090 adhérents actifs en 2018 pour 1.632.000 t à 16° (80% livrant à Roye et 20% à Eppeville, pour un contingent total de la moitié des volumes travaillés sur ces 2 sites, la Scica s’avère être déjà être support pertinent pour l’OP dont elle a statutairement à présent l’objet ; reste à confirmer les actes d’adhésions.

Chaque planteur deviendra adhérent à l’OP en participant au capital (par exemple, pour la Sica des planteurs d’Étrépagny : un planteur à 1.000 t, soit 11 ha sur une base de 90 t/ha) souscrira 20 parts de 4 E, soit 80 E, + 1 part pulpe + 1 part service, soit au plus 22 parts de 4 E pour un total de 88 E). L’OP achètera les betteraves à ses adhérents (le transfert de propriété interviendra comme actuellement, sur le pont bascule de l’usine) et les revendra à SLS. C’est elle qui proposera un contrat d’achat à l’industriel avec des conditions générales de vente. Contrairement à aujourd’hui où c’est le groupe sucrier qui impose son contrat au planteur, à ses conditions et avec un manque de transparence.

Pour les planteurs qui rejoindront l’OP des Betteraviers de Roye (Scica Roye Déshydratation), l’adhésion engendrera une souscription de capital social de l’ordre de 17 E par hectare de betterave. Toutefois les planteurs déjà adhérents à la Scica n’auront pas de trésorerie à avancer puisque la souscription se fera par l’utilisation de leur capital social déjà détenu.

Et maintenant, les adhésions !

Les planteurs vont recevoir de leur l’OP (Sica des planteurs d’Étrépagny ou Scica Roye déshydratation) un bulletin d’adhésion avec un engagement de trois ans. L’OP respectera bien entendu l’accord interprofessionnel annuel ou pluriannuel qui sera signé à l’échelle nationale, et gèrera, avec un personnel équivalent à demi-temps plein, les relations avec l’industriel. L’OP pourra recevoir des aides européennes du second pilier de la Pac, par exemple pour des acquisitions de matériels. «Une OP ressemble finalement à un vendeur exécutif : c’est une sécurisation pour l’approvisionnement de l’usine et c’est un gage de stabilité pour l’industriel qui n’aura affaire qu’à un interlocuteur crédible. Cette organisation est une gestion collective qui amène de la souplesse à l’échelle du planteur individuel, notamment pour la détermination des surfaces individuelles (un planteur sème plus et un autre sème moins) pour un même résultat collectif (usine)» explique Hans Dekkers. Et de poursuivre : «l’objectif n’est pas de nous renforcer pour instaurer un rapport de force permanent avec l’industriel, mais d’établir une relation durable et équilibrée pour un meilleur partage de la valeur ajoutée.» À Auneuil ou à Bresles, des participants ont évoqué un courrier qu’ils ont reçu, émanant d’un groupe de planteurs qui veulent s’organiser au sein d’une autre OP. Beaucoup y ont vu une diversion pour les empêcher d’aller à l’essentiel, adhérer aux OP portées par les Sicas qui ont la volonté affichée d’associer tous les planteurs concernés quelques soit leur sensibilité. Ces derniers savent ce qu’il leur reste à faire.

Dates des autres réunions d’informations

  • Lundi 16 septembre à 14h Demuin (80) Salle des fêtes
  • Mercredi 18 septembre à 09h30 à Hardivillers (60120) Salle des fêtes
  • Mercredi 18 septembre à 18h Jussy (02480) Salle des fêtes rue du 8 mai 1945

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